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Cinéma Pantin

Quand le collège Jean-Jaurès joue aux César...

Jeudi 27 février, les collégien·ne·s de Jean-Jaurès à Pantin ont eu la chance de pouvoir visionner une sélection de courts-métrages nominés pour les César 2020 et de voter pour leur préféré. Surprise : les auteurs du Chant d’Ahmed, le court-métrage qu’ils ont récompensé, sont réellement passés prendre leur prix.

Ils sont passés « prio » à la cantine pour ne pas rater l’évènement. Dans le CDI (centre de documentation et d’information) du collège Jean-Jaurès, au pied des Courtillières, à Pantin, la quarantaine d’élèves a du mal à tenir en place ce jeudi midi, submergés par l’excitation. Soudain, on entend le cliquetis du volet électrique qui descend. Tout le monde se calme, les lumières s’éteignent, et l’écran blanc tiré au mur s’anime. L’entêtante musique de Mediavision, indispensable au début d’un film, retentit, avant la projection des extraits de quelques courts-métrages. Marion Cansell, la documentaliste et maîtresse de cérémonie, annonce ensuite les résultats : « Le Chant d’Ahmed » décroche le « Jaurès d’or 2020 », « Nefta football-club », le Jaurès d’argent, et « Pile Poil », le Jaurès de bronze. « Le Chant d’Ahmed » raconte comment le quotidien d’un chibani, homme de ménage dans des bains-douches parisiens, va être bouleversé par l’arrivée de Mike, un stagiaire fougueux et border-line.

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Foued Mansour, le réalisateur, et Mohammed Saadi, qui tient le rôle du « roi du balai », surgissent de la porte du CDI et se frayent un chemin parmi les chaises pour arriver devant l’assemblée de collégiens-jurés, sur l’air funk de « Celebration ». Trois collégiens leur remettent le Jaurès d’Or, qu’ils ont dessiné eux-mêmes. Pour les deux « jaurèssisés », ce jeudi 27 février a des allures de répétition générale : demain, c’est le grand jour des César, pour lesquels leur court-métrage est nominé. Peut-être auront-ils la chance de grimper sur scène aux côtés de Florence Foresti, triomphants devant un parterre de stars. Pour l’heure, ils savourent l’honneur qui leur est fait par les collégien·ne·s pantinois. (Au final, le jury des César aura quant à lui récompensé Pile Poil, de Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller).

Après le réconfort, l’effort : les deux adultes se retrouvent sous le feu nourri des questions des membres du jury. Scénario, conditions de tournage, relations entre acteurs, titre du film, trajectoires professionnelles... les élèves leur ont concocté une vraie conférence de presse, se battant pour poser leurs questions. Avec, aussi, celles dont ils ont le secret et qui suscitent de surprenants dialogues :

- Avez-vous une limousine ?
- Non j’en ai trois.
- Et vous habitez où ?
- Pourquoi, tu veux que je t’adopte ?
- Et Ahmed, est-ce que vous fumez pour de vrai ? »
Si Ahmed est « le roi du balai », Foued Mansour semble bien être celui du tac au tac.

Plus sérieusement, on apprendra que le réalisateur a dû se battre, pendant les neuf jours de tournage, contre les fous rires partagés entre ses deux acteurs principaux, que le film a mobilisé une centaine de figurant·e·s, que le réalisateur a trouvé Ahmed/Mohammed en faisant un casting sauvage dans le quartier de la Goutte d’or, que celui-ci était vraiment « agent technique », et qu’on le surnomme désormais « Hollywood » dans son quartier. Enfin que l’histoire racontée résonne avec celle du réalisateur, dont le père est lui-même un de ces chibanis.

La richesse des questions posées par les adolescent·e·s n’est pas anodine. Si c’est la première édition du Jaurès d’or, Marion Cansell a créé le club cinéma il y a cinq ans, avec l’aide des « Engraineurs », une association qui fait de l’éducation à l’image dans le quartier. Depuis, tous les jeudis, entre 12h30 et 13h30, elle projette des films au CDI, suivis de petites discussions. « On commence par des questions de compréhension, puis on pousse vers l’analyse », explique la professeure-documentaliste. Il y a aussi, le mardi, ce que les élèves appellent le « VIP club », dont les heureux élus participent à la réalisation d’un film. « L’armée des livres » en 2018, était un film de science-fiction, tandis que le genre du film documentaire avait été abordé au travers de l’interview de l’acteur Pio Marmaï. « L’idée est de partager ce que j’aime avec les élèves, et de leur créer un petit bagage cinématographique », indique encore Marion Cansell. Et qui sait, de créer quelques vocations... en espérant qu’un jour, ce sera aux élèves de Jaurès d’être césarisés.

Photos : ©Les Engraineurs

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