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Une Maison de l’Autisme bientôt à Aubervilliers

Piloté par trois acteurs de terrain, ce nouvel espace, conçu sur le principe de l’accessibilité universelle, n’est pas un lieu de soins, mais doit permettre d’informer et d’orienter des familles s’occupant d’une personne autiste. Situé près du campus Condorcet, il devrait être inauguré en avril.

Pour le moment, il faut encore imaginer. Les murs de la nouvelle Maison de l’Autisme existent déjà puisqu’elle prendra place dans un bâtiment appartenant au promoteur immobilier Icade, juste en face du campus universitaire Condorcet à Aubervilliers, mais pour le reste, tout reste encore à aménager.

En ce jour de début décembre, seul un marquage au sol matérialise le futur « café », pensé comme un lieu de vie et d’échanges dès l’entrée de cet espace de 650 mètres carrés. Idem pour le centre d’information et de documentation, un peu plus loin. Pièce maîtresse de cette nouvelle Maison de l’Autisme, ce « lieu-ressource » aura selon les croquis des architectes des allures de bulle en verre posée au milieu de la salle. Enfin, un dernier espace de conférences, avec des gradins à taille humaine, doit pouvoir héberger de futurs colloques scientifiques ou groupes de paroles sur l’autisme.

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« Les deux critères qui ont guidé à la conception de ce nouvel outil était d’avoir un lieu de proximité, notamment desservi par une station de métro, et un lieu accessible, non seulement pour les personnes à mobilité réduite mais aussi pour des personnes présentant des troubles cognitifs ou sensoriels. », explique Hela Daboussi, pilote du projet de Maison de l’Autisme. « Assez logiquement, l’espace a donc été co-construit avec des usagers du futur lieu, des personnes autistes, des groupes d’aidants et des responsables de l’Etat », complète Anne-Sophie Bryhcy, l’architecte en charge du projet.

Souhaité par le président de la République Emmanuel Macron, le projet incarne les souhaits de l’État d’avancer sur l’accompagnement de l’autisme et les troubles du spectre autistique (TSA), décrété grande cause nationale en 2017.

Signal d’alarme

Il faut dire que le chantier est encore colossal, en particulier en Seine-Saint-Denis. « Cette Maison de l’Autisme marque incontestablement une avancée, mais dans notre territoire, la situation autour du handicap et de l’autisme reste dramatique, alertait ainsi le président du Département Stéphane Troussel, présent au lancement des travaux aux côtés de la ministre déléguée en charge des Personnes handicapées Geneviève Darrieussecq.
Et l’élu départemental de rappeler certains chiffres préoccupants : 2500 enfants sans AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap) dans les écoles, 2000 enfants orientés vers des Instituts médico-éducatifs (IME) qui ne trouvent en fait pas de places, ou encore un manque de 4700 places en SESSAD, des dispositifs mixtes permettant souvent l’inclusion d’un enfant handicapé en « milieu ordinaire ». « Tout cela, ce sont des enfants sans solution qui voient leur développement moteur ou psychomoteur grandement compromis », insistait le président du Département, auteur en octobre 2021 d’un courrier réclamant à l’Etat davantage de moyens sur cette thématique de la prise en charge du handicap.
« Vous avez raison de dire que ce n’est pas suffisant », lui répondait la ministre en charge des personnes handicapées tout en rappelant les 400 unités autisme dans les écoles et les 12 000 classes Ulis en collège-lycées créées en France dans le cadre d’un plan quinquennal sur l’autisme. Une « stratégie nationale » d’ailleurs appelée à bientôt connaître un deuxième volet courant sur la période 2023-2027. Première Maison de l’autisme "physique" en France (des répliques sont prévus par la suite en régions) l’institution va aussi se doubler aussi d’une Maison numérique, qui permettra de toucher grâce à des contenus adaptés tous les usagers en quête d’informations.

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Marie Schuster, directrice duCentre ressource autisme Ile-de-France (CRAIF), identifiait quant à elle une autre priorité : « Actuellement, on a des parcours de prise en charge qui sont difficilement identifiables pour les familles. Il existe quantité de dispositifs, c’est à la fois une richesse et un problème, et peut-être le CRAIF peut-il là-dessus avoir un rôle d’analyse des besoins et des souhaits des familles », faisait valoir cette professionnelle.

3 entités pilotes

Le CRAIF étant l’un des trois acteurs qui pilotera cette Maison de l’Autisme, aux côtés du Groupement National des 27 centres ressources régionaux (GNCRA) et d’Autisme Infos Service, une plateforme d’orientation téléphonique.
« Bien sûr, cette Maison, ce n’est pas la panacée, il faut que les moyens suivent », renchérissaient de leur côté Julien Rondet et Benjamin Verger, deux coordinateurs au CRAIF. Avant de voir le verre à moitié plein : « Une de nos missions consiste clairement à briser un certain nombre d’idées reçues qui sont encore très tenaces dans notre société au sujet de l’autisme, et pour ça cette Maison peut être un bon outil », soulignait Benjamin Verger, qui insistait donc sur la nécessité de former à l’accueil de personnes autistes « non seulement les professionnels du secteur médico-social mais un cercle plus large tels que des commerçants ou des chefs d’entreprise. »
En avril, les trois entités pilotes de la Maison de l’Autisme se sont déjà donné rendez-vous pour investir les lieux. Elles formeront alors une équipe commune de trente personnes avec toujours le même combat : promouvoir l’inclusion.

Christophe Lehousse
photos ©Nicolas Moulard

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