Catégories
Seine Saint-Denis
Mois de l’ESS Lutte contre l’isolement Formation

« On travaille à petite échelle, avec un objectif humain, et ça marche ! »

Fondatrice et directrice de l’association Fabriquons la Solidarité à Rosny, Isabelle Hollebecq raconte les raisons de son engagement dans l’Economie Sociale et Solidaire. Et, surtout comment elle le fait vivre… 

JPEG - 13.5 ko

Vous avez longtemps été ingénieure dans un grand groupe privé, qu’est-ce qui vous a fait prendre la voie de l’Economie Sociale et Solidaire avec la création de l’association FASOL ?
"Lorsque j’étais dans le privé, j’ai toujours essayé d’allier engagement social et environnemental avec les objectifs économiques de mon entreprise, mais plus j’avançais en responsabilités, plus j’étais confrontée à la volonté des actionnaires de privilégier d’abord la rentabilité. Y compris lorsqu’on a voulu me proposer un poste de responsable du développement durable à un niveau européen : j’ai senti que ce n’était que du « green washing » même si le terme n’existait pas à l’époque. Un bilan de compétences m’a alors fait réaliser que l’essentiel pour moi était mon engagement social et sociétal."

Fasol est aussi née, en 2010, du constat d’un manque sur le territoire de Rosny ?
"Oui, dans cette ville où j’habite depuis 1995, il n’y avait pas à l’époque de structure d’embauche avec accompagnement de personnes éloignées de l’emploi. Aussi, après un Master d’économie solidaire, j’ai voulu créer une structure d’insertion par l’activité économique autour des jeux en bois, domaine d’activités découvert auprès de Kaloumba, une association de Fontenay-sous-Bois. Quand nous avons pu louer un local dans le quartier du Pré-Gentil, nous avons vraiment voulu faire partie du tissu associatif en organisant, entre autres, des ateliers découverte de la menuiserie. Aucune retombée économique, mais un impact social qu’aucune entreprise classique ne viserait."

Concrètement, qu’est-ce qui fait vivre Fasol aujourd’hui ?
"La vente de nos jeux en bois récupéré, et surtout nos prestations d’animations lors de fêtes ou mariages, et auprès de collectivités, dans les maisons de retraite… Mais aussi dans les entreprises pour des actions de dynamique de groupe et cohésion d’équipe. Je le répète souvent, mais l’économie sociale et solidaire est bien une économie : ici on essaie de redonner une deuxième vie au bois comme aux personnes dans une logique professionnelle, et, à la fin du mois, je dois payer mes salariés, mon loyer. Heureusement, nous sommes soutenus par des collectivités comme la ville de Rosny, le Département de la Seine-Saint-Denis, la Région, l’Etat ainsi que des fondations et donateurs privés."

Le dénominateur commun de toutes vos actions reste le jeu, en quoi est-il créateur de lien social, de solidarité ?
"Lorsqu’on travaille dans les collèges avec le Département de la Seine-Saint-Denis autour d’animations à la pause méridienne, le fait de s’appuyer sur ces jeux nous permet de travailler sur les valeurs de respect et mixité. On dédramatise aussi le handicap à travers le jeu. A Sevran où on travaille avec le projet de ville RSA, on redonne confiance à des personnes en situation d’échec à travers les « dames chinoises » en mettant en valeur leurs capacités à bâtir des stratégies. Dans les maisons de retraite, on remobilise les seniors via nos jeux, on les aide à retrouver de l’estime de soi, à sortir de leur isolement."

Question chiffrée pour conclure, quel est votre bilan en matière d’insertion par l’activité depuis vos débuts ?
"Nous avons embauché notre 15e salarié cette année et nous sommes actuellement quatre salariés dont un contrat aidé. Les personnes en contrat aidé restent chez FaSol entre 6 mois et deux ans : l’idée, c’est qu’elles se posent, qu’on les accompagne à leur rythme pour sortir du chômage. Notre objectif est avant tout humain. Souvent nos salariés ont commencé par le bénévolat chez FaSol, avant d’aller vers un contrat aidé, puis de suivre des formations qui les sortent vers l’emploi classique. C’est pour ça que j’insiste toujours sur l’importance de s’impliquer dans la vie locale lorsqu’on est au chômage. On travaille à petite échelle mais ça marche, parce que le mieux-être et le développement personnel, c’est notre premier leitmotiv."

A découvrir lors d’Est’ploration positive à Montreuil
Fasol sera présent les 4 et 5 novembre lors de la première édition d’Est’ploration Positive, à la mairie de Montreuil. Un événement d’ampleur régionale qui permet la rencontre des professionnels de l’économie sociale et solidaire avec les entreprises et les citoyens.
En savoir plus : http://estploration-positive.com
à lire aussi