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Réalisateur en devenir

Mathias Falantin, étudiant en cinéma, vient de gagner avec l’Affaire Madeleine le grand prix du jury d’ « Action et Enfance fait son cinéma ».

Pour son court-métrage, cet habitant du Raincy a partagé le quotidien d’enfants de l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance). Il leur a proposé des rôles loufoques et des situations décalées. Son parti-pris a su séduire le jury composé entre autres des réalisateurs Christophe Barratier (Les Choristes), Olivier Nakache et Éric Toledano (Intouchables, le Sens de la fête).

Imaginiez-vous décrocher le grand prix du Jury ?
On était déjà très contents d’avoir été sélectionnés parmi les 150 synopsis envoyés. Et puis, pendant le tournage avec les enfants, on s’est rendu compte que ça fonctionnait vraiment bien. C’est après le montage, quand on a vu les films présentés par les autres écoles (ndr 14 au total), qu’on s’est dit qu’il y avait moyen de remporter ce concours.

Quelles étaient vos motivations de départ ?
Au tout début, j’y suis allé comme ça. Le seul fait de réaliser un court-métrage pendant l’année et qu’il soit financé suffisait. Je me disais qu’un projet pareil... ne se refuse pas !
Et surtout, je voulais faire un court-métrage avec mes amis. Dans les écoles de cinéma, on ne choisit pas forcément les gens avec qui on réalise des courts-métrages. Je voulais aussi avoir une expérience de tournage avec des enfants. Dans un cadre normal, tourner avec des enfants, c’est hyper dur. Surtout quand on est dans une école de cinéma, il y a tout un tas de restriction avec les horaires, les accords. Là, tout était vraiment simplifié. L’encadrement du projet était au top. Le budget était alloué par l’association, les déplacements étaient remboursés.

Racontez-moi comment l’aventure a démarré ?
Le premier jour, on a été vraiment bien accueilli. L’association Action et Enfance avait réuni l’ensemble des enfants pour parler du projet. L’ambiance était très détendue. Dès qu’on les a vus, on leur a demandé ce qu’ils voulaient faire. Les enfants n’étaient pas obligés de participer au projet, ni les éducateurs. Certains enfants voulaient tourner mais n’avaient pas l’autorisation de droit à l’image. Il faut savoir que si les parents n’ont plus le droit de s’occuper d’eux, ils ont encore le droit d’accorder ou non le droit d’apparaître dans ce film. Certains l’ont pourtant refusé à leur enfant.

Où étiez-vous logés ?
Le « village » se présente comme une résidence. Dans chaque « maison », il y a 4-5 enfants avec des éducateurs qui s’occupent d’eux et font office de remplaçants des parents. On nous a installés dans l’une d’elles qui était vide.

Les enfants ont-ils participé à l’écriture du scénario ?
Non, d’ailleurs au début, notre scénario parlait beaucoup trop pour des enfants. Et il faut savoir que ces enfants n’ont pas forcément des prédispositions pour apprendre. Pas mal d’entre eux ont des problèmes d’attention, d’autres pour lire (Ndr : des troubles liés à des traumas, causés par des maltraitances.) La réalité nous a rattrapé. Du coup, dès qu’ils buttaient sur un mot, qu’il y avait un truc qu’ils ne comprenaient pas, on s’adaptait aux enfants. On devait le faire car c’était avant tout un projet pour eux.

Dans le film on voit les enfants utiliser un hand-spiner ou parler de trafic de carte Pokémon. Ces éléments vous ont-ils été inspirés par les enfants ?
Non, on les a ajoutés en pensant que ça allait leur faire plaisir. Ça n’a pas loupé. Plus qu’au niveau de l’intrigue, c’est au niveau du jeu que les enfants ont proposé des choses. Comme on n’avait jamais fait jouer d’enfant, au début on ne savait pas du tout comment s’y prendre. Certains avec un mot comprenaient tout de suite ce qu’il fallait faire. Et d’autres, il fallait plus les guider. Leur dire : « Tu vois la tête que je fais ? Le ton que je prends ? Essaie de prendre le même ton ». Les enfants copient très facilement les comportements des gens. Le mimétisme marchait vraiment bien avec les enfants. Après, on leur disait « si tu veux faire un truc un peu différent, tu peux nous montrer ». Du coup au niveau du jeu, de leur démarche, de leurs mimiques, ils ont pris pas mal de libertés. C’était vachement bien.

Comment s’est passé le tournage ?
Le plus dur n’était pas de les faire jouer mais qu’ils restent concentrés toute la journée.

Certains faisaient-ils déjà du théâtre ?
Non. D’ailleurs après le film, on a suggéré à l’association qu’ils en fassent. Certains enfants sont hyper réservés, surtout dans le cadre scolaire. Le théâtre pourrait les aider à s’exprimer et à avoir confiance en eux.

