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« Lou », portrait de la jeune fille en robe

Dans ce portrait dansé, joué à la Belle Scène Saint-Denis, le chorégraphe Mickaël Phelippeau nous fait découvrir l’histoire de la danse baroque et ce qu’elle peut apporter à la modernité.

« Lou », c’est avant tout une histoire de passion. Celle, dévorante et familiale, d’une jeune femme pour la danse baroque, cette danse des 17e et 18e siècles portée à son faîte par Lully, le musicien de Louis XIV. 27 ans que Lou Cantor baigne dans cette atmosphère et 7 ans qu’elle danse pour Les Fêtes Galantes, une compagnie de danse baroque basée à Alfortville.
Mais ne lui dites pas que la danse qu’elle s’est choisie semble bien poussiéreuse. « Tout dépend comment on l’aborde : c’est sûr que si on ne regarde que le côté reconstitution historique, ça va paraître bien vieillot. Mais nous, à la compagnie Fêtes galantes, on essaye de faire dialoguer danse baroque et danse contemporaine. »
Au début du spectacle, on voit ainsi Lou danser du baroque en habits de ville et tracer des signes kabbalistiques sur le sol. « Ces signes, c’est ce qu’au XVIIIe siècle, on appelait la notation Feuillet, du nom d’un chorégraphe qui a imaginé ce système pour noter les pas des danseurs à côté de la partition. Ça rejoint des réflexions sur l’espace et le temps qui, pour le coup, sont très contemporaines », explique la jeune femme.
Autre aspect moderne : le fait que la danse baroque soit aujourd’hui pratiquée par des femmes, « quand à l’époque, seuls les hommes avaient le droit de la danser en public, cette danse étant aussi associée au pouvoir ». Et Lou d’entrer sur scène dans une démonstration de « danse puissante » assez jouissive...
Tendre et touchant, le portrait de Lou par le chorégraphe Mickaël Phelippeau (voir interview) offre aussi des moments intéressants sur les coulisses de la vie de danseuse, comme celui de la blessure. « Juste avant que ne commence le travail avec Mickaël, je me suis blessée dans un spectacle. Pour moi qui suis en plus une danseuse assez physique, ça n’a pas été facile à accepter. Et la première fois que j’ai réussi à redanser aidée par ma mère, c’était sur Les Folies d’Espagne, une danse baroque assez douce », raconte Lou dans le spectacle.
Avec sa mère ? Oui, car encore davantage qu’une histoire de passion, « Lou » est un beau moment de danse sur la transmission entre une mère et sa fille. La compagnie des Fêtes Galantes a en effet été fondée par Béatrice Massin, la mère de Lou, en 1993. « Cela faisait 10 ans que j’étais interprète en danse contemporaine et je voulais me renouveler. C’est là que j’ai fait la connaissance de la chorégraphe Francine Lancelot, qui a redécouvert la danse baroque dans les années 80. J’ai immédiatement été séduite par la musicalité de cette danse et j’ai trouvé qu’elle pouvait être rapprochée des préoccupations de certains chorégraphes d’aujourd’hui », témoigne ainsi Béatrice Massin.
Depuis 1993 - à peu de choses près la naissance de Lou – la compagnie des Fêtes Galantes s’efforce donc de faire dialoguer danse baroque et danse contemporaine dans des spectacles comme « Mass B ».
Qu’on se rassure, il arrive aussi que mère et fille choisissent des chemins séparés : le prochain spectacle des Fêtes Galantes, « Abaca », sera ainsi un rondeau pour 5 danseurs sans Lou, qui sort elle tout juste d’un travail avec une classe de primo-arrivants en Seine-Saint-Denis autour du baroque avec l’association « Citoyenneté jeunesse ». Il n’empêche : le fil entre elles est aussi solide que la canne de Jean-Baptiste Lully.

Christophe Lehousse
Photos : ©Patrick Cockpit

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Mickaël Phelippeau, premier à gauche, Lou Cantor et Béatrice Massin, 6e et 7e en partant de la gauche, à la Belle Scène Saint-Denis 2019

- "Lou", commande la compagnie Fêtes galantes à Mickaël Phelippeau- jusqu’au vendredi 19 juillet à Avignon

Mickaël Phelippeau : « La Seine-Saint-Denis, un département bouillonnant de vie »

Le chorégraphe, fidèle compagnon de route du Théâtre Louis-Aragon de Tremblay, sera en résidence cette année à l’Espace 1789 de Saint-Ouen, avec le soutien du Département. Il nous parle de ses méthodes de travail et de sa vision de la Seine-Saint-Denis.

