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Wicasaya, bien plus qu’une épicerie solidaire

Ouverte en octobre 2017 à Bobigny, cette épicerie solidaire fait du bien à tout le quartier Karl-Marx et au-delà. Créée par la militante sociale Christine Clara Robin-Horn, elle vient de recevoir un prix de la marque départementale « In Seine-Saint-Denis ». Reportage.

Pour accéder à l’épicerie Wicasaya - « humanité » en langue amérindienne - il faut faire le tour d’une des barres de l’avenue Jean-Jaurès. Le local, partagé avec l’association Activilles qui s’occupe elle de thématiques environnementales et de lutte contre le gaspillage alimentaire, ne paye pas de mine. « Entrez, entrez, on ne va pas vous mordre », nous accueille chaleureusement Christine Clara Robin-Horn, qui a ouvert cette épicerie solidaire en octobre 2017.

Sans attaches particulières à Bobigny, cette « militante dans l’âme » a atterri là par besoin de s’impliquer plus fortement après avoir fait le tour de son métier dans le marketing. « Ca correspond à un moment de ma vie où j’étais lassée par mon travail. J’en avais marre de créer du besoin. Dans mes recherches, on m’a fait savoir qu’un local serait disponible dans la cité Karl-Marx. Et c’était parti : après 4 longues années de montage, j’ouvrais l’épicerie. »

Pas peu fière, la responsable des lieux nous fait faire le tour du propriétaire. Dans un local attenant au bureau, on trouve l’épicerie proprement dite : des étagères supportant lait, café, œufs ou encore boîtes de conserve à des prix défiant toute concurrence. Pour chaque produit, Christine Robin-Horn a affiché le prix moyen dans une grande surface standard à côté de celui proposé à Wicasaya : 40 centimes la boîte de corn-flakes au lieu de 2 euros, 10 cm le litre de lait au lieu de d’1 euro, 20 centimes la boîte de petits pois au lieu de 65. « Ici, les bénéficiaires (au nombre de 45 depuis la création de Wicasaya) paient les produits qu’ils achètent. C’est une autre démarche que le Secours populaire ou les Restos du Coeur, qui sont très bien par ailleurs, mais pour l’estime de soi, nous pensons que c’est mieux. », souligne Christine Robin-Horn. Des prix - souvent entre 10 et 30 % de la valeur marchande des produits proposés - que l’association obtient grâce à des accords avec la Banque alimentaire et avec les structures Phénix et Revivre Ile-de-France.

Des prix cassés dont a aussi profité Mireille*, qui s’affaire dans la pièce à côté. Aujourd’hui bénévole à Wicasaya, cette retraitée de 67 ans, enjouée et affable, témoigne toute sa reconnaissance envers l’association quand comme, elle le dit, « les temps étaient plus durs ». « J’ai eu énormément de mal à faire valoir mes droits pour ma retraite de surveillante dans des écoles. Dans ce laps de temps, j’étais bien contente d’avoir Wicasaya. Ils m’ont non seulement aidée matériellement, mais ils m’ont aussi donné de l’attention », insiste-t-elle. Désormais tirée d’affaire, Mireille s’estime le devoir de « rendre ce qu’on lui a donné ici », en organisant chaque vendredi un atelier tricot.

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Car le lieu va au-delà de sa simple fonction d’épicerie : proposant chaque semaine des ateliers et des temps de parole, la structure entend lutter à la fois contre le surendettement et l’isolement des bénéficiaires. « Nous accueillons des couples avec ou sans enfants, des familles monoparentales, des retraités, des travailleurs pauvres et aussi des étudiants, dont on ne parle pas assez. Malheureusement, il y a du travail... », énumère Christine Robin-Horn. Le lieu n’est cependant pas ouvert au tout-venant : le public est le plus souvent adressé à Wicasaya par la CAF, les assistantes sociales ou le SAMU social et les dossiers passent au préalable en commission. Avec pour uniques critères : l’urgence sociale et un engagement à participer un minimum à la vie sociale de l’association.

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Pour les femmes seules avec des enfants – assez nombreuses parmi les bénéficiaires – il y a ainsi la possibilité de venir souffler le temps d’un atelier peinture dédié aux enfants, organisé une fois par mois par Dalila. « Je trouve vraiment que cette association était une bonne idée : tout le monde dit que ça a mis de la vie dans le quartier », témoigne cette habitante de la cité de l’Abreuvoir. Raymia, une étudiante en droit, initialement bénévole pour l’association Activilles mais qui met aussi la main à la pâte pour Wicasaya, renchérit : « Ici, on est tous un peu concentré sur soi, sur ses problèmes ; On n’a pas l’initiative d’aller vers les autres alors que ça nous fait du bien à tous ».

Récemment récompensée par un prix dans le cadre de l’appel à projets « In Seine Saint Denis », Wicasaya souhaite continuer son chemin, voire prendre de l’ampleur. « Avec cette distinction, on a l’impression de passer de l’ombre à la lumière. Ca fait du bien au moral, savoure Christine Robin-Horn. Et on sait aussi comment utiliser la subvention qui va avec (18 lauréats se sont partagé les 100 000 euros alloués par le Département)  : on va acheter des blocs réfrigérés, un véhicule utilitaire pour aller chercher les denrées. Et à terme, on aimerait s’agrandir. Il reste tant de choses à faire ! » Wicasaya n’en a pas fini de déterrer la hache de guerre contre la pauvreté.

*Le prénom a été changé

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