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Les Lilas Coup de cœur

« Slow Périlleux » fait slamer la toile

À 91 ans, le lilasien Bernard Maroni a affronté les meilleur·e·s slameur·euse·s français·e·s lors du Grand Poetry Slam organisé en visio-conférence du fait du Covid. Le doyen des poètes – alias Slow Périlleux – a offert des moments de grâce du 21 au 23 mai.

« J’aime les mots et les résonances qu’ils créent en nous. J’essaie de jouer avec eux pour en faire, comme l’écrivait Baudelaire, une sorte de ruban autour des sens… », confie le fringant nonagénaire, qui a plus de 500 textes à son actif.

Un amoureux de la rime

Le virus de la poésie, Bernard Maroni l’a attrapé très jeune « en déclamant des vers lors de mariages, d’anniversaires d’amis ou de funérailles ». Professeur de biologie et d’anatomie dans les Yvelines, il noircit des carnets entiers de poèmes pendant les loisirs que lui laisse sa carrière.
Quelques années après sa retraite, Bernard s’installe aux Lilas et tombe par hasard sur l’affiche d’un club de slam. Le retraité pousse la porte de l’association et découvre avec enthousiasme des nouvelles formes d’expression orales qu’il expérimente lors de scènes ouvertes.
Emballé par la liberté de ton qu’offre le slam, Bernard choisit de se dédier à sa passion et écume les festivals européens. Il participe ainsi au prix de l’alliance francophone Kréatika, gagne le tournoi national d’Aubagne en 2014 et termine 5ème du Grand slam national un an plus tard. Vice-champion du festival international de Lausanne, le poète décide au début du confinement de préparer le Grand Poetry Slam 2020. Cette compétition, qui mêle Coupe du monde et championnat national de poésie a réuni du 18 au 24 mai une cinquantaine de slameur·euse·s du monde entier qui, épidémie oblige, déclament leur création en ligne grâce à l’application Zoom.

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Des performeur·euse·s devant webcam

Mais comment évaluer un poème, qui est l’expression par excellence d’une subjectivité ? En actant que « les meilleurs poètes ne gagnent jamais » mais en faisant tout pour démocratiser leur art. Le slam, lancé dans les années 80 par un ouvrier du bâtiment de Chicago vise à rendre cette discipline moins élitiste en lui appliquant les règles du « chelem », qui deviendra le « slam ». Des tournois de poésie s’organisent dans des bars populaires américains puis européens, avant que le genre du slam ne connaisse un succès planétaire popularisé en France par l’artiste dionysien Grand Corps Malade.
Bernard Maroni, fidèle à la tradition « pure » du tournoi, a déclamé chez lui devant sa webcam deux poèmes de 3 minutes maximum. Ses textes en alexandrins sur le tourment amoureux ont ému les juges, qui l’ont sélectionné en demi-finale. Le 23 mai, un léger trou de mémoire l’a empêché d’atteindre la finale, une décision qu’il prend avec décontraction.
« Le classement m’importe peu » annonce-t-il. « Ce qui compte pour moi, c’est la rencontre avec les spectateurs. Et l’ambiance avec les slameurs est toujours excellente, on est comme une petite famille ».
Ses poèmes tantôt coquins, tantôt romantiques ont cependant marqué les internautes, qui ont multiplié les messages d’amitié sur les réseaux sociaux. Ils ont aussi tapé dans l’œil de l’organisateur Pilote le Hot, une figure historique du slam issu d’Aubervilliers. « Bernard est connu chez les poètes pour la délicatesse de ses textes », confie-t-il. « Il a gardé une âme d’enfant, ce qui est peut-être le secret de son énergie sur scène. C’est un homme qui ne triche pas et garde toujours un œil émerveillé sur le monde ».

Un regard neuf, des sentiments à fleur de peau, le goût des autres et de la rencontre… c’est ce qui pousse de plus en plus de citoyen·ne·s à fréquenter les festivals de poésie, malheureusement mis en suspens par la crise sanitaire. Les amateur·rice·s se consoleront en suivant des tournois de slam sur internet. Et qui sait, peut-être « le monde d’après » vous inspirera-t-il aussi des envies de scène...

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Rendez-vous tous les mardis à 21h30 sur le site de Slam production pour assister à des compétitions de slams d’un nouveau genre. Il suffit juste de cliquer sur le lien Zoom en bleu et ouvrir le lien.

Crédit-photo : Romain Boulmé "Suerte", Bernard Maroni et Pilote le Hot

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