« Lou » est un portrait chorégraphié qui s’ajoute à la longue liste d’oeuvres similaires que vous avez faites avant. Pourquoi cette affection pour le genre du portrait ?

Je dirais qu’avant toute chose, c’est parce que j’aime les rencontres. Et aussi parce qu’à travers elles, je voyage dans des univers que je ne connaissais pas du tout. Par exemple, avec Lou, j’ai tout appris de la danse baroque : ses codes, sa manière d’être notée, sa dimension politique aussi… Et puis, l’attirance pour le portrait vient peut-être aussi un peu de mes débuts comme étudiant en arts plastiques, même si à l’époque, les portraits que je réalisais étaient très académiques.

Justement, racontez-nous comment vous avez découvert la danse…

J’ai commencé relativement tard, à 18 ans. A l’époque, j’étais en fac d’arts plastiques à Rennes et un soir, j’ai vu un spectacle de danse contemporaine. C’a été un choc pour moi : tous ces corps différents sur un plateau, ça m’a touché. Le lendemain, je prenais mon premier cours de danse et là ça s’est enchaîné très naturellement. A l’époque, il y avait peu de danseurs hommes dans la région et j’ai pu rapidement progresser. Mes premières créations de chorégraphe sont venues assez vite après ça.

Même si vous êtes originaire de Rennes, vous avez une longue histoire avec le Théâtre Louis-Aragon de Tremblay...

Oui, il a été extrêmement important pour moi. J’ai croisé la route d’Emmanuelle Jouan, sa directrice, lors d’une Belle Scène Saint-Denis à Avignon où j’étais venu comme spectateur. J’ai pu lui expliquer mon approche de la danse et elle m’a immédiatement fait confiance. « Lou » est déjà la quatrième pièce que j’ai la chance de présenter à Avignon dans le cadre de la belle Scène Saint-Denis, la première ayant été « Pour Ethan » en 2013. Je tiens vraiment à remercier ce Théâtre que je trouve tellement pertinent dans tout ce qu’il entreprend.

Cette année, vous êtes aussi en résidence à l’Espace 1789 de Saint-Ouen où vous donnerez « Ben et Luc », « Juste Heddy » et « Adolescence et territoires ». Vous pouvez nous parler de chacun de ces trois spectacles ?

« Ben et Luc » est un duo, que j’avais créé en Avignon, de deux danseurs burkinabê que je trouve très émouvants. Ben Salaah Cissé et Luc Sanou ont su allier danse contemporaine africaine et danse traditionnelle avec beaucoup de justesse. « Juste Heddy » est un portrait chorégraphié, un peu dans le style de « Lou » : Heddy est un ancien boxeur des quartiers Nord de Marseille que j’avais rencontré lors d’un atelier danse au théâtre du Merlan. Il m’avait parlé de son enfance, de sa passion pour la boxe anglaise. Et un jour d’atelier où il m’avait fait écouter le rappeur marseillais L’Algérino en disant que ces paroles signifiaient beaucoup pour lui, je lui ai proposé de travailler sur un portrait dansé. Enfin, « Adolescence et territoires » est un projet au long cours mené par l’Espace 1789, l’Odéon et le Théâtre de Gennevilliers qui consiste chaque année à monter un projet danse avec une quarantaine d’adolescents de ces villes.

La Seine-Saint-Denis, vous commencez à bien la connaître...

Oui d’autant que je vis à Montreuil. Je trouve que c’est un département bouillonnant de vie, avec une jeunesse qui a tellement de choses à dire. Quand j’étais en résidence à Tremblay-en-France, il m’est arrivé de jouer sur le grand plateau ou sur le parvis devant le théâtre. Et rien que le fait de voir réunis dans le public des gens du quartier et des professionnels de la danse, je trouvais ça réussi. Ça veut dire qu’à travers l’art, il y a un mélange qui s’opère.

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