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« Soutenir toutes les salles de cinéma sans exception ! »

Le monde du cinéma est en émoi. De nombreuses salles en gestion publique risquent de se voir exclues des aides de l’Etat (50 millions d’euros) pour compenser les pertes d’exploitation en ces temps difficiles de Covid. En Seine-Saint-Denis, cela concernerait 19 salles, sur les 25 que compte le réseau Cinémas 93. Interview avec son directeur Vincent Merlin.

Comment avez-vous ressenti l’annonce du reconfinement et la fermeture de toutes les salles ?

Vincent Merlin : Le public commençait à revenir petit à petit depuis le mois de septembre et de manière plus importante en octobre. Pour nous, le cinéma repartait ! L’annonce du reconfinement a été ressentie comme un véritable coup de massue. On avait estimé, après le premier confinement, les pertes de recettes à près de 500 000 euros. Aujourd’hui, nous ne sommes pas encore en mesure de livrer une estimation globale et définitive cumulée depuis mars. Nous sommes en plein calcul. Il ne s’agit pas simplement d’additionner les pertes occasionnées lors de l’arrêt total d’activité, mais de prendre en compte également la période intermédiaire où les salles ont fait des fréquentations très en deçà de ce qu’elles réalisaient auparavant. Pendant les quatre mois de cette période où les salles ont été ouvertes (du 22 juin au 17 octobre, ndlr), celles-ci ont fait moins de la moitié d’entrées qu’en période normale.

L’Etat a promis des aides au cinéma. Qu’en est-il pour les 25 cinémas appartenant à votre réseau indépendant ?

La Seine-Saint-Denis a la chance de posséder un réseau de salles publiques unique en France. Sur les 25 cinémas, 19 sont des cinémas publics, gérés directement par la collectivité, ville ou Territoire, en l’occurrence Est Ensemble. Les 6 autres sont des cinémas associatifs. Parmi les mesures d’urgence que le gouvernement a mis en œuvre, il a créé un fonds de compensation des pertes d’exploitation, supposé à l’euro près indemniser les salles de cinéma. Mais ce fonds de compensation annoncé en septembre et déjà opérant, ne concerne pas les salles publiques en gestion directe. Elles en sont exclues !
En termes d’équité, cela pose quelques questions… Sur le territoire national, on compte près de 300 salles en gestion directe, qui, comme celles de notre département, en sont exclues.

Une pétition nationale a été lancée dès septembre…

Une pétition nationale intitulée « Pour un soutien à toutes les salles de cinéma sans distinction ! » a été lancée. Elle reçoit de nombreux soutiens tant de la part des exploitants, des associations partenaires des salles, des réalisateur·rice·s, que des élu·e·s. A l’heure où les finances des collectivités territoriales sont au plus bas et où elles sont sollicitées de toutes parts en raison de la crise sanitaire, économique et sociale sans précédent, l’exclusion de toutes les salles publiques de cet effort national de soutien aux cinémas, est un choix politique désastreux. Au nom de l’égalité de l’accès à la culture sur tout le territoire, il faut donner à ces lieux essentiels de diffusion culturelle et d’éducation populaire, la reconnaissance et l’aide qui leur sont dues.

Propos recueillis par Claude Bardavid

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Ecran noir pour des nuits blanches

Le double confinement aura fait de 2020 une année particulièrement noire pour les salles de cinéma. Si le manque à gagner est particulièrement rude pour les salles associatives, le choc est dur pour tout le monde. Y compris pour les 6 cinémas d’Est Ensemble qui s’efforcent néanmoins de se projeter vers un avenir meilleur.

Annie Bichet, la programmatrice du Festival du film franco-arabe de Noisy-le-Sec qui devait se tenir, en novembre au Trianon, y a cru jusqu’au bout. Avec Julien Tardif, le directeur du Trianon, ils se sont battus bec et ongle, pour peaufiner une programmation qui devait proposer pendant 12 jours, 27 longs métrages dont 14 en avant-première et 6 inédits, accompagnés par le parrain d’honneur Costa-Gavras et la marraine, la réalisatrice et comédienne Lina Soualem. Toutes les garanties et mesures de protection sanitaire étaient prises, et la dernière projection permettait à chacun de rentrer chez soi, muni de son ticket, pour respecter le « couvre-feu ». Las. L’annonce du deuxième reconfinement est tombée annulant bien sûr ce festival mais aussi tous les autres qui devaient se tenir dans le département. On se consolera en se disant que ce n’est que partie remise… Le 7e art en Seine-Saint-Denis, placé sous la protection du service public et de ses habitants, pourra redémarrer dès que le virus aura été maîtrisé.

