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Pétra Werlé : la Terre est son jardin

De la mie de pain, quelques croûtes, de la salive et une poignée d’outils... Pétra Werlé, artiste montreuilloise, s’inscrit dans une longue tradition d’art populaire. Chacune de ses créations est signée de son ADN. Regard sur sa prochaine exposition.

C’est sous le signe de Wakan Tanka, « le Grand Mystère » que Pétra Werlé nous emmène par la main, tout en douceur comme elle sait le faire, explorer un nouvel univers, défricher des contrées lointaines et appréhender un monde jusqu’alors inconnu dans son œuvre. Wakan Tanka, l’essence même de la pensée et de la vision indienne du monde. Ce cri, qui claque haut et fort comme un cri de guerre, est tout juste son contraire : il réaffirme ici et maintenant l’universalité du monde, la volonté de vivre en paix, en osmose avec la nature.

Savez-vous que dans certaines contrées lointaines, les hommes portent des chausses qui pointent vers le haut pour ne pas blesser la terre ? Observez bien les personnages que sculpte Pétra Werlé, ils sont de cette trempe. « Wakan Tanka », sa dernière série composée de 53 pièces, a été conçue et imaginée, l’avait-elle pressentie ou pas ? sous les auspices protecteurs et bienveillants des peuples indiens. « Je me retrouve tout à fait dans cette philosophie et la relation qu’avaient les Indiens avec la nature, confie l’artiste. Ils ne chassaient pas pour tuer, mais juste pour se nourrir… Le moindre souffle de vent, la plus petite brindille, un bison ou un arbre étaient pour eux dignes d’intérêt et de respect. »

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Portée par cet élan libérateur, elle sculpte la mie de pain, inlassablement. Concentrée sur le mouvement et la matière, elle met à bas toutes les vanités du monde et « rentre dans un amour infini pour l’humanité ».

C’est à Montreuil, de l’autre côté du périphérique, que Pétra Werlé se plonge dans cette terre nourricière pour donner naissance à ses 53 créations. Là, dans son bureau, face à la fenêtre, le rideau rouge tiré, à l’abri de la lumière, elle pétrit la mie de pain, l’amie Pétra. Et construit son monde dans un instant de bonheur qu’elle entend poursuivre jusqu’à la nuit tombée. « Le bonheur, c’est pas grand chose, disait Léo Ferré, juste du chagrin qui se repose. » Derrière le carreau, au bout de la rue, entre Robespierre et Benoît Frachon, un autre monde bouillonne, carrefour du monde et des peuples en exil. La misère en marche, et la vie continue.

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Sur cette même terre montreuilloise, dans sa Maison de l’Arbre, Armand Gatti veillait de toute sa verticalité sur les humains. Il aimait lui aussi les arbres, le poète disparu au visage buriné. « Ô forêt, seul langage inventé par la terre pour parler au soleil… », écrivait-il. Dans son maquis, il leur parlait, leur lisait des textes de Gramsci. « Chaque fois qu’un résistant était fusillé, racontait-t-il, j’écrivais un poème et allais le mettre sur un arbre… » Avait-il eu écho de cette question posée par cet Indien, Tatanga Mani : « Savez-vous que les arbres parlent ? Ils le font pourtant ! Ils se parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. » Dante Sauveur et Pétra, se sont-ils jamais rencontrés ces deux-là, au petit matin, au détour d’un déballage aux Puces… Peut-être. Ce qui est sûr, c’est qu’ils avaient en commun d’ « être comme les arbres, connectés aux étoiles ».

L’exercice hebdomadaire de la chine, plaisir d’offrir, joie de recevoir, conduit à d’agréables surprises. Celles et ceux qui le pratiquent le comprendront. Pétra Werlé, adepte depuis fort longtemps de ce sport, découvre lors d’une de ses pérégrinations, une collection de gravures animalières du XVIIIe siècle. Coup de foudre ! Elles seront le support de sa prochaine série. Elle s’attelle alors à sculpter, – une première pour elle –, des animaux, étranges, connus et inconnus, fantastiques, donnant à chaque gravure une nouvelle dimension. Exercice complexe, car la mie de pain ne se laisse pas facilement domestiquer à cette échelle. Mais on connaît sa patience et sa persévérance…

Ils sont venus, ils sont tous là, pas un ne manque à l’appel. Le jacamar chamarré de plumes bleu-vert, les girafes au concert, l’autruche emplumée, l’hippopotame tout en muscles, le bison affectueux, l’orang-outang acrobate ou le butor borné. Pétra les accompagne de ses petites créatures attachantes qu’on a appris à connaître et reconnaître au fil du temps.

Transgressant les bonnes manières, dans le plus simple appareil ou voilés d’un pagne, que cachent-elles derrière leur sourire enjoué ? « Des personnages prêts à tout, aux pires violences, aux pires douceurs, aux pires tendresses, dit Eric Auguste. Des personnages facétieux, à l’image de Pétra Werlé, immaîtrisables et se refusant à tout étiquetage. » Dans cette nouvelle sarabande proposée, on les voit communier en pleine nature avec leurs frères animaux, les chevauchant, les enlaçant, faisant ami-ami, leur parlant, les écoutant, complices d’un jour, complices pour toujours. L’esprit de Wakan Tanka a présidé à cette rencontre, qu’il vous accompagne pour le reste du temps.

L’exposition "Wakan Tanka" se tiendra du 20 septembre au 20 octobre à la galerie Béatrice-Soulié 21rue Guénégaud 75006 Paris.
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