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Anne-Catherine Robert-Hauglustaine, le Musée de l’Air se donne des elles

Nommée en janvier, Anne-Catherine Robert-Hauglustaine est seulement la deuxième femme directrice dans l’histoire du Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget. Fière d’incarner la parité en marche à des postes de direction, cette spécialiste de l’histoire des sciences et techniques présidera notamment au centenaire du musée en 2019. Interview.

Après Catherine Maunoury, vous êtes la deuxième femme directrice dans l’histoire du musée. C’est un message de parité envoyé à un monde réputé assez masculin ?

« Oui, et ça m’importe particulièrement. Aujourd’hui, il y a une vraie demande dans des instances décisionnelles où la parité n’est pas toujours évidente. Le problème n’est pas tellement de féminiser les professions du secteur aéronautique, car il y a des femmes présentes dans ces filières. L’enjeu est plutôt de leur donner des modèles pour leur prouver qu’on peut accéder à des postes de direction générale. Moi, jeune conservatrice au musée des Arts et métiers, je n’aurais jamais imaginé être nommée un jour au Musée de l’Air et de l’Espace, parce que c’était chasse gardée. Les choses changent et je m’en félicite… »

Sur votre parcours : vous avez enseigné l’histoire des sciences et techniques dans plusieurs universités, puis vous vous êtes orientée vers la muséologie. Ici, vous êtes à la croisée des deux éléments…

« Tout à fait. Je suis d’ailleurs toujours professeure associée à la Sorbonne et titulaire d’un doctorat en histoire des sciences et des techniques. Mon sujet : l’évolution des procédés de soudage dans l’industrie française (rires)… Cette passion pour la technique et la mécanique me vient notamment de mon père, ingénieur aéronautique et de mon oncle qui était pilote de chasse dans l’armée belge. Petite, je jouais autant avec des moteurs qu’avec des jouets… »

Parlez-nous un peu de ce musée : c’est un lieu historique, on a tendance à l’oublier … Les missions de reconnaissance durant la première Guerre mondiale ont décollé d’ici, c’est ici que Charles Lindbergh s’est posé en 1927 après son tout premier vol transatlantique en solitaire…

« Oui, en fait il y a deux choses. D’abord, c’est le plus grand musée d’aviation en France, un musée historique, qui fêtera ses 100 ans en 2019. En 1919, à l’issue de la première Guerre Mondiale, qui a montré l’importance de l’aviation, on a en effet ressenti le besoin de créer un lieu de conservation du patrimoine aéronautique. Ces collections, on les positionne d’abord à Meudon, puis au centre de Paris, puis elles arrivent en 1975 au Bourget. Et puis, le Bourget est lui-même devenu un aérogare en 1937. C’est tout ça qu’on veut donner à ressentir au visiteur à travers les travaux menés en ce moment sur place. »

Justement, le premier objectif de votre direction, c’est la fin des travaux et la réouverture complète en 2019 ?

« Oui, ce sera un moment important dans la vie du musée, cent ans après sa création... A partir de mai 2019, on aura des bâtiments historiques rénovés et une nouvelle scénographie : l’accès se fera par celui de l’aérogare historique, la salle des 8 colonnes.
Après, on prépare aussi le musée à l’arrivée du Grand Paris Express en 2024. Potentiellement, on pourrait alors atteindre 500 000 visiteurs. Cela veut dire diversifier nos thématiques et sans doute développer davantage le volet astronomie parce qu’il y a encore assez peu d’endroits en région parisienne où on peut observer le ciel. Par exemple, on pourrait étoffer des événements comme la Nuit des étoiles (nuit d’observation) ou travailler le lien entre la partie du Musée consacrée à la conquête spatiale et l’astronomie. »

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Est-ce que les travaux réalisés permettront aussi d’exposer une plus grande partie des collections qui dorment actuellement dans les réserves du musée à Dugny ?

« A priori non. Dans tout musée, les visiteurs ne voient que 5 à 7 % des collections, et le Musée de l’Air n’échappe pas à la règle. Les avions qui sont entreposés à Dugny nécessitent souvent des années de réparation et ne sont pas présentables au public. On ne peut donc pas se permettre de les amener dans le musée. Au contraire, on a même le projet de construire de nouvelles réserves à Dugny parce que nous avons besoin de protéger nos avions de grande envergure. Si cela se faisait, ce ne serait donc que dans un deuxième temps. »

Prévoyez-vous de nouvelles acquisitions ?

« Oui, c’est essentiel pour la vie du musée. Les dernières acquisitions en date sont trois assiettes représentant le vol du ballon de Nadar et les premières montgolfières. Car il ne faut pas oublier que le musée n’expose pas que des avions, mais tout ce qui se rapporte à l’aviation et à l’aérostation. Pour les avions à proprement parler, nous sommes en négociations avec le musée des Arts et métiers pour le dépôt au Musée de l’Air d’une voilure d’Airbus sortie directement des usines Pechiney d’Issoire. J’ai bon espoir d’aboutir prochainement là-dessus. Et pour l’année prochaine, nous envisageons l’acquisition d’une nouvelle pièce qui devrait faire parler, mais je ne peux encore rien dévoiler. »

D’ailleurs, avez-vous une pièce préférée ici au musée ?

« J’ai une préférence pour les débuts de l’aviation parce que c’étaient vraiment des casse-cous. Et d’un autre côté je trouve le Concorde fantastique, c’est mythique pour moi… »

Avez-vous aussi le projet de renforcer les visites scolaires ?

« Sur ce point-là, nous sommes déjà très satisfaits. Les visites scolaires au musée représentent aujourd’hui à peu près la moitié de la fréquentation, sur une année hors Salon du Bourget (soit 140 000, pour une année à 280 000). Il s’agit donc de maintenir le cap. Les jeunes sont un public particulièrement intéressant dans la mesure où ils couvrent toutes les tranches d’âge : des primaires au lycée en passant par le collège. A chaque fois, nous travaillons avec un professeur-relais pour que toutes les visites collent au mieux aux programmes scolaires. Peut-être peut-on encore renforcer davantage le volet extra-scolaire avec la venue de centres aérés ou d’associations. »

Quel regard portez-vous sur la Seine-Saint-Denis ?

« Pour moi, c’est d’abord un lieu d’université, d’enseignement, un lieu culturel aussi. C’est surtout un lieu en mouvement, porté par sa jeunesse, on y revient. Et puis, les récentes implantations d’entreprises montrent bien qu’il y a actuellement une dynamique favorable sur ce territoire. »

Un des temps forts cette année, ce sera aussi le Carrefour de l’Air qui coïncide avec les 120 ans de l’aéro-club de France…

« Oui, ce sont trois jours (du 13 au 15 avril) autour de l’aviation. Le point d’orgue sera le dimanche, avec un plateau conséquent d’avions historiques présentés en vol et le passage de la patrouille de France. Un meeting aérien 100 % gratuit, c’est rare… »

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