Vous tourniez avec une quinzaine d’enfants. Et avec les autres comment ça se passait ?
Justement, avec eux, même si on ne tournait pas, on jouait au foot, on allait les voir dans leurs activités, on participait à leurs sorties. Les weekends, on était tout le temps avec eux.

Même si vous êtes peu expérimenté, qu’avez-vous préféré : diriger des adultes ou des enfants ?
C’est hyper difficile comme question. Dans ce cadre si spécial où les enfants n’étaient pas des professionnels, je ne saurai pas quoi répondre... Mais je dirai « les enfants » car ils sont beaucoup moins capricieux que certains acteurs adultes. Même s’il y a un truc qui ne va pas, ils vont le dire tout de suite, sans chichi.

Êtes-vous content du résultat final ?
Pour le coup, tout le monde était hyper content du résultat. Les enfants ont beaucoup mis du leur. On ne pensait pas qu’ils allaient autant travailler les textes. Ils ont bossé avec leur éducateur. Ils ont tout appris par cœur. Il n’y a eu que du positif. Les enfants étaient hyper impliqués dans le projet... même ceux qui voulaient un rôle un peu plus important. On leur a expliqué avec les éducateurs, pourquoi ce projet correspondait plus à un enfant qu’à un autre. Ils étaient un peu déçus... bien sûr mais au final, ils ont compris pourquoi on choisissait et n’ont même pas boudé.

Votre film commence par une phrase étrange « tous ces êtres bêtes et innocents ignorant le mal qui plane sur eux ». D’où vient cette citation ?
On s’est inspiré un peu des films d’enquête, des films noirs. Il y a quelques références, mais on a tout écrit nous-mêmes.

Dans le contexte d’un village d’enfant, cette citation peut être stigmatisante, non ?
On a discuté avec le village, avec l’association du scénario, avant même d’aller voir les enfants. Et on leur a renvoyé la version finale du scénario. S’il y avait eu un seul truc qui n’allait pas, ils nous l’auraient dit et on l’aurait changé. On s’est fié à ce qu’ils nous disaient, on s’est fié aussi aux enfants, à ce qu’eux en pensaient. On a fait lire le scénario aux éducs. S’ils le validaient alors qu’ils sont à leur contact toute l’année, on n’avait pas de soucis. On ne s’est pas reposé de questions après. Si ça ne choque ni l’association, ni les éducateurs, ni les enfants, on peut y aller, on peut leur faire confiance.

Désolée d’insister mais pourquoi ces enfants seraient-ils innocents et bêtes ?
Le but -très honnêtement- n’était pas de raconter une histoire avec une morale à la fin. Il n’y a aucun message. On est parti sur de l’absurde. On voulait que tous les enfants aient des rôles loufoques et que ça les fasse rire eux, que ça leur fasse plaisir de se voir à l’écran. Quitte à faire un film sur un vol de Madeleine, on voulait injecter des situations qui n’ont pas grand sens avec l’enquête. On a pris exemple sur les films Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Y a-t-il... ? L’idée était de faire des sketchs, des blagues, sans avoir à tout expliquer.

Avant le tournage que saviez-vous exactement de la Protection de l’enfance ?
J’avoue que je ne m’étais jamais vraiment intéressé au sujet. C’est pourtant un sujet qui touche tout le monde... On entend de tout par rapport à la protection de l’enfance, aux foyers... Des choses pas vraiment positives... Mais dès qu’on a rencontré l’association, on a vu que c’étaient des gens vraiment passionnés et qui vraiment aimaient les enfants.

Est-ce que ce tournage vous a changé ?
Ma motivation première n’était pas de travailler avec une association d’enfants. Ça peut paraître hyper cliché mais au début je me suis dit « Non je ne vais pas m’attacher aux enfants » et puis quand on est parti à la fin du tournage. Quand on s’est dit qu’on n’allait pas voir les enfants pendant quelques mois, on avait tous la larme à l’œil.

Avez-vous envie de faire un autre film avec eux ?
On en a envie. Mais dès le départ l’association nous a prévenu d’éviter de leur donner de faux espoirs. Alors on fait attention. On verra. Qu’ils soient jeunes ou moins jeunes, ces enfants ont besoin de plus d’affection que des enfants qui ont connu toute leur vie leurs deux parents. Ils demandent de l’attention tout le temps. Je me souviens qu’à chaque fois qu’on partait, ils nous demandaient : « vous revenez ? vous revenez ? ». On s’est vite rendu compte que ce n’était pas facile de ne pas s’accrocher à eux... C’était super d’avoir ce genre de contact avec une association et des enfants comme ça... C’est quelque chose d’hyper touchant. C’est ouf !

Photo : Daniel Ruhl

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