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Un centre aquatique olympique axé sur l’héritage

Mardi 9 juin, la Métropole du Grand Paris a organisé une visite du chantier de la future piscine olympique de Saint-Denis. Situé juste en face du Stade de France, cet équipement accueillera plusieurs épreuves pendant les Jeux de Paris 2024. Mais sa présence est surtout fondamentale pour l’après-Jeux, dans un territoire où un enfant sur deux ne sait pas nager à son entrée en 6e. Reportage.

« Imaginez : vous avez devant vous un bassin non pas de 50 m, mais de 70 m, dont la particularité est qu’il est séparable grâce à des murs amovibles » Christian Mourougane, directeur de l’aménagement à la Métropole du Grand Paris, fait le tour du propriétaire de la ZAC de la Plaine Saulnier avec un cortège de médias et d’élus masqués à ses trousses. Difficile de se plonger en avril 2024, date de livraison du futur équipement, en prévision des Jeux qui s’y dérouleront quelques mois plus tard : pour le moment, cette surface de 12 hectares ne propose qu’entrepôts et halles en brique. Au détour d’une route, on croise pelleteuses et engins de démolition qui démembrent un hangar : lancé le 3 mars dernier, « perturbé quelques semaines mais pas retardé par le Covid », le chantier n’en est pour l’instant qu’à sa phase de déconstruction et de dépollution, la phase d’édification devant elle intervenir à partir d’août 2021.

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C’est pourtant ici, juste en face du Stade de France auquel il sera relié par une passerelle piétonne enjambant l’autoroute A1, que se dressera le Centre aquatique olympique. Pendant les Jeux, ce bâtiment aux courbes élégantes telles qu’on l’aperçoit sur les visuels accueillera les épreuves de water-polo, plongeon et natation synchronisée et la boccia pendant les Jeux paralympiques. La natation, pièce de choix du concert olympique, et les finales de water-polo se dérouleront quant à elles dans un bassin attenant démontable et remonté après les Jeux dans une ville de Seine-Saint-Denis qui reste encore à déterminer.

5,50 euros après les Jeux

Mais dans leur présentation du projet finalement attribué le 15 mai dernier au constructeur Bouygues au cours d’un Conseil métropolitain réuni en urgence en pleine crise Covid, c’est davantage l’après-Jeux que pointaient les responsables et élus. « Deux critères nous ont guidés pour la réalisation de cet ouvrage : l’exception environnementale et la dimension d’héritage », insistait Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris, maître d’ouvrage du projet. « Nous souhaitions un ouvrage qui serve non seulement le mouvement sportif mais aussi le territoire. Cet équipement sera donc un héritage pour la population, de même que 9 autres bassins qui resteront sur le territoire après les Jeux », ajoutait Tony Estanguet, le président du Comité d’organisation (COJO).

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Le CAO – l’un des seuls équipements sportifs construits dans le cadre des Jeux - possèdera en effet plusieurs espaces, adaptés à une utilisation sportive mais aussi de loisirs : au bassin de 70m déjà évoqué, s’ajoutent un bassin d’apprentissage de 25m ainsi qu’un espace aqua-ludique pour les familles et une zone multi-sports où l’on pourra pratiquer l’escalade, le foot 5 ou encore le basket 3x3. Coût total de l’opération : 174,7 millions d’euros répartis essentiellement entre la Métropole du Grand Paris et la Solideo, l’établissement public de livraison des ouvrages olympiques.

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Cette dimension post-Jeux intégrée dès la conception du bâtiment devrait aussi se refléter dans les tarifs d’entrée annoncés après les Jeux : 4,80 euros pour le bassin olympique, 5,50 euros pour les espaces aqua-ludiques. Des considérations logiques pour le président de la Seine-Saint-Denis Stéphane Troussel, qui en demandait toutefois plus : « L’accessibilité pour les habitants doit évidemment être primordiale et nous aurons aussi des créneaux pour les scolaires. Mais il faut aussi qu’on obtienne de l’Etat la confirmation que le Plan Piscines départemental de 40 millions d’euros sera bien accompagné. L’ensemble du territoire de la Seine-Saint-Denis doit à terme être maillé d’équipements aquatiques pour qu’en 2024 on n’ait plus à faire face à cette statistique : un enfant sur deux ne sait pas nager à son entrée en 6e... »

Dimension d’insertion

Egalement questionné sur l’opportunité d’engager des grands travaux à l’heure des répercussions économiques de la crise du Covid, l’élu de Seine-Saint-Denis défendait au contraire une politique d’investissement public, à l’égal d’Anne Hidalgo, la maire de Paris également présente. « Il faut faire des Jeux un élément du rebond économique et social. Donc il faut avoir le pied sur l’accélérateur de la commande publique et que rien ne soit remis en cause dans les grands projets de développement du territoire, comme les JO ou le Grand Paris Express. La France doit accélérer sa transition écologique, créer de l’emploi et avec ces grands projets on est au cœur du sujet », estimait-il.
Sur ce chapitre, le chantier du centre aquatique olympique se voulait lui aussi modèle : respectant évidemment les clauses d’insertion professionnelle, il vient d’engager de jeunes ouvriers sur le chantier (voir encadré). De la même manière, une dimension d’insertion est aussi prévue dans le fonctionnement ultérieur de la piscine, qui embauchera des personnes éloignées de l’emploi, sur le modèle de la piscine olympique héritée des Jeux de Londres.

Christophe Lehousse
Photos : ©Nicolas Moulard
et photos architectes : ©VenhoevenCS & Atelier 2/3/4 Image Proloog

Un chantier volontariste en matière d’insertion professionnelle

10 % des heures travaillées doivent bénéficier à l’insertion professionnelle – autrement dit à des personnes durablement éloignées de l’emploi : ce sont les clauses contenues dans la « charte olympique en faveur de l’emploi et du développement territorial » pour tous les marchés publics liés aux Jeux. Le chantier du futur Centre aquatique olympique ne déroge évidemment pas à la norme : dans un effectif d’environ 50 ouvriers, deux jeunes hommes viennent ainsi d’être embauchés par Cardem, une des entreprises de démolition présentes, tandis que AD Conseil, maître d’oeuvre, a également embauché une autre personne en contrat d’insertion. « Nous avons embauché Drissa pour nous aider sur toutes les phases d’étude et de quantification des déchets », expliquait Fabrice Emeriau, gérant d’AD Conseil, société spécialisée dans la déconstruction écologique et le désamiantage de sites. Adressé par une société d’intérim, Drissa Diallo en est ainsi déjà à son deuxième contrat avec AD Conseil. « J’ai eu la chance de tomber sur eux, ça m’a ouvert toutes les portes », témoignait ainsi cet habitant de Noisy-le-Grand, pas mécontent non plus de contribuer en personne à la transformation de son département.

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