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Seine Saint-Denis
Peinture Le Raincy

Clarisse Moreno, visages villages

A 22 ans, cette artiste-peintre, qui vient d’exposer au Raincy, croque la vie dans des toiles aux couleurs vives, des portraits de femmes le plus souvent. Autodidacte, elle tient à ce que son art reste une passion, et se verrait plutôt galeriste ou dans l’édition. Portrait.

« Je trouve que les femmes sont picturalement plus intéressantes. » Clarisse Moreno est comme ses toiles : colorée et vive. Elle aime bien dire les choses comme elle les ressent. Et de fait, quand on se retourne dans le restaurant du Raincy où sont exposés ses tableaux, il faut bien reconnaître que les femmes y sont nettement plus représentées que les hommes. Une affirmation féministe ? « Oui, il y a de ça, mais je ne suis pas sectaire : c’est l’humain qui m’intéresse. »

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Une fille à vélo remontant l’avenue de la Résistance du Raincy, un nu de femme, un grand-père avec une barbe de marin-pêcheur qui nous toisent pendant l’interview nous confirment que oui, on peut s’accorder là-dessus. Des connaissances, des gens de Seine-Saint-Denis ? « Pas consciemment en tout cas. J’ai l’impression que ça sort de mon imaginaire. Après, il m’arrive de travailler à partir de photos, comme cette pochette de disque du groupe de soul Ibeyi que j’ai détournée », dit Clarisse en désignant un groupe de filles à la coiffure afro.
Des visages qui disent parfois la joie de vivre, parfois la mélancolie. Mais qui obéissent à une constante : la couleur. « Petite déjà, j’aimais m’amuser avec les couleurs, les assembler, les mélanger. »
Sans être une enfant de la balle, cette Séquano-Dionysienne, qui a grandi à Rosny et Aulnay, aura été largement encouragée dans sa passion par son entourage. Inspirée par les poteries de sa mère, « pas dans le métier, mais très intéressée par l’art », ou les paysages de sa grand-mère Marcelle, qui l’emmenait parfois, petite fille, à ses cours de dessin. Avant d’être « révélée à elle-même » par sa prof d’arts plastiques de seconde au lycée Albert-Schweitzer du Raincy, Sophie Gourhand. « C’est un peu elle qui m’a aidée à me découvrir. Une super prof, jamais à nous imposer les choses, mais toujours à essayer de piquer notre curiosité, à nous donner les instruments pour nous aider à nous connaître nous-mêmes », se souvient la jeune femme.

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C’est sur ses conseils et ceux de sa mère qu’elle exposera pour la première fois, à 15 ans, aux Cercles d’Art de Rosny. « J’avais vendu deux toiles, j’étais hyper fière… » Après un bac option arts plastiques obtenu brillamment, la suite logique aurait été de tenter les Beaux-Arts, mais non. Si l’art est omniprésent dans la vie de Clarisse, c’est plus comme un discret compagnon de vie, pas comme un gagne-pain. « Je n’avais pas forcément assez confiance en moi pour être jugée sur mon art. Et puis, j’avais peur de tout à coup être obligée de peindre pour manger, alors que j’associe ça à un moment de plaisir », explique celle qui ajoute actuellement un Master spécialisé de management culturel à un cursus qui l’a déjà formée aux métiers de l’édition et des livres d’art. Son rêve ultime ? Posséder son lieu culturel à elle – un « concept store », pour les plus avertis – où elle pourrait organiser des expos, des concerts ou vendre des produits dérivés. Et de citer quelques galeries emblématiques pour elle : Filles du Calvaire, mais aussi Ground Effect (2e arrondissement), rampe de lancement pour « de jeunes artistes qui commencent à être connus ». On le voit : des références plus parisiennes que séquano-dionysiennes, même si Clarisse Moreno dit aussi regarder du côté de l’école Kourtrajmé, à Montfermeil, qui a récemment ouvert une section arts plastiques à l’initiative du photographe et portraitiste JR.

Musique aigre-douce

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L’art, elle le définirait comme quelque chose de très instinctif - « le plus souvent, je n’ai aucune idée de pourquoi je peins tel visage plutôt que tel autre, c’est le fruit du moment » - et aussi comme une rencontre. Celle par exemple qu’elle a faite avec Matisse, par-delà le temps. « La première fois que j’ai vu un Matisse, ça devait être quand ma prof de seconde nous a montré une vidéo du célèbre critique d’art Daniel Arasse. Ça m’a tellement émue que j’ai décidé plus tard d’en faire mon mémoire de Master, sur la relation texte-image entre Aragon et Matisse. », se souvient la jeune femme qui dit aussi puiser chez Gauguin ou Miro.
Manifestement, ce choc Matisse n’a pas que laissé des traces dans ses travaux universitaires : les couleurs et les visages qu’elle peint empruntent ainsi clairement au maître fauve. « J’aime tout chez lui : son traitement de la couleur, son hommage au mouvement », dit celle qui n’a pas honte de confier qu’elle a pleuré quand il lui a été donné de voir pour son mémoire les fameux "papiers découpés" de Matisse, dans des archives privées.
Cette technique de collage, trouvée par le peintre vieillissant, diminué par la maladie, lui aura encore permis de célébrer la vie dans sa fragilité et sa légèreté. Des mots qui parlent à Clarisse Moreno, dont les visages peints chantent eux aussi la petite musique aigre-douce de la vie.

Christophe Lehousse
Photo d’entrée : ©Nicolas Moulard
autres : ©Clarisse Moreno

- Clarisse Moreno a exposé début octobre au restaurant « Les Paniers », 63, avenue de la Résistance au Raincy.
Ses toiles sont visibles sur son Facebook : https://www.facebook.com/morenoclarisse/ ou son compte instagram : @morenocart

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