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Renée Gailhoustet nous quitte, la Maladrerie vivra !

Renée Gailhoustet s’est éteinte le 7 janvier dernier. Cette architecte du logement social est à l’origine de la Maladrerie, un quartier de 850 logements sociaux construit dans les années 1970 à Aubervilliers. Elle laisse une œuvre qui n’a obtenu sa juste reconnaissance que tardivement... Explications.

La Maladrerie pleure son architecte. Renée Gailhoustet a été mise en terre le 9 janvier au cimetière parisien d’Ivry, après 93 ans de rêves, de constructions et de luttes. Après avoir fait ses armes en construisant la tour Raspail ou du Liégat à Ivry-sur-Seine (94), avec son compagnon d’alors, Jean Renaudie, elle avait fait du quartier de la Maladrerie, à Aubervilliers, l’endroit de son nouveau poème urbain.

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La Cité de la Maladrerie à Aubervilliers, Olivier Boe © Département de la Seine-Saint-Denis, 2018

En 1975, ce quasi bidonville est visé par une opération de résorption de l’habitat insalubre. La Sodedat, société d’économie mixte du département, confie alors à Renée Gailhoustet la construction de 850 logements sociaux sur cette ancienne léproserie. Inscrite dans le courant dit « de l’école d’Ivry », ses HLM se démarquent de ceux des années 1960, barres d’immeubles de logements orthogonaux et standardisés. Autour de poteaux porteurs, elle fait varier les formes et les tailles des logements à grands coups de triangles, qui dilatent l’espace, et de courbes, bordés de cheminements et d’espaces plantés. A la Maladrerie, les pyramides de tailles variées se conjuguent pour laisser la place à de grandes terrasses. « A l’intérieur, elle a joué sur des espaces ouverts les uns sur les autres, par des demi-niveaux, pour fluidifier les relations familiales, contrairement aux HLM classiques où les salles se succèdent le long de couloirs », détaille Katerine Fiumani, qui a collaboré deux ans avec Renée Gailhoustet sur la Maladrerie. « A l’école, on nous disait : rêvez maintenant, vous rentrerez dans le rang quand vous serez sur le marché du travail. En travaillant aux côtés de Renée Gailhoustet, j’ai pu continuer à rêver.

L’ambiance de son agence était bouillonnante de créativité, très imaginative, très généreuse. Contrairement aux architectes qui construisent du logement social, mais qui habitent dans de belles maisons individuelles, elle vivait dans les constructions dont elle était l’auteur », poursuit l’architecte qui a emprunté la même voie, et réside toujours à la Maladrerie.

Une œuvre de résistances

« Chaque logement est différent, regorge de surprises, de perceptions inattendues. Mais ces différences ne peuvent exister que parce qu’il s’agit de logements collectifs, imbriqués les uns aux autres », cogite Gilles Jacquemot, époux de Katherine Fiumani, qui habite aussi les lieux depuis les années 1970.

Renée Gailhoustet était militante des jeunesses communistes, et cela s’est traduit dans son œuvre, du moment de sa conception jusqu’aujourd’hui. « Depuis 1995, l’OPH d’Aubervilliers veut daller les terrasses. Nous avons fondé un collectif « Jardins à tous les étages », pour défendre les 40 cm de terre qui permettent aux arbustes de décorer et de faire respirer notre quartier », explique Katerine Fiumani. Grâce à ces terrasses plantées, la Maladrerie reste, pendant les difficiles mois de canicules de ces dernières années, le quartier le plus frais d’Aubervilliers. Des terrasses finalement sauvegardées en 2018 grâce à la signature d’une convention, victoire que Renée Gailhoustet n’avait pas manqué de venir fêter.

Cet élan collectif, les liens solides tissés par les habitants de la Maladrerie, sont également permis, aux yeux du couple, par l’architecture de Gailhoustet, grâce aux nombreuses coursives où peuvent se croiser les habitants, aux terrasses par-dessus lesquelles les voisins peuvent communiquer, par l’ouverture des espaces – les gardiens du temple de Renée Gailhoustet ont aussi mené une lutte contre la résidentialisation de la Maladrerie quelques années plus tôt.

Une reconnaissance tardive

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Le collège Jean-Jaurès à Montfermeil ©P. Tourneboeuf, 2006

Après la Maladrerie, Renée Gailhoustet avait réalisé l’îlot 8 à Saint-Denis, la maison de quartier Jacques Brel à Romainville, la réhabilitation des ateliers de la ZAC Montjoie à la Plaine Saint-Denis, le collège Jean-Jaurès à Montfermeil, ou encore la ZAC du centre-ville de Villetaneuse, modelant le paysage du département.

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L’Ilot 8 à Saint-Denis, Olivier Boe © Département de la Seine-Saint-Denis, 2018

Mais dans les années 2000, son architecture baroque ne séduit plus, et l’architecte doit fermer son agence. Comme souvent, le nom de Jean Renaudie est resté dans l’histoire, effaçant jusqu’ici celui de Gailhoustet. «  Il a fallu qu’elle obtienne le grand prix de Berlin, puis celui de la Royal Academy of Arts d’Angleterre, pour être enfin reconnue en France. Et encore, un prix d’honneur a été créé spécialement par le Grand prix des architectes parce que la médaille d’or était déjà réservée à quelqu’un d’autre. C’est honteux », déplore Gilles Jacquemot, qui ne connaît pas de descendance à celle qu’il considère comme une grande artiste. « Ce type d’architecture s’est essoufflé en même temps que l’élan de 68. On a tout fait pour l’étouffer, et on y a réussi ».

En 2008, la Maladrerie a tout de même été décorée du label "Patrimoine du XXe siècle" et "Architecture contemporaine remarquable". Le confinement a cependant permis de remettre en valeur les qualités des ces logements des années 1970. Et si la reconnaissance du monde a tardé, celle des habitants, elle, ne s’est jamais démentie.

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