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Sandra Nkaké, le métissage pour culture

Elle a chanté avec Tony Allen ou encore Grand Corps Malade. L’artiste d’origine camerounaise à la tonalité très soul va sortir le 15 septembre « Tangerine Moon Wishes », un troisième album tout en introspection. PORTRAIT d’une citoyenne du monde ancrée en Seine-Saint-Denis.

Elle a fait le trajet La Plaine-Saint-Denis jusqu’à la Basilique à bicyclette. Le vélo, c’est un des chevaux de bataille de Sandra Nkaké, avec les circuits courts et bien évidemment l’accès à la culture pour tous. « C’est pas parce que je suis chanteuse que je suis coupée du monde », dit-elle en souriant de sa belle voix grave.

Effectivement, l’artiste née à Yaoundé au Cameroun est même plutôt solidement enracinée dans le réel. Pas un jour chez elle qui ne se passe à réfléchir, créer et, encore plus important, rêver. Après tout, ce n’est pas un hasard si son 3e opus s’appelle « Tangerine Moon Wishes » (Des Voeux à la lune rousse). « Cet album est centré sur l’introspection et la patience. Dans notre monde assez cabossé et dur, j’avais vraiment besoin de ralentir, de pouvoir me poser et prendre du recul », explique-t-elle.

Après « Mansaadi », son premier album teinté d’influences africaines et « Nothing for Granted », des histoires de « personnages allant contre la norme » qui lui avaient valu le prix de révélation de l’année aux Victoires du Jazz 2012, voilà donc le temps de l’analyse, de la réflexion.

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Parmi ses préoccupations majeures, l’artiste cite notamment la situation des migrants. Logique pour celle qui est née au Cameroun, y a grandi jusqu’à ses 12 ans et qui a ensuite rejoint Paris pour y vivre avec sa mère, qui y travaillait pour l’Unesco.

« Ces histoires de frontières, de papiers, c’est tellement insensé alors que tout est lié à la chance. Pourquoi naît-on de ce côté-ci ou de ce côté-là de la frontière ? Est-ce ça qui doit décider de ce que nous sommes ? », se questionne-t-elle. L’une des chansons de « Tangerine Moon Wishes » s’appelle d’ailleurs « Hope », du nom d’un film sur les migrants de Boris Lojkine. Sandra Nkaké, qui n’en est pas à sa première apparition au cinéma (notamment dans « Pas son genre » de Lucas Belvaux), a d’ailleurs elle aussi un projet de film avec Mahamat Saleh Haroun, un réalisateur tchadien sur les réfugiés.

Du Cameroun, qu’elle revoit de temps à autre, elle dit avoir gardé l’odeur des marchés, de la nourriture et aussi ce sens aigu de l’éducation. « Là-bas, on considère tous les enfants comme nos enfants. Il n’y a pas cette indifférence qui peut exister ici, même si on essaie de se soigner... », regrette cette mère de quatre enfants.

C’est de cette vie cosmopolite que dérivent aussi les choix de langue sur les albums de la chanteuse. Tantôt en anglais, tantôt en français, « selon ce que me dicte la chanson elle-même », explique-t-elle. Sur « Tangerine Moon Wishes », on passe aisément d’une langue à l’autre, l’album gardant son unité grâce à la voix majestueuse de la chanteuse et à l’univers instrumental de son complice de longue date, le flûtiste et producteur Jî Drû.

Mais penser global n’empêche pas non plus Sandra Nkaké d’agir local. Elle qui vit depuis 8 ans à La Plaine Saint-Denis essaie de s’impliquer à chaque fois qu’elle le peut pour la Seine-Saint-Denis. En 2014, elle est ainsi intervenue dans le collège Alfred-Sisley de l’Ile-Saint-Denis et dans un centre d’animation, dans le cadre d’une résidence artistique menée à l’Espace 1789 de Saint-Ouen. Ensemble, avec deux autres artistes, ils avaient réalisé des clips sur le thème de « l’image de soi ». « C’était génial, ça m’a fait redécouvrir le plaisir d’expérimenter. Avec les élèves (une classe de 4e), on ne se fixait pas d’autre but qu’aller au bout d’une idée. »

Des résidences de ce type, souvent réalisées avec le soutien du Département, Sandra Nkaké en redemande. « Je me souviens notamment d’un jeune mec, d’origine portugaise, qui m’avait dit en début d’année : je ne chanterai pas en portugais parce que je ne connais aucune belle chanson lusophone. J’avais quand même réussi à lui faire dire quelques mots en portugais. Eh bien, le soir de la projection, ce jeune mec, qui jouait un peu les gros durs, s’est mis à pleurer. C’était hyper fort de les voir se rendre compte qu’ils étaient capables de faire quelque chose de beau. »

De manière générale, l’artiste aimerait qu’une autre image du 93 affleure dans les médias, dont certains ont selon elle une image biaisée du territoire. « C’est un département très dynamique, avec beaucoup d’actions sociales, un gros tissu associatif, beaucoup de propositions culturelles, mais ça, on ne le sait pas en dehors et c’est un peu fatigant... », insiste cette bonne connaisseuse du département, elle qui est une habituée du festival MAAD 93 et qui a d’ailleurs enregistré « Tangerine Moon Wishes » au studio Midilive d’Epinay-sur-Seine.

« On veut tous changer, mais on ne sait pas trop comment s’y prendre », chante notamment cette citoyenne du monde sur son nouvel album. La méthode Nkaké – être attentif au monde environnant et aimer l’échange et le dialogue - nous paraît un bon début.

crédits photo : Jean-Baptiste d’Enquin
Benjamin Colombel

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