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Trois, deux, un : des identités multiples au TGP de Saint-Denis

Emmanuel de Chavigny, comédien de 35 ans, est l’un des quarante visages à l’affiche de la pièce événement "Trois", qui se joue jusqu’au 31 mars au théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis. Ecrite de manière participative sous la direction du metteur en scène québécois aux racines iraniennes Mani Soleymanlou, elle donne la parole aux Français et questionne leur rapport à l’identité.

Pour "Trois", Mani Soleymanlou a mis en place des questionnaires afin de mieux connaître les acteurs…

« Il se base sur les comédiens pour prendre la matière. Il y avait des questions sur l’identité : « C’est où chez vous ? », « Vous vous définissez comment ? », « Est-ce que vous vous considérez français de souche ? »… Ce sont des questions que l’on n’a pas forcément envie de se poser. « C’est quoi mon identité ? » : je ne m’étais jamais vraiment posé cette question. Au début, je n’avais pas forcément envie d’écrire beaucoup de choses et puis finalement je me suis retrouvé à écrire des pages et des pages. Mani Souleymanlou a un peu repris tout ça puis des rencontres se sont faites avec tous les comédiens. Il nous a posé des questions à nous « Français », en nous disant « vous êtes représentatifs de la France, qu’est-ce que vous avez à dire ? ». On a commencé à partir sur des débats, des échanges d’idées. Finalement des sujets, des histoires et des anecdotes en sont sortis, certaines ont été reprises pour le spectacle. C’était vraiment très intéressant.

Comment l’auteur a-t-il intégré ces témoignages à sa pièce ?

« L’objectif de Mani, c’était de prendre un échantillon représentatif du pays dans lequel la pièce est jouée. Mais il y a quelques étapes : Mani a des choses à raconter, comme il a vécu en France, c’est son rapport au pays également et ça, ce sont des choses déjà fixées. Il y avait des parties déjà écrites par rapport aux questionnaires ou aux rencontres qu’on avait faites avant. Parfois, il y a des parties qui sont retranscrites au mot près. Et il y a ce travail d’acteur d’arriver à reproduire ça, à le réinterpréter et que ce soit aussi frais que quand c’est dit spontanément. »

Le fait de penser à ton identité, ça s’est passé comment ?

« J’ai dit à Mani « ton spectacle m’embête car il me met face à certaines choses auxquelles je ne réfléchis pas car je sais que c’est casse-tête ». A un moment il a demandé : « qui ici se sent 100% français ? » j’ai commencé par lever la main puis je l’ai baissée, et je me suis retourné et j’ai vu qu’il y avait très peu de mains levées. J’ai baissé la main car je me suis dit qu’en France, il y a plein de gens qui ne sont pas d’accord. Penser à ça, ça m’a fait baisser la main. Je suis né à Aubervilliers, j’ai grandi à Pantin, mes parents sont venus de la Martinique une dizaine d’années avant que je naisse, ils se sont rencontrés ici. La Martinique, ça fait partie de la France, c’est particulier. Ca m’a fait beaucoup me questionner, mais aujourd’hui la réponse est claire : oui, je me sens 100% français. »

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@Jérémie Battaglia
Trouves-tu important que le théâtre parle de la France d’aujourd’hui ?  

« Oui, car si on regarde, il n’y a pas de spectacle qui parle de l’identité de la France d’aujourd’hui, sans être revendicatif, en soulevant juste quelques questions, par des échanges. Après, bien sûr, il y a une dimension québécoise, c’est le spectacle de Mani, c’est un regard. Mais ça universalise énormément la chose. J’espère que ça sensibilise les gens de voir toutes ces personnes qui s’expriment, quelle que soit leur couleur de peau, leur origine sociale, de voir qu’ils parlent de choses différentes avec leur vécu. Il y a des gens qui ont eu des difficultés dans leur vie, d’autres moins. Mais finalement, on était tous d’accord les uns avec les autres. Et ça, ça m’a fait du bien. »

- "Trois", précédé de "Un" et "Deux" au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis
du lundi au samedi à 19h30, dimanche à 15h - relâche le mardi
Durée estimée : 4h15 (entractes compris) – salle Roger-Blin

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