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Pauline Croze, au plus près de ses sentiments

Pauline Croze vient de sortir son cinquième album qui a obtenu quatre clés à Télérama. Elle nous en parle en détails et en douceur avant son concert du 9 avril à La Cigale où elle a la ferme intention de "Ne rien faire". Interview.

Vous avez vécu en Seine-Saint-Denis, vous y avez fait vos études aussi ?

J’ai fait la fac de Paris 8 en arts plastiques mais je ne suis pas restée très longtemps parce que j’étais plus concentrée sur la musique. Ils ne m’ont pas vue très longtemps.

Comment avez-vous appris la guitare ?

Je ne suis pas allée au conservatoire. J’ai pris des cours particuliers avec un prof pendant un an quand j’avais 14 ans et il m’a appris plein de morceaux de styles différents : jazz, rock, manouche, reggae… il a ouvert tout de suite toutes les possibilités musicales. C’est la meilleure éducation musicale que j’ai reçue. C’était un prof passionnant, sympa. J’apprenais en m’amusant. Cette année a été très formatrice pour moi. Toute de suite je me suis amusée. Grâce à ce prof, j’ai pu tout de suite produire des sons et progresser.

Quand avez-vous commencé à composer des chansons ?

Très vite, avant même de savoir jouer. C’est un peu curieux car il vaut mieux apprendre les bases pour composer un discours. Mais à 14 ans J’étais très motivée par le fait de composer. J’avais besoin de me défouler. J’avais des choses à livrer et même sans connaître tout le vocabulaire de la musique. C’était plus fort que moi.

Vous avez l’air pourtant réservé, pudique…

Je ne suis pas quelqu’un de très extraverti. C’est toujours un effort pour moi d’aller sur scène. Je n’aime pas qu’on me voie. Je n’aime pas être publique. C’est vraiment mon envie de faire de la musique qui est plus forte. C’est ça qui fait autorité et qui me pousse quand même à continuer et à y aller. Mais je crois que je serais toujours timide et réservée. Ça ne changera pas.

Françoise Hardy a arrêté complètement la scène à cause du trac. Ça aurait pu vous arriver ?

Oui ça aurait pu m’arriver. Complètement. Au début, c’était tellement dur pour moi de dépasser mon trac et de retrouver mes moyens. Des fois je me suis dit que ce n’était pas possible, qu’il fallait que j’arrête d’aller devant des gens à essayer de chanter. Et finalement comme maintenant j’arrive vraiment mieux à me contrôler. J’ai moins le trac, tout simplement. Même parfois je ne l’ai même plus. C’est curieux. J’ai tellement eu le trac c’est comme si j’avais vidé mon stock. Je profite beaucoup mieux avec le public. J’ai plus d’échanges et je savoure plus le fait d’être sur scène.

Qu’est-ce qui vous demande le plus d’effort : chanter en public ou être interviewée ?

Là je ne me sens pas en plein effort (rires). La scène ça me demande un peu plus. Il faut se mettre dans une certaine disposition et se rendre disponible au sentiment. On n’y va pas comme ça le nez en l’air. Pour moi, c’est plus facile de répondre à des questions en interview.

Dans tous les articles que j’ai lus sur Ne rien faire, on lit que vous dévoilez un peu de votre vie personnelle. C ‘est aussi votre avis ?

A oui tout à fait. Je sais très bien pourquoi j’ai écrit tous ces morceaux. Je sais d’où viennent ces histoires. Je suis en complète transparence avec ce que je vis et c’est aussi pour ça qu’on fait des chansons. Ça dépend des artistes. Il y en a qui ont besoin de travestir un peu. Moi je suis vraiment en prise directe avec ce que j’ai ressenti, ce que j’ai vécu. Il n’y a pas de filtre.

Au plus près de vos sentiments ?

Oui tout à fait

Pour vous être artiste c’est ça, donner des bouts de vous ? C’est ce que vous aimez lorsque vous lisez un livre, regardez un film ?

Disons que ce qui me plait c’est que ça me fasse rêver que ça me sorte un peu du réel, des choses très tangibles et très concrètes. Ce que je trouve formidable c’est quand quelqu’un arrive à mettre en scène un sentiment et à lui mettre une parure, un peu de doré par-ci, par-là, un peu de velours par-ci, par-là pour que cela devienne quelque chose de sensuel, même pour les yeux, que ça caresse le regard, l’imagination. On est un peu dans la tête de la personne. J’apprécie un réalisateur de film comme Lynch qui arrive à mettre les cinq sens dans une image. Il nous transporte dans son cerveau, dans ses yeux. Pendant un instant on vit la vie de quelqu’un d’autre. Il faut une certaine vérité pour arriver à nous plonger dans cet univers. Il peut avoir recours à l’artifice, mais il y a un côté brut, sans filtre où le message est limpide dans le sens où ça prend les tripes.

Vous avez écrit tous les textes ?

Oui, tout à fait.

