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Eminé Meyrem, d’Istanbul à Saint-Denis

Dionysienne depuis près de 9 ans, l’actrice turco-italienne connaît avec « Sonar » son premier rôle principal. Ce film, programmé dans le cadre du festival Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient de Saint-Denis, compose un joli portrait de femme à travers une bande son extrêmement travaillée.

« Sonar », premier film de Jean-Philippe Martin, s’emploie à faire le portrait d’Amina, une jeune Marocaine éprise de liberté mais enferrée dans ses propres mensonges. Défi ambitieux et peu vu au cinéma, il s’attache à le faire davantage par le son que par l’image, à travers le personnage de Thomas, ingénieur son tombé amoureux de cette jeune femme et qui se lance dans un portrait sonore pour tenter de lui rappeler qui elle est.

S’il fallait à notre tour faire le portrait sonore d’Eminé Meyrem, l’actrice qui incarne Amina à l’écran, on opterait sans doute pour le bruit des bateaux sur le Bosphore, le brouhaha du marché de Saint-Gilles à Bruxelles et le carillon du métro de Saint-Denis, ville où la jeune femme vit depuis maintenant près de 9 ans.
Turque, belge, italienne et française, la jeune comédienne de 37 ans puise en effet à de multiples sources. Autant Amina, son personnage, semble engagée dans une fuite en avant, autant elle donne l’impression d’être partout chez elle.

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Soit l’histoire cosmopolite d’une jeune femme pétrie de talents, née dans une famille d’artistes à Istanbul. De son enfance, Eminé se souvient surtout des tournages de son père, Ibrahim Karamemet, acteur célèbre en Turquie pour ses rôles dans « Cumhuriyet » et « Auf Achse ». « Mon père m’emmenait avec lui sur les plateaux. Mais il n’a jamais voulu que je devienne comédienne parce qu’il y projetait ses propres souffrances. Moi au contraire, j’ai toujours voulu faire ce métier, mais pendant tout un moment, je ne voulais pas décevoir mon père », raconte l’actrice dans un français parfait.

Avec son pays d’origine, Eminé Meyrem dit avoir « un rapport complexe, mais sans haine ». « Je me sens très proche de la Turquie. J’y étais encore récemment à l’occasion du vote pour le dernier référendum (pour l’élargissement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan, ndlr) et je suis très triste des résultats. Mais c’est un pays que j’ai toujours bonheur à retrouver », explique celle qui rend régulièrement visite à une partie de sa famille restée à Istanbul ou dans un petit village sur la côte sud.

Où l’on retrouve donc tout de même quelques points communs avec Amina, personnage de Sonar en brouille avec son pays d’origine, le Maroc. « Le rôle d’Amina m’intéressait parce qu’une femme qui se bat pour défendre sa liberté, même de manière maladroite, ça me parle, je crois que ça peut parler à toutes les femmes », explique d’ailleurs Eminé qui ne comptait au départ même pas obtenir le rôle compte tenu de sa différence d’origines avec le personnage.

Le clapotis de la fontaine de Trevi : notre portrait sonore se poursuit à Rome, où la jeune femme a fait son lycée. « Mon beau-père étant italien, à la maison, on a toujours parlé turc et italien ». Puis viendra l’étape bruxelloise, celle des études (en langue et littérature anglosaxonne) et des premiers succès d’estime au théâtre. Enfin - éclats de voix du marché de Saint-Denis – on entre dans la période actuelle : Saint-Denis, que cette citoyenne du monde dit avoir rejoint « par amour ».
« Déjà presque 9 ans que j’y vis et je ne m’en lasse pas, raconte Eminé. Saint-Denis est populaire, cosmopolite, dure parfois, mais je m’y sens bien. Paris en revanche est devenue une ville vitrine, où tout se ressemble. Ce qu’on a pu entendre sur Saint-Denis au moment des attentats m’a beaucoup agacée. C’était tellement stigmatisant pour cette ville et ce département… »

Après la troupe de théâtre de la fac de Bruxelles, Paris et Saint-Denis incarnent pour la comédienne turco-italienne un lieu de perfectionnement de son art dramatique. A Paris, elle suivra par exemple les cours du Laboratoire de l’acteur dirigé par la comédienne Hélène Zidi et y croisera d’ailleurs Maïmouna Doucouré, entre temps récompensée comme réalisatrice par un César du meilleur court métrage (pour « Mamans »).

Mais Eminé sait aussi exploiter les ressources en matière d’art théâtral du territoire dionysien. En octobre dernier, elle et Baptiste Sornin, l’acteur principal de « Sonar », ont ainsi participé à un stage au Théâtre Gérard-Philipe sous la direction de Jean Bellorini, l’actuel directeur de cette scène nationale. Car même si elle est à l’affiche d’un premier long métrage, l’actrice polyglotte ne délaisse pas pour autant les planches où elle compte créer prochainement un spectacle, « Europa », co-écrit avec la metteur en scène italienne Chiara Breci. « L’Europe y est incarnée par une femme, comme dans la mythologie où c’est au départ un personnage qui est enlevé par Zeus. Sauf que là, ça se déroule à l’époque moderne et qu’elle ne sait pas qu’elle est Europe. Elle croit s’appeler Eugénie ».

Difficile de refermer ce portrait par un son en particulier. Avec Eminé Meyrem la polyglotte, engagée dans de multiples projets, il vaut mieux laisser le micro ouvert, car la jeune femme n’a pas fini de faire parler.

Christophe Lehousse

N.B : La 12e édition du festival « Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient » se poursuit jusqu’au dimanche 14 mai (avec pour coeur de l’événement le cinéma L’Ecran à Saint-Denis). Le film « Sonar » devrait quant à lui sortir en France en septembre prochain.

SONAR - bande annonce from Hélicotronc on Vimeo.

Sonar, du son, du bon…

Rongé par un chagrin d’amour, Thomas, ingénieur son de formation, a perdu les bonnes vibrations : il passe ses journées à squatter dans le studio d’enregistrement où il s’éclatait auparavant. La rencontre d’Amina, jeune Marocaine sans-papiers, va le ramener à la vie. Eprise de liberté mais réduite à jouer un rôle que lui assignent son instinct de survie et le désir des hommes, la jeune femme a elle aussi perdu le fil. Pour elle, Thomas va réactiver son sonar de chauve-souris et se remettre à faire des portraits sonores, sa marque de fabrique. Premier long-métrage du réalisateur français Jean-Philippe Martin, « Sonar » se donne les moyens de ses ambitions : faire la part belle aux sons et aux silences, dans un medium où l’image prend si souvent le pas sur le son. Par petites touches, il compose surtout un beau portrait de femme, au parcours heurté mais aux envies de liberté toujours intactes.

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