Un réseau unique en France

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Le réseau de cinéma géré par la collectivité Est Ensemble compte 5 cinémas soit 13 écrans et plus de 2 600 fauteuils, avec un cinéma itinérant irrigant les différents quartiers de Bobigny. Ces cinémas, le Cin’Hoche à Bagnolet, le Ciné-Malraux à Bondy, le Méliès à Montreuil, le Ciné 104 à Pantin, l’Ecran nomade à Bobigny et le Trianon à Romainville et Noisy-le-Sec ont en commun d’offrir une programmation de qualité, et de mettre en œuvre une politique d’éducation à l’image en direction des habitants et plus particulièrement des enfants. De la crèche au lycée, en passant par les maternelles, les élémentaires, les collèges et les centres de loisirs, les enfants sont accueillis pour découvrir des films mais aussi l’histoire du cinéma. Quant à l’avenir, les responsables de cinémas ne restent pas les bras croisés. « Nous sommes en train de mettre en place un travail commun, des pratiques communes afin de mutualiser nos moyens et nos informations, explique Damien Peynaud, directeur du Magic cinéma à Bobigny mais également de la salle André Malraux à Bondy. Nous souhaitons nous appuyer sur des événements existants tels que « le Festival du film franco-arabe » ou « Les enfants font leur cinéma » tous deux au Trianon, pour les déployer plus largement dans les autres cinémas. »

Le Magic Cinéma tire sa révérence

Le Magic Cinéma de Bobigny, salle mythique du département qui a vu au fil des années les plus grands réalisateurs venir présenter leurs films, accompagnés d’une multitude d’acteurs, a baissé définitivement le rideau en juillet 2019. Pour ne pas priver de films les habitant de la ville et tous les amoureux du grand écran, un cinéma itinérant a été imaginé, l’Ecran nomade. Mis en service depuis le 16 octobre 2019, il a passé une convention avec le Conseil départemental pour bénéficier de la mise à disposition de l’auditorium de la Bourse du travail, trois jours par semaine. L’Ecran nomade se déplace également à l’auditorium du Conservatoire de la ville et à la bibliothèque Elsa Triolet. Et puis le Covid 19 est arrivé… « Pour l’exploitation de manière générale, en France mais aussi dans le monde entier, il n’y a jamais eu d’année aussi noire, constate Damien Peynaud. Pour nous, il s’agit d’une situation inédite, jamais produite. »

Un nouveau Magic Cinéma

"Cœur de ville" est un projet d’aménagement urbain qui va prendre corps en lieu et place de l’ancien centre commercial Bobigny 2, là où se trouvait le Magic cinéma. Il est prévu la création de plus d’un millier de logements, 13 000 m2 de commerces, une crèche, un mail piétonnier et un cinéma. Si tout se passe bien, le cinéma devrait ouvrir ses portes en fin d’année 2023. C’est donc à quelques rouleaux de pellicule de là où il se trouvait, que le nouveau Magic cinéma va renaître de ses cendres. L’Etablissement public territorial, Est Ensemble, en négociation avec le promoteur privé Altéria-Cogedim, a maintenu la présence d’un cinéma public à Bobigny, écartant toute idée qu’un major de la distribution puisse s’y installer. Après dépôt du dossier auprès de la commission autorisant la création de salles de cinéma, il est acté que le futur cinéma comptera 6 salles. « Elles présenteront un profil différent d’un cinéma classique, révèle Damien Peynaud. Chacune des salles aura une tonalité différente, un usage différent selon les publics. » Une salle dédiée au jeune public, munie de sièges amovibles, de poufs et de matelas pour les enfants, pourra être reconvertie en espace d’ateliers. La grande salle avec 300 places accueillera certaines formes de spectacle vivant.
Une autre salle 150 places rétractables, munie de son matériel cinématographique, pourra accueillir entre autres des bals. Quant aux trois autres salles, elles pourront accueillir des conférences. Le maître mot qui guide la conception de ce nouveau cinéma est la polyvalence. « Nous devons, plus qua jamais, nous diversifier dans notre activité et plus particulièrement dans le cadre de notre mission de service public », insiste le directeur du Magic Cinéma.

CB

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