Matrimoine et street-art pour réduire les inégalités de genre

Quelle place donne-t-on aux femmes dans l’Art, la Culture, l’Architecture ? Le 17 avril à Bobigny, le Département de la Seine-Saint-Denis a donné la parole à celles qui ne veulent plus être invisibilisées.

Depuis 2017, le Département a à cœur de mettre en avant son matrimoine. Le troisième week-end de septembre, il va proposer à l’occasion des prochaines journées du Matrimoine un parcours dans la ville pour rendre hommage à Renée Gailhoustet, qui nous a quitté en janvier dernier. Cette architecte a innové dans le social, notamment à la Maladrerie à Aubervilliers. Elle est l’une des pionnières à avoir su imposer son style, sur ce territoire, tant dans le domaine de l’habitat populaire que dans la construction de collèges, tout comme Iwona Bukowska, Martine Deslandes ou Högna Anspach, première femme architecte à avoir construit une maison en Islande. « Des actions essentielles pour célébrer notre héritage commun, mixte et égalitaire » estime Dominique Dellac, vice-présidente au Département en charge du patrimoine culturel, de la mémoire, du tourisme et de l’éducation artistique et culturelle.

« L’art dans l’espace public » un nouveau programme

Le Département va initier dès cette année, un nouveau programme intitulé « L’art dans l’espace public ». L’un de ces parcours qui relie la gare des 6 routes au parc sportif de Marville rappelera l’importance de l’égalité femmes-hommes à travers à des interventions artistiques pérennes ou éphémères de street-art, sculpture, fresques, design, signalétique dans l’espace public.

Des maisons sans cuisine

En nous plongeant dans le Liège du 12e siècle, à l’époque des béguinages, l’architecte belge, Annabelle Hoffait, veut nous intéresser à une architecture pensée par les femmes pour les femmes. Les béguinages sont des ensembles architecturaux clos composés de maisons individuelles où habitent des femmes entre elles. Propriétaires terriennes, ces femmes qui travaillent ont choisi de mettre en commun des espaces : réfectoire, église, hospice, dortoirs pour femmes plus pauvres.
Pour Stéphanie Daddour, architecte et maitresse de conférences à l’Ensa Malaquais, « l’espace n’est pas neutre. On continue de concevoir de façon hétéro-normée, selon des standards qu’on reproduit sans cesse ». Elle illustre son propos avec l’expérience des maisons individuelles conçues sans cuisine en se demandant aujourd’hui « Quels sont les services que les habitants sont prêts à mutualiser ? En l’occurrence à faire sortir de leur appartement et à partager avec le reste des habitants de l’immeuble, du quartier ? Ces réflexions ont un impact fondamental sur la manière de penser et de concevoir le projet. A l’époque, c’était la cuisine parce que c’est là où la femme était entre guillemets enfermée. Ces espaces intermédiaires, partagés étaient un moyen surtout d’être rémunérée pour la cuisine qu’elles faisaient  ».

Le Département engagé depuis 2016

A l’occasion de ce 4e colloque « Femmes et espaces publics en Seine-Saint-Denis », le Département a souhaité donner aux femmes qui agissent dans l’Art, la Culture et le Matrimoine, davantage de visibilité comme le rappelle Pascale Labbé vice-présidente chargée de l’égalité femmes-hommes « Ces transformations pour favoriser l’égal accès des espaces publics entre les femmes et les hommes sont le fruit d’un engagement qui remonte à 2016. Je veux saluer ici le travail de la Mission égalité diversité (MEDI), de tous les services du Département, et de ses nombreux partenaires, comme notamment le CAUE 93 (Conseil d’architecture d’urbanisme et d’environnement) ». Qu’il s’agisse de ses collèges, de ses parcs, de ses lieux culturels, de ses PMI, de ses crèches ou de sa voirie, le Département de la Seine-Saint-Denis s’est engagé dès 2016 dans une démarche volontariste de labellisation pour l’égalité et la diversité.

Le 93 à la pointe

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« Avec trois Centres dramatiques nationaux, la MC93 (maison de la culture), le Centre national de la danse (CND) et Les Rencontres chorégraphiques internationales, dirigés par des femmes, La Seine-Saint-Denis est à la pointe depuis longtemps et continue de l’être quant à la gouvernance des lieux culturels »
Dominique Dellac
vice-présidente au Département en charge du patrimoine culturel, de la mémoire, du tourisme et de l’éducation artistique et culturelle.


Quand les femmes se réapproprient leur place en dansant

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« En mars 2022, on a pu jouer dans l’espace public, « Frangines », une pièce pour 4 femmes danseuses. Avec nos corps, nos souffles et nos voix, nous y abordons la question de nos places dans l’espace public, la société et l’Histoire avec un grand H (celle qui nous invisibilise). On se réapproprie, sous les yeux des spectateurs-trices notre capacité à lutter joyeusement en collectif. »
Aurore del Pino
Chorégraphe de la compagnie Sur le pont

Matrimoine, une idée qui avance en Seine-Saint-Denis

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« La Seine-Saint-Denis a très vite rejoint le concept de Matrimoine. A l’occasion des prochaines journées du Matrimoine, le Département nous invite vraiment à sauter une marche, à passer une étape en nous proposant de partager des déambulations. Il est toujours très stimulant de voir que des institutions comme des départements, des mairies, des villes aujourd’hui s’emparent de ce concept de Matrimoine, comme à Rouen, Nantes, Rennes, où les journées du patrimoine sont aussi les journées du Matrimoine. »
Marie Guerini
association H-F Ile-de-France

Réfléchir la ville de demain très tôt dans le temps

« Dans les cours d’école, on se rend compte que non seulement les garçons utilisent les espaces centraux, mais qu’ils occupent la plus grande superficie de la cour d’école alors que les filles se retrouvent en périphérie. Ce sont toujours les mêmes questions de visibilisation, de légitimation et de reconnaissance. En l’occurrence dans ce travail mené par la géographe Édith Maruéjouls, les filles disent ne pas avoir le droit de jouer avec le ballon au centre de la cour. Ce n’est pas que les filles ne le font pas, c’est qu’elles n’ont pas le droit de le faire. C’est-à-dire qu’on les exclut de ces jeux-là. Elles se retrouvent donc à la périphérie de la cour à faire d’autres activités beaucoup moins physiques ».
Stéphanie Dadour,
Maitresse de conférences Ensa Paris-Malaquais,
Agence Dadour de Pour architecture

Crédits photos : DR et Nicolas Moulard.

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