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Quand le rap et la chorale se rencontrent, cela donne Crewrâle 93

Montreuilloise et cheffe de chœur depuis 25 ans, Babeth Joinet a fondé Crewrâle 93, une chorale qui revisite des tubes de rap. Surprenante sur le papier, la recette fonctionne à merveille.

Quelques étirements pour relâcher ses muscles, quelques vocalises pour s’échauffer la voix. Comme tous les jeudis soir, une vingtaine de chanteurs (ils sont parfois plus nombreux encore) ont pris place dans le vaste salon de la maison de Babeth Joinet, à Montreuil. Réunis en cercle autour de cette cheffe de chœur, qui a 25 ans de carrière au compteur, ils s’apprêtent à entonner des airs connus. De Ferrat et de Brassens ? Détrompez-vous ! D’Orelsan, de Damso ou encore Kery James, des rappeurs, idoles des jeunes, qui font des millions de vue sur YouTube et qui seraient certainement honorés d’apprendre que leur musique soient reprises en dehors des circuits habituels du hip-hop. « L’idée peut sembler osée car en apparence tout oppose la chorale et le rap », explique Babeth. En apparence seulement car, à l’oreille, le résultat de Crewrâle 93, le nom de ce savant mélange, est étonnant.

Sur le titre « Humain » du rappeur belge Damso, les aigus succèdent aux graves. Babeth, elle, bat la mesure en agitant ses bras dans tous les sens. Après quelques essais infructueux, les élèves, tous amateurs, finissent par trouver la bonne tonalité. C’est fluide, harmonieux. Et quand le beatboxer Alexandre Zacsongo et sa large palette de sonorités s’invitent dans la partie, voilà que nos poils se hérissent instantanément. « Cela faisait deux ans que ce projet mûrissait dans ma tête, confie la cheffe de chœur. J’étais persuadée que la chorale et le rap étaient faits pour s’entendre mais fallait-il convaincre les gens. J’avais très peur de la réaction que cela pouvait susciter. » De fait, l’idée lui vient… lors d’un numéro de clown, l’autre activité professionnelle de Babeth. Membre de Rire Médecin, l’association qui forme et emploie des clowns dans les services pédiatriques des hôpitaux, la Montreuilloise a l’habitude de camper un personnage de collégienne irlandaise déjantée qui rappe sur des air connus. Eurêka ! « Chez les ados, cette saynète marche très fort. Du coup, je me suis dit que le rap allait devenir mon plus fidèle allié et qu’avec j’allais réussir à faire chanter des adultes qui sont au départ peu sensible à ce genre musical. »

« L’idée selon laquelle une chorale est forcément composée de retraités ou de chanteurs lyriques a vécu »

Mais pour que la mayonnaise prenne, Babeth souhaitait ajouter une base rythmique, « quelque chose, je ne savais pas encore quoi, qui viendrait en complément des voix. » Son neveu, membre du groupe de rap montreuillois Couvre-chef (chez les Joinet, le rap est décidément une affaire de famille) lui présente Alexandre, beatboxer et musicien de son état. C’est le coup de foudre musical. Restait un détail à régler pour que tout soit parfait : se mettre en quête de morceaux engagés mais jamais bilieux, provocateurs mais en aucun cas intolérants. « Dans le rap, il y a à boire et à manger. Pour ma part, je trouve que Damso et Kery James sont des poètes incroyables, ils ont un style irrésistible », estime Babeth. Crewrâle 93 démarre officiellement début novembre avec une dizaine de chanteurs, puis une vingtaine au bout d’un mois. Ils sont aujourd’hui une bonne trentaine, essentiellement grâce au bouche à oreille. Les membres les plus jeunes ont 20 ans, les plus âgés la cinquantaine. Ce sont des hommes et des femmes. Sylvie fait partie de l’aventure depuis le départ. « Je n’ai quasiment aucune expérience dans le chant mais ce projet m’a plu car il sort des sentiers battus, affirme-t-elle. L’idée selon laquelle une chorale est forcément composée de retraités ou de chanteurs lyriques a vécu. Chez Babeth, tout le monde est le bienvenu. »

Guno, rappeur, a d’abord été intrigué par cette initiative. «  Je suis venu par curiosité, dit-il. En plus de prendre beaucoup de plaisir, j’entretiens ma voix et j’apprends d’autres techniques. » Le répertoire de Gaspar se limitait jusqu’ici aux chants du monde. Avec le rap, il découvre un univers situé à des années-lumière. « Le plus compliqué, c’est la gestion du souffle car dans le rap il y a beaucoup de texte prononcé à un rythme effréné. » Sa petite entreprise grandissant vite, Babeth a fait une demande de salle auprès de la mairie de Montreuil. Ce sera probablement un préau d’école car l’idée est de mêler les écoliers de la ville à ce projet. Et en mars, si tout va bien, la petite troupe se produira à l’Escale, un bar de Montreuil. Mais en attendant, chut ! On répète chez Babeth.

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