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Roschdy Zem en interview

L’acteur césarisé a vécu 25 ans à Drancy et travaillé 15 ans aux Puces de Saint-Ouen. Une enfance et une adolescence dont il garde un très bon souvenir. Interview.

A quel collège alliez-vous, lorsque vous habitiez Drancy ?

Au collège Jacques-Jorissen. J’en ai plutôt un bon souvenir. C’est là où nous nous sommes constitués parce que c’était tout le quartier qui allait dans la même école. Tout le monde vivait au rythme de l’école. La cinquantaine d’enfants qui habitaient notre barre d’immeubles allaient tous dans la même direction puis rejoignaient ceux qui venaient des zones pavillonnaires. En fait, tout ça se mélangeait très bien.

Vous êtes allé où au lycée ensuite ?

A Bondy et Livry-Gargan mais le système scolaire s’est vite débarrassé de moi. Je sais aujourd’hui que je n’étais pas un cas perdu, loin s’en faut. Mais j’ai quand même le sentiment qu’on se débarrassait plus facilement des élèves à l’époque. On ne leur permettait pas d’accéder au secondaire. Nous étions nombreux dans ce cas-là. J’ai l’impression qu’il y avait une volonté de la part de nos professeurs de convaincre nos familles d’aller plus rapidement en CAP afin d’apprendre un métier et ne pas « perdre de temps » à aller en seconde pour faire des études. Tous les parents issus de l’immigration étaient convoqués et on leur expliquait qu’il était mieux pour l’enfant dès la quatrième, d’aller dans une voie professionnelle et de gagner de l’argent rapidement.

Quel souvenir gardez-vous de ces années passées en Seine-Saint-Denis ?

Moi, la Seine-Saint-Denis, mon enfance, mon adolescence j’en garde un très bon souvenir. A un moment, j’en ai juste eu marre de m’appuyer contre un mur toute la journée à ne savoir que faire. C’est aussi le luxe et la limite des quartiers populaires : vous vous y amusez beaucoup jusqu’au jour où vous devenez plus exigeant parce que vous grandissez, vous maturez. Et là, vous vous apercevez qu’il est très difficile d’évoluer, même spirituellement, même culturellement. Une petite voix m’a dit « Pars d’ici », « Passe le périph. » L’Eldorado pour nous c’est Paris, pas très loin, derrière le périph. C’est ce que j’ai fait.

Est-ce que ce département pourrait vous inspirer à l’heure d’écrire un scénario de film ?

Oui, mais très honnêtement aujourd’hui il faudrait que je le redécouvre. Il faudrait que je me replonge aujourd’hui dans les codes. Les choses ont beaucoup changé. La jeunesse, la façon dont elle vit, la façon dont elle peut même subir aujourd’hui les quartiers n’est pas la même. Nous, on est les enfants des Trente Glorieuses. Donc il faudrait que je la redécouvre en réalité, que je la réapprivoise si tant est que ce soit possible.

Vous avez encore de la famille en Seine-Saint-Denis ?

Oui, j’y ai mon frère aîné. C’est marrant parce que je reviens de Drancy justement. Je continue à y aller régulièrement. Mais quand j’y vais, j’y vais deux-trois heures et je repars. Pour tout vous dire, depuis que je suis parti, il y a 30 ans, j’ai gardé mon coiffeur de Drancy. Et tous les 15 jours, trois semaines je retourne à Drancy. Ça me permet de me faire couper les cheveux, de voir mon frère et de boire un coup avec les gars du coin.

Votre prochain film, « Les Miens » qui sort à la fin de l’année où vous parlez de votre famille a-t-il été tourné en Seine-Saint-Denis ?

Oui essentiellement à Montreuil. Mais il est trop tôt pour en parler, il sort à la fin de l’année.

Dans les Sauvages, vous jouez avec Fianso, un autre acteur issu de la Seine-Saint-Denis. Qu’avez-vous en commun avec sa génération de comédiens ?

La génération de comédiens comme Fianso (Sofiane Zermani) a quelque chose d‘exceptionnel : ils sont complètement décomplexés. Ils sont là parce qu’ils l’ont voulu. Ils assument complètement le fait d’être là. Je sens dans son comportement et dans ses mots qu’il se sent légitime et ça, ça fait toute la différence. Où moi, à son âge, je m’excusais d’être là. Du coup, ils sont beaucoup plus audibles quel que soit leur mode d’expression : que ce soit la comédie, le rap, la chanson. C’est formidable d’être comme ça. C’est un passionné qui a plusieurs cordes à son arc. Je lui prédis de l’avenir, c’est un type intéressant.

Vous êtes un acteur engagé. Vous êtes retourné en Seine-Saint-Denis pour l’ONG Solidarités International pour rendre visible ce qui est invisible : les personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable en France.

Je pensais que ces endroits n’existaient plus. On se demande vraiment dans quelle société on vit. Cette situation me bouleverse et me scandalise à la fois. On a là quelque chose qui nous arrange un peu tous : une main d’œuvre pas chère, facile, accessible et qu’on n’entend pas. Ils ont des revendications. Évidemment qu’ils ont des revendications. On est tous un peu responsables évidemment. Je dis ça mais en même temps je ne saurais pas vous dire quelles sont les solutions à très court terme, si ce n’est apporter le minimum vital. L’action de Solidarités International est d’apporter de l’eau. Ça paraît complètement absurde aujourd’hui, mais on parle de 300 000 familles qui n’ont pas accès à l’eau en France. C’est ça qui me choque qu’on n’ait pas accès à des choses aussi rudimentaires que l’eau, l’électricité et envoyer les enfants à l’école.

Dans le sixième épisode de la série humanitaire de vospropresyeux.org proposée par l’ONG Solidarités International, on retrouve Roschdy Zem à Nantes et en Seine-Saint-Denis.

Crédits photo : Sipa

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