Nicolas Cesbron, Coeur tendre et tête de bois
Installé à La Briche de Saint-Denis - une ancienne friche transformée en atelier d’artistes au charme certain - ce sculpteur sur bois réalise des meubles inspirés de micro-organismes et de créatures marines à la Jules Verne. Portrait.
Lentement, Nicolas Cesbron entrebâille la porte d’une petite armoire qu’il a terminée et soulève une trappe dans son fond. « Et vous voyez, là, j’ai aménagé un petit double-fond ». Comme ses meubles, comme l’atelier dans lequel il crée - niché au fin fond d’une ancienne friche industrielle étonnante, un casse-fonte des débuts du XXe siècle - l’homme est secret. Il faut un peu le travailler au corps pour qu’il consente à ouvrir la porte. « Entre le bois et moi, c’est une longue histoire. Ma mère m’a offert mon premier opinel à 5 ans et gamin, j’étais tout le temps fourré chez mon grand-père, Roger, qui travaillait le bois comme personne. Mais j’ai mis du temps à en faire mon métier », lâche l’artiste de 54 ans.
A l’image des arabesques présentes dans son bestiaire fantastique, le chemin suivi par Nicolas Cesbron pour faire de sa passion un gagne-pain n’aura pas été rectiligne : avant de plonger dans le bois, l’homme a été enseignant. « Avec mes quatre grands-parents instituteurs et mes deux parents profs, j’étais cerné. Alors, dans un premier temps, j’ai suivi le même chemin » Et cette force tranquille ne fait pas les choses à moitié : docteur en physique, il passe une thèse sur l’imagerie acoustique en milieu marin- « le même principe que l’échographie médicale, pour voir en eaux troubles ». Peut-être est-ce dans cette première vie qu’il puise aujourd’hui les formes de ses meubles, coquillages de bois ventrus sur pattes filiformes, qu’on croirait sortis d’un roman de Jules Verne ou d’un tableau de Jérôme Bosch.
C’est aussi de cette époque que date son intérêt pour les arts africains. « Lors de mon service militaire, j’ai réussi à partir en service de coopération en tant que prof ingénieur à Yamoussoukro. J’ai adoré cette période. Je me suis promené un peu partout en Côte d’Ivoire, où la forêt est très présente et où il y a plein de petites menuiseries. C’est vraiment là que j’ai commencé à travailler le bois. »
De retour en France, le jeune homme se plonge à fond dans sa création, en parallèle de son activité de prof à Jussieu. Ses premiers succès - une belle expo en 1992 à L’Orangerie – l’autorisent enfin à se voir comme sculpteur et pas comme enseignant avec un hobby. « C’était important d’inventer ma vie, de ne pas reproduire le schéma de mes grands-parents et de mes parents », se souvient aujourd’hui celui qui a aussi lentement sculpté sa vie.
A la recherche d’un lieu de création et sur les conseils d’un ami prof, l’enseignant se tourne alors vers les friches industrielles de la Seine-Saint-Denis. Et le voilà en 1995 parmi les premiers hôtes de la Briche. « Au départ, l’ambiance était plus industrielle : il y avait des ferrailleurs, des artisans, qui rappelaient l’ancienne fonction de ce lieu comme casse de métaux. Mais il y avait déjà ce sentiment de liberté très fort », raconte celui qui investit alors les lieux avec des collaborateurs de Philippe Decouflé et du costumier Guillotel, deux des maîtres d’oeuvre de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’Albertville en 1992. Plus tard, Cesbron retravaillera d’ailleurs avec ces deux créateurs sur la parade du Mondial de rugby de 2007, organisée dans les rues de Saint-Denis. Suivront ensuite plusieurs expositions marquantes : une rétrospective à Avesta en Suède ainsi qu’un focus lui étant consacré à la Cité de l’architecture et du patrimoine (2014). En octobre, l’homme sortira une nouvelle fois du bois pour une expo dans sa galerie Antoine Catzéflis, dans le 1er arrondissement parisien.
Sans être originaire de Seine-Saint-Denis – il a grandi dans la campagne autour du Mans – le territoire a manifestement su charmer Nicolas Cesbron, qu’on devine plus à l’aise lors des portes ouvertes de la Briche Foraine (une grande fête foraine organisée par le collectif d’artistes fin juin) que dans l’ambiance élitiste de certaines foires d’art contemporain. « A l’image de La Briche, il y a un Saint-Denis secret, des gens avec beaucoup de force, de personnalité, une grande identité, qui ne se montrent pas forcément, mais qui font », explique celui qui apparaîtra prochainement dans « Mon Incroyable 93 », un documentaire du journaliste Wael Sghaier sur les sentiers non rebattus de la Seine-Saint-Denis.
Et plus spécifiquement dans sa partie - les arts plastiques – Nicolas Cesbron confirme ressentir un bouillonnement « depuis les dix-quinze dernières années » : « la Briche, le 6B, l’Adada, tout ça fait vivre Saint-Denis. Ce que j’apprécie aussi, c’est le fonctionnement démocratique de ces structures, où chaque membre a son mot à dire », estime celui qui fut président de la galerie l’Adada, dans le centre de Saint-Denis.
« Mais j’y pense, je ne vous ai pas montré le casse-fonte », reprend l’hôte des lieux. Et de nous emmener dans un coin de son invraisemblable bric-à-brac, un puits de lumière surmonté d’une curieuse tour. « C’est de là haut qu’on laissait tomber une immense boule de métal pour casser la fonte des machines à vapeur qui n’ont plus servi à partir des années 1920. J’aime bien cette idée de machine qui casse des machines », rigole-t-il. Ca y est, la fonte est cassée, le sculpteur a tombé l’armure. Dans les yeux de Nicolas Cesbron, on aperçoit maintenant clairement le regard de l’enfant qui grimpait aux arbres et souhaitait leur donner la forme de ses rêves.
– Galerie Antonine Catzéflis, 23, rue Saint-Roch 75001 Paris. Tel : 01 42 86 02 58
Christophe Lehousse
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