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Protéger et informer : le long combat des Ehpad face au Covid

Les 64 Ehpad et 36 résidences autonomie du département ont eux aussi été frappés de plein fouet par la crise du coronavirus. Certains de leurs directeurs nous racontent comment ils ont fait face, souvent grâce à un personnel très investi, peut-être injustement oublié à l’heure où l’on rend hommage aux autres combattants de la « première ligne ».

« Le choc a été terrible. On a essayé de prendre toutes les mesures possibles. » Céline Boreux trouve enfin le temps de prendre le téléphone, pour raconter. Pour elle comme pour les 205 membres du personnel de l’Ehpad de La Seigneurie à Pantin, les dernières semaines ont été un long tunnel. Dans ce grand établissement, réparti sur trois bâtiments et réunissant 280 personnes âgées dépendantes, on estime le nombre de décès dus au Covid à 8 %, soit 23 résidents. « Comme partout ailleurs dans le département, on a été fortement touchés. Plus de la moitié des décès ont eu lieu en une semaine, et certains résidents décédés étaient parfois là depuis 15 ans. Forcément, ça marque les familles, mais aussi le personnel. Là, tout le monde est encore dans l’action, mais ça va retomber. », souffle la directrice.

Ascenseur émotionnel

Et d’énumérer les actions sanitaires prises très tôt contre l’épidémie, qui à son sens ont sans doute contribué à diminuer l’impact du virus : interdiction des visites dès le 11 mars, date officielle sur tout le territoire, confinement des résidents dans leur chambre, fermeture de la salle de restauration remplacée par des livraisons de paniers-repas et création d’une unité Covid – un lieu dédié d’une quinzaine de lits – où l’établissement a tenté de regrouper les cas suspectés de coronavirus. De cette folle course contre-la-montre, Céline Boreux retient la fatigue, les ascenseurs émotionnels entre espoir et désespoir, et ce mantra : protéger les résidents, informer les familles.
« Dans ce chamboulement, on a toujours essayé de maintenir le lien avec les familles qui nous paraissait essentiel : en les informant régulièrement par mail, en établissant des visio-conférences entre eux et leurs proches une fois qu’on a été dotés en tablettes numériques, ou en les autorisant à venir les voir une dernière fois en cas de fin de vie- sauf malheureusement dans les tout premiers temps où l’on était submergé. »

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Protéger et informer, cela aura aussi été l’obsession de Florian Catel. « Dès le 24 mars, on est passé à un confinement dans le confinement : tous les résidents sont isolés dans leur chambre, sauf ceux de l’unité protégée regroupant des personnes atteintes d’Alzheimer. Cet isolement comporte bien sûr des risques psychologiques, mais le rapport bénéfices-risques a été jugé positif », signale ce directeur de la Maison des glycines au Bourget. Ici, 11 décès sont à déplorer, sur les 94 résidents que compte cet Ehpad privé. « La plupart ont eu lieu dans notre unité protégée des patients atteints d’Alzheimer, donc des personnes déambulantes à qui on ne pouvait imposer un confinement en chambre. » complète Florian Catel.
C’est une constante : durant cette crise, de nombreux directeurs ont été confrontés à un choix difficile entre sécurité et liberté, entre le zéro propagation et le mieux-être psychologique de leurs résidents. C’est encore plus vrai pour les résidences autonomie, dont les directeurs ne pouvaient imposer à leurs résidents l’interdiction formelle de sortir. « C’a été très compliqué, voire brutal pour les résidents et le personnel au début. Certains résidents ne comprenaient absolument pas la situation et pourquoi on les dissuadait tellement de sortir. C’est rentré dans l’ordre par la suite : la plupart ont compris le danger qu’il y avait pour eux à sortir et ont pris leurs repères avec les solutions alternatives qu’on leur proposait, comme le portage de courses. Mais il continue d’y avoir certains irréductibles. », témoigne Benoist Gautier, directeur de la résidence Camille Saint-Saens à Epinay.
Dans cette résidence de 47 personnes, où un seul cas a pour l’instant été suspecté, on a fait énormément de pédagogie anti-Covid, en appelant à la responsabilité des résidents tout en leur ménageant des espaces de « normalité » : atelier socio-esthétique ou de psychomotricité aménagés pour être compatibles avec les impératifs sanitaires. La résidence a aussi fait le choix de maintenir sa restauration du midi, dans le but justement de dissuader de sorties inutiles et parce que la configuration des lieux le permettait. « On se disait que c’était une bonne solution pour maintenir du lien social tout en limitant les risques de contamination. Car nous avons adapté les locaux : le réfectoire est étalé sur trois salles et chaque résident est seul à sa table. », reprend Benoist Gautier.

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Dans d’autres résidences, des animations sont aussi venus suppléer les animations traditionnelles : distribution d’une gazette de la résidence avec petits jeux, bénévoles venus chanter dans le jardin, les résidents pouvant les écouter pour certains depuis leur balcon ou encore ateliers contes en visio-conférence.

Déjeuner des amoureux

Dans cette optique de normalisation, on pourrait penser que la levée de l’interdiction des visites, annoncée lundi 20 avril par le gouvernement, est un élément important. La réalité est malheureusement plus complexe. « Dans un monde idéal, ce devrait être un soulagement pour tout le monde. Mais en fait, c’est plutôt un casse-tête parce qu’on manque déjà de personnel en situation de vase clos. On vient à peine de stabiliser la vague qui a frappé l’Ehpad, et là on nous fait prendre un nouveau risque. Mais les visites ont bien repris, même si on va les limiter très fortement dans un premier temps : 2 à 4 visites par jour pour tout l’Ehpad. », souligne Florian Catel. Il y a aussi une composante psychologique à laquelle on ne pense pas de prime abord : « Dans l’ensemble, le retour des visites représente une respiration pour tout le monde, mais cela suscite aussi parfois de la détresse. Chez certains résidents, il y a le risque d’un sentiment de deuxième abandon car ils ne comprennent pas forcément que le rythme des visites ne reprenne pas normalement, car nous les limitons à une par semaine du fait de la situation sanitaire. Pour compenser tout cela, nous travaillons actuellement avec 3 psychologues. », détaille Céline Boreux qui précise aussi que deux autres psychologues mis à disposition par le Département se tiennent prêts pour aider le personnel.

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A l’heure du bilan, cette professionnelle veut toutefois aussi retenir la combativité de ses équipes et la résilience dont tous ont fait preuve, familles, personnel, résidents. « C’est incontestablement une épreuve. Mais il ne faut pas croire que notre Ehpad n’était que morosité pendant la crise. Il y a aussi eu des moments de joie, de chaleur : ce qu’on a appelé le « déjeuner des amoureux » permet à deux résidents de manger ensemble à bonne distance, malgré la fermeture de l’espace restauration. Des habitants sont venus presque chaque jour nous déposer des gâteaux et des fleurs. Et cette semaine, deux résidents qui avaient dû être hospitalisés vont sans doute nous rejoindre. C’est tout ça qui nous a permis de tenir. »

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