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Rebecca Manzoni, passeuse d’images

Etablie depuis 6 ans à Saint-Ouen, la chroniqueuse musicale de France Inter nous parle de la musique du 93 et de la conception de son métier, où les sons se muent rapidement en images. Interview.

Pourquoi vous êtes-vous installée à Saint-Ouen il y a 6 ans maintenant ?

« J’habitais « de l’autre côté », dans le 18e. J’allais régulièrement à Saint-Ouen parce que des copains y habitaient. Peu de temps après, je les ai imités et je m’en félicite. Ce qui me plaît à Saint- Ouen, c’est le fait que ça reste très mixte : des bobos comme moi s’y installent et côtoient des habitants qui sont là depuis plus longtemps. Au total, il y a des gens de tous les milieux sociaux, toutes les origines, toutes les générations, et ça, ça fait du bien ! »

On retrouve cette diversité dans les musiques de la Seine-Saint-Denis…

« Oui c’est vrai, même si je ne suis pas une spécialiste de la diversité des musiques de ce département. Pour moi, la Seine-Saint-Denis, musicalement, c’est d’abord NTM ! Ce groupe est arrivé à faire de ces deux chiffres 9-3 une fierté, à une époque où il fallait faire exister la banlieue, lui donner une voix. Et ce défi, ils l’ont relevé en s’inscrivant dans une écriture presque classique de la chanson française. Un exemple : « Qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? », c’est un détournement de « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? », de Ray Ventura. Et en même temps, ils envoyaient tout péter avec un style complètement nouveau... »

La Seine-Saint-Denis, c’est aussi les festivals : Africolor, Banlieues Bleues, Metis, le Festival de Saint-Denis, Maad 93, il y en a pour tous les goûts…

« Oui, c’est la preuve d’une sacrée vitalité musicale. Et de lieux culturels dynamiques qui vont avec, comme Mains D’Œuvres, à Saint-Ouen. Je suis ravie qu’ils aient obtenu le droit de réintégrer les lieux (pour 18 mois, après leur évacuation en octobre dernier, ndlr). Aux côtés de beaucoup d’autres, je les ai moi aussi soutenus dans cette épreuve. Franchement, c’est un vrai lieu de culture et de musique, important pour les pros comme pour les amateurs. J’ai souvenir de portes ouvertes fabuleuses là-bas, avec la possibilité de découvrir de jeunes groupes qui se lancent. Des endroits singuliers et ouverts comme ça, il faut les protéger, car il n’y en a plus beaucoup ! »

Dans vos chroniques musicales de Pop N’Co, sur France Inter, vous voulez faire passer quoi d’abord ? De l’émotion, de l’info ?

« Je dirais d’abord des images. J’ai un rapport très visuel à la musique et à l’écoute d’un morceau, un film se met en marche dans ma tête. C’est ce film que je veux faire partager à l’auditeur. Et puis, oui, je veux aussi transmettre des infos puisque j’interviens dans une tranche d’information. »

Qu’est-ce qui vous donne l’envie de mettre en avant tel ou tel musicien dans vos chroniques ?

« C’est évidemment d’abord l’actu musicale, mais aussi l’air du temps, une humeur… Ensuite, pour écrire, je me nourris de tout : écoutes persos, bios, articles de presse, réseaux sociaux... Je parle autant d’artistes peu connus que de gens entrés dans le patrimoine. Et c’est important d’équilibrer la programmation entre des tubes immenses sur lesquels j’essaie d’apporter un éclairage personnel et des premiers albums. »

Comment avez-vous débuté à la radio ?

« Comme stagiaire auprès d’un producteur de France Inter, Olivier Nanteau, à qui je dois beaucoup. En arrivant à Paris à 20 ans (elle est originaire de Villerupt, en Meurthe et Moselle), je rêvais de faire de la radio sans savoir comment m’y prendre. Une femme ingénieure du son à Radio France m’a proposé de visiter la Maison de la radio et j’ai adoré ! Une fois que j’avais mis le pied là-dedans, j’étais bien décidée à ne plus en repartir. Après ce premier stage auprès d’Olivier Nanteau, il m’a ensuite rappelée quand il a créé le Mouv’. Puis tout s’est enchaîné : j’ai proposé des chroniques à France Inter, j’ai eu une émission quotidienne « Eclectik » (l’actualité vue à travers le prisme d’une personnalité) qui est devenue hebdomadaire et ainsi de suite… »

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la radio ? Votre famille ?

« C’est vrai que la radio était beaucoup allumée à la maison, mais non, c’est d’abord un truc perso. C’est d’ailleurs pour ça que ça compte autant pour moi. Très vite, j’ai eu ce goût de la radio : je l’écoutais tard le soir et j’étais fascinée par ce que les gens de radio appellent de l’écriture radiophonique. Mais moi à l’époque, je n’appelais pas ça comme ça, je trouvais juste que ça sonnait bien. »

Quelles émissions ont accompagné votre enfance et adolescence ?

« Ce sont davantage des voix que des émissions : Bernard Lenoir, Kriss et toutes les émissions de Daniel Mermet : « La Coulée douce », « Là-bas si j’y suis »… Toutes les voix de « L’oreille en coin » aussi, qui était une aventure ultra-créative. Quand j’y repense, pour répondre à votre question de tout à l’heure sur la famille, je pense que si j’ai autant aimé la radio, c’est aussi parce que c’était un truc à moi. C’est ça qui en faisait quelque chose de précieux, comme un secret entre amis ou un amour de jeunesse. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse
Photo : ©Christophe Abramowitz/Radio France

Pop N’Co : lundi, mardi, jeudi et vendredi à 7h23 sur France Inter
podcasts sur https://www.franceinter.fr/emissions/pop-co
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