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Seine Saint-Denis
Coup de cœur

Il fait parler les silencieux

Mouloud Achour est né à Montreuil, a grandi à Noisy-le-Sec. Producteur, animateur et journaliste pour Canal +, il revient souvent en Seine-Saint-Denis pour Le Gros Journal, son émission. INTERVIEW.

Vous trouvez la Seine-Saint-Denis changée ?

Il y a plus d’infrastructures. Moi quand j’étais jeune je souffrais de la complexité qu’on avait quand on voulait aller à Paris. Les transports en commun c’était très très compliqué surtout à Noisy-le-Sec où il n’y avait vraiment rien dans le quartier où j’étais en tous cas. C’était la croix et la bannière pour réussir à aller à Paris. Après mes parents sont allés à Clichy-sous-Bois alors c’était encore plus compliqué. J’ai l’impression que ça s’arrange. Avec le RER E et ce qui est en train de se mettre en place ça avance. Ça construit aussi pas mal de HLM nouveaux un peu plus pavillonnaires, un peu plus sur le modèle américain. Sinon pour moi il n’y a rien qui a vraiment changé. C’est toujours un endroit d’accueil et de mélange.

Que représente le périphérique pour vous ?

Le périph’ représente pour moi le contrôle d’identité. A l’époque je prenais souvent le PC et les bus de nuit. Mais à chaque fois qu’on se débrouillait pour avoir une voiture... Avec de l’essence… c’était le deuxième enjeu… pour aller à Paris. On savait qu’une fois sur trois c’était le contrôle d’identité à une porte de Paris, qu’on entre ou qu’on sorte. C’était dans les années 2000, début 2000. C’est toujours le cas je pense.

Les contrôles d’identité ?

Il y a une vérité qu’on n’entend pas assez en tout cas à la télévision et que nous on s’efforce à dire. C’est qu’il n’y a en France aucun territoire perdu de la République. Il n’y a aucun quartier où les policiers ne rentrent pas. Tout le monde peut rentrer partout. La police va où elle veut. On veut nous faire croire que le 93 et la Seine-Saint-Denis sont des zones abandonnées mais ce n’est pas vrai. Il y a des élus locaux qui travaillent. Il n’y a aucune ville qui est abandonnée dans le 93.

Pourquoi vous faites de la télévision ?

Pour dire des choses. Avant je travaillais dans la presse musicale où je disais déjà des choses. Maintenant je les dis à un plus grand nombre.

Est-ce pour être utile ?

C’est par pur égoïsme pour comprendre ce que je ne comprends pas. Je ne fais que des émissions sur des choses qui m’intéressent. Pour moi la définition du journalisme c’est de partager ses interrogations. Je ne suis pas là pour révéler des choses, pour aider les gens. Je n’ai pas cette prétention là. Je ne représente personne. J’ai juste envie de partager ma curiosité.

Mais vous montrez aux jeunes la voie à suivre ?

C’est important de montrer aux jeunes générations des modèles inspirants de gens qui leur ressemblent. Des exemples de réussite. De leur donner envie. Ça fait partie de la mission qu’on se donne, nous. Dans ce sens là on peut l’entendre mais je fais attention avec le mot « utile ». On se donne comme mission d’inspirer les plus jeunes et on l’assume. C’est bien de leur montrer des choses positives. Si on leur montre des gens qui ont la même tête la même origine et qui ont réussi. Si on a réussi à inspirer un môme on a déjà gagné.

C’est le Yes we can ?

C’est le Yes you can.

Un bon journaliste, c’est quoi ?

C’est quelqu’un qui arrive à faire partager ses interrogations.

Est-ce que c’est quelqu’un qui sait écouter ?

Ça c’est un psy ou un ami. Je ne sais pas ce que c’est un bon journaliste.
C’est rare à la télé d’avoir des gens qui savent écouter, sans couper la parole.
C’est le média télé qui veut ça. Je ne vais pas vous refaire Bourdieu mais si on s’intéresse à la mécanique télévisuelle on veut souvent réduire les débats télévisuels à des choses qu’on peut répondre par oui ou par non. Nous on pense que la société ne se définit pas par oui ou par non, par blanc ou par noir, ni par des réponses rapides.

Vous avez fait une très belle interview d’Ernest Pignon Ernest ? Vous ne lui avez pas coupé la parole.

