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Une recherche-action pour rouvrir les lieux culturels

Quand le monde de la culture pourra-t-il de nouveau accueillir son public ? La date n’a cessé d’être repoussée et n’est à ce jour toujours pas connue. Pour ne plus être passif face à cette situation, le Département, en partenariat avec les structures culturelles et appuyé par des scientifiques, a lancé une recherche-action pour étudier les possibilités et modalités d’une réouverture.

« Déterminer la possibilité de rouvrir avec un risque encadré, en s’appuyant sur des modèles solides et avec des protocoles adaptés » : c’est l’objectif que s’est fixé le Département pour soutenir le monde de la culture, explique Thomas Meugnot, le chargé de mission musique à la Direction de la Culture, du Patrimoine, des Sports et des Loisirs (DCPSL).

Ce besoin, et celui d’un soutien financier, avaient en effet été exprimés avec force par les acteur·trice·s du monde culturel le 9 février dernier, lors d’une large réunion entre ces professionnel·le·s et le Département. En réponse, un second plan de rebond a été lancé et la DCPSL a été mandatée pour travailler sur le protocole.

« Nous avons commencé par regarder ce qui se faisait sur la question, les expérimentations déjà mises en œuvre, puis nous sommes tombés sur le travail de l’ITEMM, l’Institut technologique européen des métiers de la musique, détaille Thomas Meugnot. Nous leur avons proposé de travailler avec nous, ce qui les a intéressés. » Depuis plusieurs mois, Romain Viala, chercheur et responsable du pôle Innovation de l’ITEMM, et sa directrice Carole Le Rendu mettent en effet au point un modèle mathématique permettant d’évaluer les risques de transmission de la Covid-19 dans un lieu culturel, en fonction de ses caractéristiques.

Nommé « Opéra », cet outil prend en compte un grand nombre de paramètres comme la surface de la salle, sa hauteur, les dispositifs de ventilation ou d’aération, etc. Le risque peut aussi être évalué en faisant jouer différents facteurs comme le nombre de spectateurs, mais aussi d’artistes présents sur scène, la durée du spectacle, le taux d’incidence sur le territoire.

Des scientifiques en appui

Une trentaine de cinémas, salles de spectacles, musées, etc. de Seine-Saint-Denis se sont mobilisés pour fournir ces informations à Romain Viala et Carole Le Rendu à des fins d’analyse. Les premiers résultats sont en train d’être affinés, discutés et validés par la cellule d’appui scientifique qui a été constituée.

Pour s’assurer de la pertinence et de la fiabilité de la démarche, le Département a en effet fait appel à la solidarité de scientifiques pour constituer ce groupe. On y trouve notamment des épidémiologistes – comme Isabelle Delarocque-Astagneau ou Karine Lacombe –, des spécialistes de la modélisation appliquée à la santé – comme Marc Souris et Benjamin Roche de l’Institut de recherche et du développement –, ainsi que de fins connaisseur·euse·s du monde culturel – comme Myrtille Picaud, sociologue travaillant sur les salles de concerts ou Isabelle Melmoux, directrice adjointe du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis.

« Jusqu’à présent, observe Thomas Meugnot, la décision de fermeture des lieux culturels ne s’appuie pas sur de réelles données scientifiques. L’enjeu est d’objectiver le risque dans une démarche de recherche scientifique. » Comme le souligne en effet Romain Viala, « il y a une inversion de la preuve pour les acteurs culturels. C’est à eux de prouver que ce n’est pas dangereux  ». L’idée est donc, poursuit Jonathan Ruiz-Huidobro, le chef du service départemental Culture Art et Territoire, de « ne plus être dans des hypothèses, mais d’avoir des arguments pour instaurer un dialogue objectivé avec l’État  ».

Se réunissant en visio-conférence depuis la mi-avril, la « cellule d’appui scientifique » rendra un avis collégial début mai et anticipe également dans ses discussions les mesures de prévention que pourrait intégrer un protocole adapté. Sont par exemple débattus les questions relatives au périmètre du spectacle (c’est-à-dire ce qu’il se passe non seulement pendant, mais aussi avant et après), la possibilité d’installer des capteurs de CO2 ou des portiques de prise de température, la distribution de masques, etc.

Une seconde phase, plus qualitative, s’ouvrira ensuite. Elle pourrait par exemple permettre d’expérimenter les mesures de prévention les plus adaptées à chaque lieu culturel, en fonction du diagnostic obtenu grâce au modèle Opéra. L’accord du préfet sera cependant indispensable pour cela. Le président du Département Stéphane Troussel l’en a d’ores et déjà informé par courrier.

Photographie : ©Franck Rondot

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