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Pantin et Sao Paulo transforment l’essai du bout du monde

Du 21 juin au 8 juillet de cette année, 12 joueuses de rugby des quartiers populaires de Pantin et environs vont partir en tournée dans le sud de la France en compagnie de 12 Brésiliennes d’une favela de Sao Paulo. Le but de ce projet lancé par le Rugby Olympique Pantin : se rencontrer à travers le rugby et plaquer les stéréotypes de genre encore trop souvent associés à ce sport.

Elles l’appellent « l’essai du bout du monde ». Voilà deux ans que Fatuma, Maba, Daphca et les autres construisent un essai diablement compliqué à inscrire et qui ne se joue pas que sur le terrain. Ces jeunes femmes, âgées de 15 à 20 ans, remuent depuis un moment déjà ciel et terre pour pouvoir recevoir un groupe de 12 jeunes joueuses brésiliennes de leur âge, avec qui elles rêvent de partir durant trois semaines cet été en tournée sudiste à travers toute la France. Associées, ces 24-là affronteront certaines places fortes du rugby à 7 français : Lons, Bayonne, Bordeaux, La Rochelle. Avec pour langage commun, le ballon ovale. « Ca va être une expérience de fou. On n’en peut plus d’attendre ! », jubile Grâce, 6 ans de rugby derrière elle.
Lancé en 2017, le projet est en passe d’aboutir, après beaucoup d’efforts fournis à la fois par les participantes elles-mêmes et l’encadrement de leur club d’origine : le Rugby Olympique de Pantin. C’est de ce club, niché au cœur du quartier des Courtillières, et d’un de ses responsables, Lucien Midelet, qu’est partie cette idée un peu folle.

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En 2016, ce professeur d’EPS a l’occasion de partir au Brésil pour travailler pendant 6 mois à l’Instituto de rugby para todos, une association qui s’appuie sur le rugby pour assurer le suivi de jeunes de Paraisópolis, l’une des plus grosses favelas de Sao Paulo. 200 licenciés dont quelque 70 filles, « un ovni au Brésil », lâche Lucien Midelet. A son retour, ce projet éducatif et social autour du ballon ovale continue de résonner en lui. « Je me suis dit qu’entre ces Leoas de Paraisópolis (les Lionnes) et nos jeunes filles de Pantin, toujours plus nombreuses à venir s’inscrire aux AS des collèges, il y avait des passerelles possibles. Et l’idée d’une rencontre est née », explique ce bénévole passionné, qui reçoit à chaque vacance toute la troupe chez lui pour continuer à travailler sur les différents aspects du projet.

L’essai du bout du monde doit en effet être transformé de plusieurs manières. Tout d’abord, le projet se veut inter-culturel. « J’ai envie de montrer à ces Brésiliennes notre univers, notre groupe, notre folie entre guillemets », lâche Maba. Cette jeune femme très réfléchie, entrée en Ovalie à 15 ans et désormais en service civique au club de Pantin, a sa petite idée sur ce qu’elle veut montrer d’elle-même et de la France à ses hôtes. « J’aimerais qu’elles repartent chez elles avec une autre image de la France, un peu moins carte postale. La France, ce n’est pas que la France du luxe, de Paris et des marques. C’est aussi la nôtre, celle des tours, des quartiers populaires, quoi. J’aimerais qu’elles gardent en tête cette diversité, sans que ça ternisse forcément leur image de la France, au contraire ».

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Mais derrière ce projet se cache davantage qu’une rencontre. Voilà un an que les douze participantes interviennent en effet en écoles primaires et en collèges pour raconter leur parcours et battre en brèche des clichés qui continuent de coller à la peau du rugby, trop souvent perçu comme un sport « anti-féminin ». « La dimension égalité filles-garçons à travers le rugby, c’est vraiment un axe fort de l’initiative, renchérissent Lucien Midelet et Renaud Torri, autre responsable du ROP impliqué dans le projet. Le plus marquant dans les parcours de toutes ces filles, c’est comment elles se sont accrochées pour continuer à jouer au rugby, malgré les remarques de leur entourage. Le seul fait qu’elles racontent leur parcours dans les écoles est donc bénéfique : ça ouvre le champ des possibles pour un tas de filles. »
« Au début, ça n’a pas été simple pour m’inscrire en club, témoigne par exemple Daphca, ailière à l’AC Bobigny (club avec lequel le RPO possède un accord, dans la mesure où il n’a pas d’équipes cadettes). Mais j’ai tenu bon et j’ai bien fait. Aujourd’hui, je trouve que ces préjugés sont inutiles. Le rugby, c’est un sport pour tout le monde. C’est pas parce qu’on fait du rugby qu’on en est moins femmes ».

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Pour avoir plus d’impact dans leur discours et aussi garder une trace de cette aventure hors du commun, les jeunes femmes suivent aussi régulièrement des formations audiovisuelles où elles apprennent à concevoir vidéos de présentation, portraits filmés et campagnes de crowdfunding (une nouvelle campagne va d’ailleurs être lancée le 29 mars pour les aider à boucler leur budget).

Autant d’aspects qui viennent enrichir ces jeunes femmes et leur donner de l’assurance. « Ce projet a non seulement soudé le groupe. Il m’a aussi personnellement permis de prendre confiance en moi et de vaincre ma timidité », atteste ainsi Prodige, arrivée en Ovalie il y a 5 ans.
Le meilleur pour la fin : à l’issue de cette tournée des Brésiliennes en France, l’essai du bout du monde prévoit un match retour. En 2020, nos 12 Séquano-dionysiennes devraient ainsi passer l’Atlantique pour jouer avec leurs partenaires paulistas au cœur de Paraisópolis et visiter une partie du Brésil. « Moi, je veux absolument voir le carnaval de Rio », rêve Hawa à voix haute. Reste un tout petit détail : en quelle langue les deux groupes vont-ils communiquer à l’arrivée des Brésiliennes ? En portugais ? Grâce, toujours le mot pour rire, botte en touche : « Euh je suis pas sûre. On parlera surtout la langue du rugby ! »

N.B : la tournée rugbystique se conclura par un festival franco-brésilien au coeur du parc des Courtillières, à Pantin, avec projection en plein air et concert.
Pour suivre les préparatifs de la tournée, rendez-vous sur la page Facebook : « Essai du bout du monde - Ponto do outro lado do mundo - France Brasil 2018 »

Photos : @Sylvain Hitau
et @Elodie

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