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Nadir Dendoune, au nom de la mère

Dimanche 11 novembre, le festival du film franco-arabe de Noisy-le-Sec met à l’honneur un réalisateur du département, Nadir Dendoune. Le cinéaste et journaliste de l’Ile Saint-Denis viendra présenter « Des figues en avril », un portrait de sa mère qui est en même temps un hommage à toutes les femmes immigrées.

Messaouda Dendoune habite cité Maurice-Thorez à l’Ile Saint-Denis, elle a un regard espiègle qui laisse deviner la jeune femme qu’elle était, elle est incollable sur les saisons et ses produits maraîchers et elle fait des beignets kabyles comme personne. A 82 ans dont 57 passés en France, ses souvenirs surgissent au détour d’une chanson algérienne ou en ouvrant une petite boîte en fer contenant les photos de famille. Messaouda, c’est la maman du réalisateur et journaliste de Seine-Saint-Denis Nadir Dendoune, mais c’est aussi beaucoup plus que ça : le visage d’une histoire de l’immigration, le visage de la France d’aujourd’hui.
« J’ai fait son portrait parce que je savais qu’en donnant la parole à une femme immigrée de l’âge de ma mère, ça viendrait combler un certain vide. Bien sûr, des films parlent aujourd’hui des immigrations, mais ils sont souvent portés par des hommes et par le prisme du travail. Les femmes immigrées, elles, sont les grandes invisibles de notre société », explique Nadir Dendoune, enchanté du bon bouche à oreille de son film qui a déjà atteint les 10 000 entrées. Ce touche-à-tout (documentaires sur la Palestine, récit racontant son ascension de l’Everest) revient d’ailleurs tout juste du « bled » natal de sa mère, Ighil Larbaa, près de Béjaïa en Algérie. Un village perdu dans les montagnes de la petite Kabylie, où la jeune Messaouda a grandi jusqu’à 25 ans avant de se marier et de rejoindre son époux en France, ouvrier chez Citroën à Saint-Ouen puis jardinier à l’hôpital de Montmorency. « Ma mère est arrivée en région parisienne sans repères, elle a troqué sa vie au grand air contre la vue sur un immeuble en brique donc forcément, elle ressent la douleur de l’exil. Et en même temps, elle se sent bien dans son quartier où elle connaît tout le monde. Elle a deux chez elle, française et algérienne, algérienne et française, et tant pis pour ceux que ça défrise », martèle Nadir Dendoune.
Fidèle à ses idées, ce citoyen du monde qui a vécu 8 ans en Australie, fait un tour du monde et gravi le toit du monde saisit l’occasion pour pousser l’un de ses coups de gueule bien sentis : « Je n’en peux plus de la question identitaire. Pourquoi demande-t-on aux immigrés et enfants d’immigrés de choisir entre deux pays, entre deux cultures ? Ca me rend fou. Les identités sont multiples, mouvantes. Dans n’importe quelle vie, et pas seulement quand on est immigré, on puise à différentes sources. Moi, ma conception de l’appartenance, c’est qu’on est de là où on vit. C’est un truc que les fachos ne comprendront jamais et ça me fait de la peine pour eux. »

Bien sûr, il y a les moments où le marché de Saint-Denis, les discussions entre amies ne calment plus l’appel de la montagne kabyle. Alors, quand la pointe de l’exil se fait un peu trop forte, Messaouda monte le volume de sa petite radio pour écouter les chansons de Slimane Azem, chanteur kabyle qui a lui aussi connu l’immigration en France. « Un type courageux, qui a émigré pour bosser dans les mines de Longwy. Du Slimane Azem, je peux vous dire que j’en ai mangé, enfant. C’était le chanteur préféré de mon père. Sa présence a aidé mes parents, ils se retrouvaient dans cet arrachement de l’exil », se souvient Nadir Dendoune. Dans le film, le journaliste a tenu à ce que sa mère s’exprime en kabyle. « Parce qu’elle est plus précise dans sa langue natale et que je suis pour qu’on entende toutes les langues au cinéma ! Quand est-ce qu’on entend du kabyle à l’écran ? Pas tous les quatre matins, hein… A la télé française, y en a toujours que pour l’anglais et le français… C’est pas très représentatif de la réalité du pays… »
La présence du père apparaît elle en creux dans le documentaire : à 90 ans, cet homme dur au mal, combatif durant toute sa vie a rendu les armes face à la maladie d’Alzheimer. Mais il ne se passe pas un jour sans que sa femme ne lui rende visite à la maison de retraite. Ce qui a suscité de nombreuses réactions de sympathie lors des projections du film. « Ma maman ne comprend pas que son histoire puisse toucher autant. Pour elle, elle ne suit que son destin, son mektoub. Mais ça oui, elle est heureuse que ça touche aussi la jeune génération parce qu’elle se fait du souci pour les jeunes », commente Dendoune. Selon sa forme, la vieille dame accompagnera dimanche son fils pour présenter une nouvelle fois son portrait au public de Romainville. Mais présente ou non, son sourire et sa douceur à l’écran réchaufferont à coup sûr la salle. Ce sera comme savourer des figues en novembre.

Christophe Lehousse
Photos : @Camille Millerand

Dimanche 11 novembre- Projection de « Des figues en avril » à 18h au cinéma Le Trianon de Romainville en présence du réalisateur

Jeudi 15 novembre- Autre séance de « Des figues en avril », à 14h15

Retrouvez le programme complet du festival sur http://fffa.noisylesec.fr/
Soirée d’ouverture le vendredi 9 novembre avec "17", documentaire sur l’équipe de football féminine de Jordanie en présence de sa réalisatrice Widad Shafakoj, de Costa-Gavras, parrain du festival et Saphia Azzeddine, marraine.
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