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Entre marcheurs et vogueurs à La Courneuve

Le week-end des 11 et 12 juin, l’artiste Frédéric Nauczyciel a mis la dernière main à un film rendant compte de la naissance du premier Marching Band d’Ile-de-France. Un projet franco-américain, réalisé dans le cadre d’une résidence de l’artiste à la Maison de la Culture 93 de Bobigny.

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crédit photos : Eric Garault
Le coup de sifflet de Marquis Revlon retentit dans les travées du stade Géo-André de La Courneuve. « Come on guys, back in business ! » Allez les gars, c’est reparti ! Les danseurs du « Marching Band Paris Project » se plient de bonne grâce aux injonctions du danseur américain venu tout droit de Baltimore et à celles du vidéaste français Frédéric Nauczyciel. A leur signal, toute la petite troupe se remet en rang d’oignons pour une nouvelle prise vidéo, et en avant la fanfare !

Un Marching Band, une fanfare ? Tout devient plus clair quand Marquis Revlon joue les guides touristiques. « Les Marching Bands, ce sont des groupes de 200 personnes qui, notamment dans les communautés afro-américaines, marchent ensemble au son d’une fanfare. » Et le grand danseur noir aux airs d’Omar, personnage de la série à succès « The Wire », sait de quoi il parle puisque chez lui, dans son quartier de Baltimore, il fait partie d’un Marching Band depuis l’âge de 12 ans : « En fait, c’est comme une deuxième famille. Ca te donne un cadre, ça t’empêche de traîner dans la rue et de faire des bêtises. C’est simple : moi j’ai commencé ado, et 30 ans plus tard, je suis toujours dedans. »

Certes, les Marching Bands à la sauce séquano-dionysienne sont pour l’instant un peu plus modestes : sur la pelouse du stade Géo-André s’ébrouent en cette après-midi capricieuse 13 danseurs, au son des rythmes chaloupés de la fanfare amateure du Nouveau Théâtre de Montreuil.

Dans sa tunique au beau plastron jaune et noir - les couleurs de l’équipe de foot américain de La Courneuve - Rodrigue, un danseur venu de Paris, témoigne : « Ce qui me plaît, c’est le côté international du projet, l’aspect filmé et surtout la variété des gens qui se sont embarqués dans cette aventure. » Ritchy, lui, est séduit par un autre aspect : « Je suis venu au Marching band via le voguing, une danse elle aussi originaire des Etats-Unis. Mais de toute façon, dès que je danse, je suis heureux », explique ce « vogueur » du 19e arrondissement.

Car le projet se double en effet d’une deuxième influence : le voguing. Née aux Etats-Unis dans les années 70, cette danse, qui s’inspire de poses de magazines de mode tels que « Vogue », d’où son nom, fait la part belle à la féminité. Une manière aussi de battre en brèche la notion de genre, justement portée aux nues par des magazines d’où les homosexuels ou travestis étaient exclus. Grand danseur de la scène américaine du voguing, Marquis Revlon est le trait d’union qui relie les deux projets.

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Allier ces deux types de danse, c’est d’ailleurs le projet de Frédéric Nauczyciel, dont le film en France répondra à un autre film d’art tourné à Baltimore. En trois mois, le Français fasciné par les danses des ghettos noir-américains a donc mis sur pied un Marching band, recrutant des danseurs venus des quatre coins de l’Ile-de-France.
« Cette idée qu’on n’est que des passants, qu’on peut faire unité avec nos différences en marchant ensemble, ça résonne très fortement en moi. », confie le réalisateur, qui a découvert les Marching Bands en 2011, à l’invitation de Marquis Revlon. « A l’heure où en France, on se pose des questions sur notre vivre-ensemble, je trouvais intéressant d’implanter cette tradition ici en Seine-Saint-Denis. »

Sous l’œil de ses caméras, Rodrigue, Ritchy et les autres enchaînent donc moulinets des bras et marche au pas, au fil des prises. Entre deux tournages, les musiciens de la fanfare laissent aussi refroidir leurs cuivres et autres clarinettes. « C’est un chouette projet, intéressant par son aspect international, estime Sylvain Cartigny, directeur de l’orchestre du Nouveau Théâtre de Montreuil qui, ce jour-là, accueille deux membres supplémentaires : Mike et Francis, deux musiciens venus eux aussi de la côte Est. Entre les parties françaises et américaines, on échange en anglais, par gestes, mais plus que tout par instruments interposés.

Le répertoire choisi est lui aussi le fruit de cette rencontre : « L’Egyptienne » de Rameau remasterisée version fanfare fait suite à un tube du Marching Band New Edition de Baltimore. « C’est tout l’intérêt d’un projet de ce type, poursuit Sylvain Cartigny. Faire un Marching Band à l’américaine, ça ne nous intéressait pas parce que quoi qu’on fasse, ça sonnera toujours mieux là-bas. Non, le défi, c’était de trouver une spécificité d’ici, de Seine-Saint-Denis. »

Créé pour les besoins du film, le Marching Band d’Ile-de-France de Frédéric Nauczyciel a maintenant pour but de perdurer au-delà du tournage. Avec des danseurs aussi motivés que Rodrigue, Ritchy et toute la bande, la longue marche des Marching Bands en France semble un peu plus courte.

Christophe Lehousse

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NB : Les deux films tournés par Frédéric Nauczyciel devraient être projetés lors de la réouverture de la MC93, au printemps 2017.
En mars 2017, l’exposition Chapelle Vidéo au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis donnera par ailleurs à voir son travail autour de la danse et de la performance dans une exposition intitulée « La Peau vive ».

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