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Nathalie Daoud, le clic de l’emploi

Assistante sociale dans une première vie, la Bondynoise Nathalie Daoud a toujours voulu aider les publics fragiles. En 2017, elle co-crée le réseau de bornes d’emploi HucLink qui permet en quelques clics de rapprocher des demandeur·euse·s d’emploi peu qualifié·e·s des entreprises. Portrait d’une entrepreneure humaniste et débordante d’énergie.

À 15 ans, Nathalie Daoud se rebiffait déjà contre les « inégalités de destin » qui opposent les habitant·e·s des deux côtés du périphérique. Fille d’un réfugié politique iranien et d’une responsable d’un Centre d’Information et d’Orientation, l’adolescente connaît une jeunesse pourtant confortable dans « une famille à double culture, ouverte sur le monde » et logée dans les grands ensembles de Bondy. Bien décidée à faire changer les choses à son niveau, elle passe en 2002 un Diplôme d’État en Développement social complété par un Master en Politique de la Ville à l’Université Paris XIII.

Une fibre sociale au service des publics en difficulté

La jeune femme travaille pendant deux ans en tant qu’assistante sociale au collège Jean-Jaurès de Saint-Ouen et met en place des projets de prévention contre les produits addictifs. Recrutée ensuite au sein du Ministère de l’Éducation nationale, elle participe à des opérations de renouvellement urbain et des dispositifs de médiation sociale dans les quartiers. Quelque peu frustrée par la lenteur des procédures administratives, elle devient consultante dans le privé puis exerce plusieurs métiers dans les télécommunications puis les réseaux sociaux professionnels.
« Des cabinets privés sont venus me chercher, visiblement séduits par ma connaissance des grands projets d’infrastructures » se félicite-t-elle. « J’ai travaillé sur des contrats stratégiques dans les nouvelles technologies avant d’être recrutée en 2016 comme responsable commerciale de Viadéo ». Nathalie se voit proposer par le réseau Welljob de prendre en main un projet national de bornes d’emploi, qu’elle accepte par appétence personnelle et goût du challenge.
« Welljob a touché ma corde sensible en me proposant d’agir pour les personnes mal à l’aise avec l’informatique ou désabusées par des mois de recherches d’emploi infructueuses », confie-t-elle. Le réseau prévu permet ainsi aux utilisateur·rice·s de postuler en moins de deux minutes, sans CV ni lettre de motivation, à des offres géolocalisées. En moins de trois ans, la dynamique quadragénaire constitue une équipe et déploie une centaine de bornes accessibles en libre-service dans les gares SNCF, les centres commerciaux et les bureaux de poste (dont quatre sur le territoire départemental).

Un fort potentiel de développement en Seine-Saint-Denis

Le réseau HucLink permet de proposer presque en temps réel des offres en CDI, CDD, intérim, stage, alternance et même des formations. « Les chercheurs d’emploi répondent à des questions filtrantes et peuvent être recontactés quelques heures après par courriel ou par SMS par les employeurs », explique Christian Georges, technicien informatique d’HucLink. En Seine-Saint-Denis, de nombreuses entreprises (comme Adecco, Flunch, Kangourou kids, la SNCF, des enseignes de la grande distribution...) ont pu recruter rapidement et en local, grâce à cette innovation.
Aurélie, une jeune chargée de développement pour Médiapost a ainsi candidaté « par curiosité » en faisant ses courses au centre commercial O’Parinor et a été embauchée quelques semaines après. « La Covid a ralenti les flux d’offres d’emploi mais les petites et moyennes entreprises ont beaucoup d’appétence pour nos bornes qui peuvent pallier rapidement les situations de pénurie », se félicite la directrice commerciale. Une dizaine de nouvelles bornes devraient être déployées courant 2021 dans l’enceinte des gares RER situées à Villemomble, Noisy-le-Sec, Drancy, la Courneuve, Sevran, Pierrefitte-sur-Seine...
L’innovation Huclink a été distinguée au concours 2020 de la BFM Académie. Nathalie Daoud passe avec succès les quarts puis les demi-finales avant d’être coachée par une cheffe d’entreprise pour la finale en octobre. « J’ai vécu une aventure aussi exaltante que stressante », souffle-t-elle. « La téléréalité vous ouvre aux critiques sur le plateau, mais c’est aussi assez grisant avec les maquilleurs ou régisseurs qui s’occupent de vous... ». Le projet de bornes d’emploi est finalement classé 4ème sur 800, ce qui lui vaudra un sacré retentissement médiatique et des contacts de décideurs économiques ou politiques.

D’un naturel combatif, la startuppeuse bondynoise essaie de lutter contre la morosité ambiante. « Un certain nombre de recrutements ont été suspendus depuis la crise sanitaire mais l’économie de la Seine-Saint-Denis pourrait reprendre plus vite que prévu une fois les campagnes vaccinales réalisées ». Espérons qu’elle ait raison.

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Crédit-photo : Grégoire Aillet et Jessica Souris

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