Cet album est un mélange d’énergie, de simplicité et de maturité. Comment on insuffle tout ça ?

Je ne saurai pas vous dire. Sur cet album, l’apport de l’arrangement fait par Ours et Romain Preut était très important. Comme celui de Marlon B le réalisateur additionnel qui est arrivé par la suite. Ils ont mis un éclairage. Ça vient d’eux le côté rythmique et tonique. Ça vient de leur vision des morceaux. Ours quand il entend un morceau, il entend très vite ce qui se passe rythmiquement, il entend très vite une batterie, des percussions. Il y a une évidence qui arrive très vite et qui fait que le morceau prend de la tonicité. Du coup l’équilibre guitare-voix, le mélange de mélodies mûres et de textes affirmés sont bien accompagnés par une réalisation à la fois élégante, tonique et vivante.

J’ai lu que Matthieu Chédid avait travaillé sur cet album ? Pouvez-vous m’en dire plus ?

Matthieu Chédid m’a aidée à en trouver le titre. J’hésitais entre Fièvre et Tu es partout. Le premier était un peu trop générique et le deuxième était peut-être un peu trop fermé, un peu trop personnel. Il m’a suggéré Ne rien faire. On en a parlé avec Charles (ndr Souchon) et Romain (ndr Romain Preut) et on était d’accord pour cette option.

Quels sont vos titres préférés sur cet album ?

C’est Tu es partout après c’est Elle n’ose pas. J’hésite entre les deux.

Pourquoi êtes–vous diffusée par une maison de rappeurs ?

Je vais vous expliquer. Musicast n’est pas un label, ni un producteur mais un distributeur. C’est une structure qui distribue les albums et ils ont plein de styles différents : du reggae, du rap, de la pop. Mais il s’avère que les groupes qui cartonnent chez Musicast sont des groupes de rappeurs : Jul, PNL… moi je m’y sens très bien. C’est ça qui compte, c’est que ce soit de très bonnes rencontres.

Si vous aviez un pendant masculin ce serait ?

Je réfléchis. Un mélange entre M, JP Nataf, Mathieu Boogaerts. C’est ce que les gens me disent mais moi je n’arrive pas à savoir.

Je dirai Ben Mazué…

Disons que c’est quelqu’un qui a dans son chant des inflexions qui viennent de la black music, du groove. On se rejoint là-dessus. Dans le côté nature, naturel. En plus on avait fait un duo tous les deux : C’est léger.

Votre studio c’est chez vous ? C’est un home studio ?

Moi je n’ai pas de home studio. On est allés dans un lieu que connaît Ours qui n’est pas un studio professionnel pour travailler les arrangements. Ensuite on est allé dans le studio vraiment professionnel de Marlon B pour enregistrer définitivement ce qui n’avait pas pu l’être correctement c’est-à-dire toutes les voix, quelques guitares, quelques basses.

Vous jouez sur la même guitare qu’à vos débuts ?

Je joue sur une petite guitare américaine de 1926 que j’adore. C’est vrai qu’elle n’a rien à voir avec la guitare de mon premier album. C’était une guitare acoustique nylon. Celles qu’on utilise dans le flamenco, ou la guitare classique. Celle que j’ai maintenant est très folk. Je l’ai depuis six ans.

Où l’avez-vous trouvée ?

A Orsay, chez le luthier Alexandre Bouyssou. Je l’ai rencontré en 2010 conseillé par Gérald De Palmas.

Lorsque vous êtes en live et que vous terminez une chanson, vous le faites en douceur en baissant le volume sonore. Progressivement. Pourquoi ?

Je ne sais pas. Je trouve ça toujours plus doux, plus harmonieux, de terminer comme ça. Et plus à propos par rapport au morceau. Il faut faire comme on le sent.

Cet album vous l’avez fait comme ça, comme vous le sentiez ?

J’ai fait pas mal d’allers et retours sur les chansons car les textes parfois ne me satisfaisaient pas complètement. En faisant écouter à Charles et Romain j’avais aussi leurs retours. Ils pouvaient trouver que le propos n’était pas forcément porté jusqu’au bout, que l’idée n’était pas forcément bien développée ou bien emmenée. C’est un mélange. Il faut à la fois s’écouter dans ce qu’on a besoin d’exprimer et aussi tenir compte des remarques extérieures. Je fais comme je le sens pour le premier jet. Et après je resitue un petit peu par rapport à comment les gens de mon entourage professionnel reçoivent la chanson. On travaille toujours sur l’établi.

Vous vous sentez artisane ?

Je travaille toute seule dans ma chambre. Il y a un côté solitaire et artisanal. Ecrire une chanson c’est toujours artisanal sauf quand à un moment on se met à plusieurs mais je n’en suis pas là du tout.

Vous revenez parfois en Seine-Saint-Denis ?

Ma sœur vit toujours à Villemomble. Je vais la voir de temps en temps. Je passe chez Eden aussi. Je fais des petites visites.

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