Quand on a un artiste international qui a 60 ans de carrière derrière lui, on le laisse finir ses phrases. C’est une question de respect. Respect générationnel. On respecte les anciens. Ça fait partie de moi et de mes valeurs. Et on ne s’inscrit pas dans une mécanique télévisuelle. Notre média est avant tout sur Internet, c’est un média conversationnel. On croit à l’impact du conversationnel. On n’appelle pas ça des interviews mais des conversations.

C’est ça votre luxe, le temps ?

C’est le luxe que nous offre Canal +, une chaîne qui nous donne le plus de liberté. Ça n’existe nulle part ailleurs dans le monde entier un programme comme celui-là à cette heure-là en tout cas.

Est-ce que vous aimez le silence, les silences ?

Dans la vie je suis quelqu’un de très silencieux. Je ne parle pas beaucoup. Mon équipe parle très fort. Moi non. Je suis très silencieux. Plus les gens sont proches de moi, moins je leur parle.

Vous vouliez être journaliste quand vous étiez petit ?

Non je voulais être testeur de jeux vidéo. Après journaliste de jeux vidéo. Après je me suis intéressé à autre chose que les jeux vidéo. A la musique, à l’écriture. Journaliste c’est le meilleur métier pour parler de ses passions.

Comment vous gérez le stress d’une quotidienne ?

Je travaille. J’arrive sans fiche, sans prompteur. J’ai tout bossé en amont et en fait je travaille tout le temps c’est comme ça que je gère le stress.

Comment préparez-vous vos interviews ?

Comme je travaille très consciencieusement je m’arrange toujours pour parler aux gens avant. Mais ça fait partie du boulot en fait. C’est du « sourçage ». Il y a beaucoup de choses qui passent par les yeux quand on fait une interview, j’essaie toujours de les voir avant. Le carnet d’adresses, on se le fait quand on décide d’inviter quelqu’un. Je n’invite pas quelqu’un parce que c’est mon copain.

Vous avez interviewé la judokate Audrey Tcheuméo qui est réputée peu bavarde.

Pour Audrey Tcheuméo. C’est une interview très bossée. On regarde tous les tweets, toutes les photos, tout ce qu’on peut. C’est pas pire qu’avec Kanye West qui dit quatre mots et qui nous a accordé un entretien d’une heure et qui n’a plus parlé depuis. Quand on a fait ça, on peut tout faire en fait.

Quand vous interviewez quelqu’un que vous connaissez vous ne le cachez pas, pourquoi ?

La plupart des jeunes aujourd’hui rejettent les médias et n’arrivent pas à croire à ce qu’ils voient à la télévision parce qu’ils savent qu’on leur ment. Nous on ne va pas leur mentir. Si je connais quelqu’un, je vais le montrer. Si je ne le connais pas, je vais le montrer. Le petit jeu médiatique qui fait qu’on fait semblant de se connaître ou de ne pas se connaître fatigue les gens, ils ne sont plus dupes. A chaque fois qu’on me demande un conseil pour être journaliste. Le seul conseil que j’ai c’est d’avoir des choses à dire avant de parler. Si on n’a pas de matière à traiter, pas de passion, quelque chose qu’on a envie de chercher ça sert à rien, on se retrouve à recopier des dépêches de l’AFP et on termine avec le sentiment de ne pas avoir fait grand chose. C’est un métier passionnant qu’on fait. C’est un métier de passion. On peut être passionné par des gens, par l’actualité, par plein de chose.

Est-ce que c’est facile avec votre position d’avoir des gens sur votre émission, avec votre nom, votre créneau horaire ?

Non, on se bat tous les jours. La concurrence est rude. Il y a de plus en plus de talk-shows à la télévision. C’est très compliqué pour se différencier pour avoir les bons invités, les bons horaires, les bons créneaux. On travaille 25 heures sur 24.

Votre plus géniale interview, c’était ?

J’aimerais vous répondre celle de ce soir tous les jours. Tous les jours, on essaie de faire la meilleure.

Ça vous arrive de regarder d’anciennes interviews ?

Je ne revois pas mon travail. Je le vois en salle de montage parce que je fais les montages, et après je passe à autre chose.

Au montage il y a des choses que vous ne gardez pas ?

Il n’y a pas de déchet car il y a une version courte à la télévision et une version longue sur Internet qui est quasiment sans montage.

Votre équipe vous aide dans la rédaction des questions ?

C’est moi qui fais toutes les questions. C’est mon produit. Je suis producteur animateur journaliste, j’ai une équipe, et ouais j’en suis fier.

Vos parents sont fiers de vous ?

J’espère. Faut leur demander. Je ne parle jamais au nom des autres en fait, que ce soit ma maman ou Kanye West.

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