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Seine Saint-Denis

Philippe Rebbot, un second couteau fort bien aiguisé

Ex-compagnon de Romane Bohringer à la ville, le comédien enchaîne avec brio les seconds rôles comiques et loufoques au cinéma depuis une dizaine d’années. Dans ce portrait réalisé juste avant le confinement et qui n’avait alors pas pu être publié, ce grand échalas clame son amour pour Montreuil, une ville « chevillée au corps » qu’il ne quitterait pour rien au monde.

Plus qu’un nom – surtout connu des cinéphiles -, Philippe Rebbot, 55 printemps au compteur, c’est une tronche dont on se rappelle forcément. Un visage parcheminé caché derrière d’épaisses lunettes et surmonté d’une moustache broussailleuse « pour se donner un côté Patrick Dewaere », un acteur qu’il tient en très haute estime. Rebbot, c’est aussi cette inséparable casquette de base-ball, « une seconde peau » qu’il porte pour rendre hommage à son autre idole, Harry Dean Stanton. « Dans le film Paris, Texas, il ose le combo costume-cravate-casquette, il n’y a pas plus beau dandy que lui. » C’est aussi un accessoire que l’on retrouve dans ses films, notamment dans l’Amour flou qu’il a écrit et coréalisé en 2018 avec son ex-compagne, l’actrice Romane Bohringer. Cette histoire vraie retrace la fin de leur vie amoureuse, leur emménagement à Montreuil dans un « sépartement », deux appartements reliés par les chambres de leurs deux enfants, Rose et Raoul, pour relever le défi (impossible ?) de se séparer ensemble.

Le film a connu un succès critique et populaire qui a mis le comédien, jusqu’ici peu habitué aux lumières, hormis celles des tournages, sur le devant de la scène. « Je n’ai pas le sentiment que ce film ait boosté ma carrière, analyse-t-il placidement. Depuis que je fais ce métier, ma vie professionnelle est un long fleuve tranquille et cela me convient parfaitement. » Il n’empêche son nom et sa trogne sont de plus en plus visibles sur les affiches. Notamment dans Mine de rien, un film sorti quinze jours avant le confinement et pour lequel il avait obtenu « un beau second rôle ». « C’est un film réalisé par Mathias Mlekusz, un Montreuillois comme moi. J’ai toujours eu la chance de bosser avec des mecs dont j’aime le travail, de jouer dans des films que j’apprécie. Ce qui n’est franchement pas donné à tout le monde. »

« Paris est devenu la banlieue de Montreuil »

Rebbot habite à Montreuil depuis qu’il a commencé à être père il y a une dizaine d’années, « un des meilleurs choix que j’ai fait dans ma vie, glisse-t-il. Je suis né au Maroc, puis dans ma jeunesse, j’ai vécu à Montrouge, Créteil, Saint-Cloud… Mais c’est à Montreuil, symbole de mixité réussie, que je me sens le plus à l’aise. En Seine-Saint-Denis, il existe plusieurs communes emblématiques. Montreuil possède cette identité qui en fait une ville à part, au même titre que Saint-Denis d’ailleurs. J’ai un cousin qui, quand il se présente, dit qu’il est Dionysien. C’est sa nationalité. Ici, il y a un esprit village, mes copains n’hésitent pas à traverser le périph’ pour boire des coups. Pour moi, cela ne fait aucun doute, Paris est devenu la banlieue de Montreuil. »

Comme si son idylle avec la ville n’était pas suffisamment forte, sa fille est scolarisée au collège Solveig Anspach, un nom important dans le parcours sentimentalo-artistique du comédien. Philippe Rebbot a joué dans deux films de cette réalisatrice montreuilloise décédée en 2015, Lulu femme nue et l’Effet aquatique. Dans ce dernier opus, la majeure partie de l’intrigue se déroule au stade nautique Maurice-Thorez de… Montreuil. « La plupart des acteurs que l’on retrouve dans les films de Solveig sont Montreuillois et sont très attachés à leur ville. J’ai longtemps dit que je faisais du cinéma montreuillois, assène le grand échalas. Alors forcément, je suis honoré que Rose soit scolarisée dans un collège qui porte ce nom. En tout cas, elle est ravie, l’équipe pédagogique est super. » Les jours de classe, sa fille n’oublie jamais de l’appeler sur son portable pour lui dire qu’elle est bien arrivée. « Je suis un papa poule qui s’assume complètement. Je suis devenu père sur le tard mais aujourd’hui c’est une évidence. Je suis un papa-né qui se comporte encore comme un gamin. Ma plus grande angoisse est d’avoir un jour 60 ans. Le pire, c’est que c’est dans seulement cinq ans. »

Une dépression puis une révélation : les plateaux de cinéma

Il y a encore dix ans, jamais cet acteur volubile, drôle, imbibé d’humilité et d’humanité n’aurait imaginé donner la réplique à des Romain Duris, Karin Viard, François Cluzet et autre Reda Kateb. A 25 ans, il entame des études de droit, se rétame, s’inscrit en lettres mais abandonne après « trois tentatives de licence ratées ». Du coup, il joue au volley en 4e division et drague les filles au jardin du Luxembourg, à Paris. Il enchaîne aussi les boulots à la petite semaine, devient magasinier puis mannequin « très éphémère » pour Yohji Yamamoto et Issey Miyake. A 30 ans, une dépression l’envoie à l’hôpital pendant deux mois. « J’ai touché le fond, admet-il. Mais cette chute m’a fait du bien. Je me suis délesté de mon orgueil et tout est devenu soudainement vertueux. »

Sur les conseils d’une amie, il se met à fréquenter les plateaux de cinéma en tant que stagiaire régie. « J’ai vite compris que c’était l’endroit où je me sentais le mieux. Je préparais notamment les sandwiches des comédiens. C’était énorme de pouvoir côtoyer des gens célèbres dont on découvre qu’ils sont finalement aussi fragiles et fous que toi. » C’est d’ailleurs sur un plateau qu’il fait la connaissance de Romane Bohringer, dont il parle inlassablement. « J’imagine qu’elle a apprécié mon sandwich », plaisante celui qui avoue n’avoir jamais voulu être acteur. « Je ne le dis pas par snobisme, je le pense vraiment. Dans le cinéma français, je suis une anomalie ». Anomalie ou pas, on a envie de voir Philippe Rebbot sur les écrans encore très longtemps.

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