Stéphanie Antoine, cordon bleu pantinois et raconteuse de salades

« Mange tes légumes ! » est un livre de cuisine destiné aux parents soucieux de la saine alimentation de leurs enfants... et de la paix des ménages. Les 75 recettes qu’on y trouve sont agrémentées de mille techniques pour persuader les enfants qu’une endive n’est pas un drame. Concocté par Pauline Beauvais et Stephanie Antoine, pantinoise, il est inspiré des ateliers cuisine qu’a animé cette dernière dans les écoles de Seine-Saint-Denis.

Il est 19 heures, vous rentrez du boulot, crevé.e, et là, votre chérubin se met à vous faire une java de tous les diables pour ne pas avaler ses courgettes, sautillant tel un équilibriste sur vos nerfs ? « Mange tes légumes ! », publié le 10 février aux éditions La Martinière, est fait pour vous. Adressé aux parents marmitons, ce livre de recettes de Stéphanie Antoine, Pauline Beauvais et l’illustratrice Emilie Sarnel est une véritable boîte à outil pour désamorcer les disputes intergénérationnelles, un manuel de « diversion alimentaire », ayant l’ambition de « faire avaler des légumes aux enfants, tout en leur racontant des salades ».

Alchimies

Tout est parti du jour où Pauline Beauvais, autrice pour Pueblo, une newsletter adressée aux parents, a demandé à Stéphanie Antoine, cheffe cuisinière pantinoise, et grande experte du légume, des recettes végétariennes pour les marmots. « On a commencé à échanger sur nos techniques de manipulation de nos enfants pour leur faire manger des légumes. Si vous leur dites la vérité sur l’amer, à savoir que le corps, forgé par des années de cueillette, le rejette à priori pour parer des poisons potentiels, c’est très intéressant, mais vous n’êtes pas plus avancé. Si vous lui montrez comment on peut en changer le goût en ajoutant du sucre par ci, du gras par là, ou en composant des alchimies avec d’autres éléments, ça va déjà un peu mieux. Et si vous lui racontez que l’endive est jalouse du haricot parce qu’elle se sent transparente à côté de lui, l’endive devient son alter ego », détaille Stéphanie.

Ainsi, au chapitre carotte, on trouve une histoire autour de l’ombellifère, le « CAC Carotte », une sorte de concours Lépine pour révolutionner la face du monde et devenir milliardaire, un « super-pouvoir » de Captain Carotte, qui donne de la jugeotte, une carte d’identité du légume... Et on passe aux trois recettes, classées selon le niveau de tolérance de l’enfant vis à vis du légume : un hot dog à la carotte, des gougères de fanes de carotte, et pour ceux qui n’aiment vraiment pas ça, un croque-carotte qui noie celle-ci dans une multitude d’autres ingrédients. Et on recommence ainsi pour 16 légumes différents, sans compter des recettes « bonus » de pain à la courgette et autres brownies de betteraves... En un an et demi, les autrices ont réuni 75 recettes dans leur recueil.

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"Manges tes légumes », Éditions de La Martinière, © Emilie Sarnel

Couteau suisse

Il faut dire que Stéphanie Antoine ne partait pas de nulle part. Son emménagement à Pantin, et la naissance de sa fille sont synonymes pour cette ancienne petite main de la com’ d’un nouveau départ. « Je n’aimais pas le monde de l’entreprise, et l’idée même de travailler », rigole-t-elle. Se définissant comme une « obsédée de la bouffe », cette belle-fille de nutritionniste décide alors de se lancer dans une activité qui ne lui donne pas le sentiment de labeur. Elle commence en 2015, dans sa cuisine, à développer un concept de sandwich sans pain, avec des feuilles de riz ou d’algues nori. « Au début, je me suis inscrite dans la veine du « healthy ». Avant de prendre conscience qu’on se cachait derrière ce mot pour ne pas parler de régimes. J’étais au régime depuis mes cinq ans : j’en ai eu marre », explique-t-elle, développant donc une gamme de cookies. Elle enchaine des activités de traiteur, de cheffe cuistot... mais le confinement ferme les portes du restaurant où elle officiait. Elle met alors ses talents au services d’associations d’aide alimentaire : « Chefs avec les soignants », « Ernest », située à Bagnolet... et lance « Bistrot Poireau », un service de livraison d’apéros dont 10% du chiffre d’affaire était reversé à la réalisation de repas pour le Samu Social. En parallèle de ces coups de main, elle commence à se faire un nom, et les restaurateurs, comme celui du GreenPoint, à Pantin, requièrent son aide pour composer les recettes végétariennes, de plus en plus demandées, de leurs restaurants. Elle forme des pizzaïolos à la pâtisserie, « pour qu’ils puissent proposer autre chose que des tiramisu ». « Et j’écris aussi des recettes pour le journal de Mickey  », poursuit-elle le plus sérieusement du monde.

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"Manges tes légumes », Éditions de La Martinière, © Emilie Sarne

Ateliers cuisine

En parallèle encore, la « slasheuse » commence à mener des ateliers cuisine dans l’école de sa fille, La Marine, à Pantin. « J’achète les légumes chez un fournisseur du Haut-Pantin, qui les livre avec la terre, les feuilles...  » Elle les présente aux enfants, leur propose de goûter le légume cru, de le sentir à l’aveugle, détaille avec eux le chemin de l’aliment, de la graine à la fourchette. « Je leur fait comprendre que le poireau n’est pas juste le truc qui flotte, trop cuit, dans leur assiette. Je leur fait oublier ce qui se trame en cuisines, pour qu’ils dédramatisent l’amertume du légume  », poursuit-elle. « Ca valorise les enfants, il y en a qui sont déjà bons en cuisine. Quand ils goûtent, ils n’ont jamais faux  », explique celle qui poursuit des animations d’ateliers avec l’association « Dans ma petite cuisine » à Bondy. « Mais ce qui serait vraiment super, ce serait de réintégrer les cuisines dans les écoles, pour que les enfants ne mangent plus des barquettes, mais des recettes cuisinés sur place. Faire entrer les associations dans les écoles, c’est déjà pas mal, des politiques publiques qui permettent aux enfants de manger mieux, et de comprendre ce qu’ils mangent, ce serait délicieux  ! ».

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