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Portrait Livry-Gargan

Lili Leignel-Rosenberg, le coeur au combat

Jeudi 20 septembre, Lili Leignel-Rosenberg, rescapée des camps de concentration, a témoigné de son expérience face à des élèves, à l’occasion de l’inauguration du nouveau collège Germaine-Tillion de Livry-Gargan. Un moment empreint d’émotion et aussi d’une formidable énergie. Reportage.

Manel, Sabrina et les autres ne lui lâchent pas la main. Elles ne connaissent Lili Leignel-Rosenberg que depuis quelques heures, mais on dirait qu’il s’agit de leur grand-mère, tant le lien qui les unit paraît fort. Ce jeudi 20 septembre, ces 5e n’ont pas perdu une goutte du récit de cette ancienne déportée dans les camps de concentration de Ravensbrück et Bergen Belsen. Déportée par les nazis à 11 ans parce que juive, avec toute sa famille. Invitée à témoigner dans le nouveau collège Germaine-Tillion, grande résistante elle aussi déportée à Ravensbrück, sa présence aura illuminé ce moment d’inauguration.

Dans le nouveau CDI où se produit la rencontre avec les 5e, l’attention est extrême. Les questions fusent : « Comment avez-vous été arrêtée ? », « Quelle était votre vie dans le camp ? », « Y aviez-vous des amis ? », « Comment avez-vous réagi à la mort de votre père ? » Lili Leignel veille à y répondre à chaque fois de manière précise et bienveillante.
De sa voix chaude, elle déroule son histoire : arrêtée le 27 octobre 1943 à Roubaix avec son père, sa mère, ses deux jeunes frères, Robert et André... Séparés dès le début de leur père, les quatre membres de la famille seront d’abord déportés à Ravensbrück « dans des wagons à bestiaux » puis transférés, après des journées crève-coeur marquées par la terreur et la faim, au camp de Bergen Belsen. C’est là, le 15 avril 1945, que Lili et les 3 autres membres de sa famille seront libérés par les Anglais. Et de raconter la peur de ne jamais revoir sa mère, séparée d’eux au moment de la libération et finalement retrouvée à Hendaye. Son père, lui, n’en est jamais revenu : il est mort assassiné en 1945 au camp de Buchenwald, en même temps qu’un autre groupe de déportés.

Il n’y a qu’une question à laquelle Lili Leignel-Rosenberg dit n’avoir pas trouvé de réponse pendant longtemps : « Comment avez-vous survécu ? »... « Je ne peux pas expliquer notre retour. Nous étions tous destinés à périr car les nazis avaient juré de nous anéantir. En plus, nous étions des enfants, tellement vulnérables. Pendant longtemps, je n’ai pas trouvé de réponse. Et puis, je me suis dit que notre retour devait avoir un sens, celui de témoigner pour que plus jamais une chose pareille ne se reproduise ». Depuis les années 80- années aussi de la montée des thèses négationnistes – Lili Leignel se sent donc en mission et témoigne autant qu’elle le peut dans les collèges et les lycées.

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Face à son récit, le coeur des enfants se serre, mais ils comprennent aussi qu’ils sont les prochains acteurs du combat contre l’intolérance. « C’est une rencontre dont je me souviendrai longtemps, dit Manel, visiblement émue. J’en retiens deux choses : la peur que Lili a ressentie tous les jours à l’idée de ne plus revoir sa mère... Et à l’inverse, la joie qu’elle a éprouvée quand elle est sortie des camps et qu’elle l’a retrouvée à leur retour en France. » Mathew, lui non plus, n’est pas près d’oublier : « Ce qui m’a frappé, c’est ce que Lili a dit de sa mère : comment elle s’est privée de manger pour ses enfants, alors qu’elle était déjà très malade. Plus généralement, je retiens de cette rencontre qu’il faut combattre le racisme parce qu’il peut mener à ça… »

A une époque où les fanatismes ont le vent en poupe, entendre cela dans la bouche des adultes de demain semblait rassurant. Lili Leignel-Rosenberg, inépuisable et attentionnée, leur rendait d’ailleurs hommage : « Ces enfants, tous les enfants, sont tellement intelligents, sensibles. On sent à leurs questions que ça les intéresse, ils ont conscience que c’est une chance de pouvoir écouter mon récit. De mon côté, je compte sur eux. Je leur dis souvent : vous serez notre mémoire, car bientôt il n’y aura plus de déportés pour témoigner, et ils le comprennent », raconte-t-elle. C’est sans doute ce qui lui donne « encore la pêche », à 86 ans.

Christophe Lehousse
Photos :@Nicolas Moulard

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Un collège moderne, au service de la réussite des élèves

Troisième nouveau collège à ouvrir ses portes en cette année scolaire (avec Solveig-Anspach à Montreuil et la reconstruction du collège Gustave-Courbet à Pierrefitte), le collège Germaine-Tillion de Livry-Gargan est un bel outil. Posé au bord du canal de l’Ourcq, le nouvel établissement dessiné par le cabinet d’architecte Ameller Dubois présente tous les critères recherchés par la politique éducative départementale : spacieux, sûr et bien équipé. « C’est agréable, rien à redire. Ca change de mon ancien collège, qui se faisait un peu vieux », témoigne Mathew, élève de 5e, venu d’Edouard-Herriot. « Je m’y sens bien. Le gymnase en particulier, je kiffe », dit Imen, fan de sport, dont le rêve est de devenir footballeuse professionnelle. Son père, Rachid, renchérit : « C’est magnifique. Mes filles (Imen a une jumelle, Amina), vont avoir de bonnes conditions de travail ».

Chez les profs aussi, on était à l’unisson : « Les salles sont bien conçues. Moi qui suis professeur de physique-chimie, j’ai les paillasses sur les côtés et les tables au milieu. C’est la configuration idéale », témoigne ainsi Walid Berrehou, enseignant.

Deux équipements en particulier retenaient l’attention : le gymnase et son dojo attenant. Des espaces que le Département souhaite ouverts sur l’extérieur et partagés avec les usagers des villes environnantes. D’ailleurs, pour l’occasion, le club ELA (École livryenne d’aïkido) avait investi les lieux, proposant des démonstrations de cet art martial.
Un peu plus loin, au premier étage, ce sont les sens des élèves qui étaient stimulés par l’œuvre de la plasticienne Elsa Sahal. Auteure d’un projet sur les saisons, sa sculpture « Automne » a été réalisée dans le cadre du 1 % artistique, dispositif départemental prévoyant une œuvre d’art dans chaque nouvel établissement pour stimuler la fibre artistique des collégiens. Assurément, l’année sera bonne en toutes saisons, avec un collège pareil…

CL

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