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Lutte Bagnolet

Mélonin Noumonvi, lutteur inoxydable

A 38 ans, le lutteur bagnoletais repart une nouvelle fois au combat. Objectif, une quatrième participation aux Jeux olympiques. Il vient de remporter un tournoi à Varsovie, il est capable d’y arriver et de nous surprendre encore…

Mélonin, dans la vie de tous jours, a un air plutôt nonchalant, la voix qui traîne un peu, un sourire en coin volontiers moqueur, le gars bien cool. Il cache bien son jeu, jusqu’au moment où il rentre dans le cercle de lutte. Là, tout change. Le regard est déterminé, les appuis fermes, le haut du corps puissant. Tous les atouts pour briller en gréco-romaine, ce type de lutte où on utilise seulement les bras et où on ne peut attaquer que le haut du corps. La puissance, Mélo la possède, fruit de trente années d’entrainement depuis ses débuts tout jeune au Club Bagnolet Lutte 93, « son » club. Mais Mélonin a un truc en plus : sa vitesse de déplacement. Comment un gaillard de 97 kg fait-il pour se déplacer en un instant autour de son adversaire, s’effacer devant sa poussée en gardant son équilibre et maintenir la pression avec ses bras pour le contrôler, cela tient du mystère !
Pendant longtemps, Mélonin a évolué en moins de 85kg, catégorie dans laquelle il est devenu champion du monde en 2014 et a remporté trois médailles de bronze aux championnats d’Europe. Mais avec les années, il lui était de plus en plus difficile de descendre au poids de cette catégorie. Il faut savoir que comme dans les autres sports de combat à catégorie de poids, les lutteurs font des régimes drastiques pour perdre 6, 8 kg alors que déjà ce sont des sportifs de très haut niveau avec très peu de masse grasse… Alors pendant 10, 15 jours, c’est entraînement, entraînement avec pour repas une assiette si peu remplie qu’elle ferait pâlir d’effroi une top model neurasthénique ! Tout cela pour monter sur la balance juste sous la limite, obtenir le sésame des juges, puis en quelques heures manger, manger, se réhydrater pour reprendre les kilos perdus, retrouver son poids de forme et se donner à fond.

Tokyo oui, Tokyo non...

« Tokyo, c’était pour moi la dernière chance d’aller une nouvelle fois au Jeux olympiques après que je ne sois pas parvenu à me qualifier pour ceux de Rio. Cette fois en moins de 96 kg, car je ne peux plus descendre en moins de 85. » D’après les médecins, ce sont sans doute les régimes sévères successifs qui lui ont causé une phlébite, qui a mis à mal sa préparation pour les si difficiles tournois de qualification olympiques. Tokyo aurait donc un goût de revanche. « Mais lorsque j’ai appris le report des Jeux de Tokyo, j’ai dit stop. Un an de plus, c’était trop. Je ne me voyais pas tout recommencer. » Certains penseraient sans doute qu’un de plus, ce n’est pas tant que cela… Ceux-là n’ont certainement pas subi les entraînements de Patrice Mourier, le patron de la lutte française. Son crédo, c’est le physique. Contrairement aux pays de l’Est ou la lutte est un sport roi, la France ne peut compter sur la densité des écoles de lutte pour rivaliser de technicité. Alors, les Français compensent avec un physique irréprochable. Et cela se paye en souffrance, deux fois par jour, des séances à donner la nausée. Plus les stages à l’étranger. Pas dans un hôtel étoilé, non. Dans le froid d’une ancienne caserne perdue au milieu de la Biélorussie, ou bien dans la chaleur moite d’un Cuba manquant de tout sauf de combattants surmotivés à l’idée de faire plier un champion du monde français…
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«  J’ai annoncé ma décision au staff, ils ont essayé de me faire changer d’avis. » Car Mélo est le capitaine de l’équipe de France. Le pilier du groupe, qui distille son expérience aux plus jeunes, qui montre l’exemple. Il n’oublie pas que le moteur principal du sportif de haut niveau, c’est le plaisir. Mais là, le plaisir n’était plus là. « J’avais donc décidé de mettre fin à ma carrière internationale, mais je m’étais engagé à disputer en club les championnats de France de première division. Alors je continuais à m’entraîner. Et puis finalement, j’ai vu lors des stages que ça allait pas mal, qu’à part tous les petits bobos qu’on se traîne tous, je n’avais pas de blessure. Alors, pourquoi pas essayer d’y aller, à ces quatrièmes Jeux ? »

Retour au combat

Et pour l’instant, les indicateurs sont au vert comme le prouve sa victoire à l’open de Pologne le 7 novembre dernier. Une fois de plus, Mélonin a tiré profit de sa vitesse. Car pour la catégorie, c’est un léger (!). Son poids normal se situe juste au-dessus de la limite des 96 kg, tandis que la plupart de ses adversaires, une fois passé l’obstacle de la balance, retrouvent leur 106, 108 kg… « Et oui, reprend Mélonin avec ses yeux rieurs, je tombe avec des costauds… » Il devrait les retrouver lors de la Coupe du Monde, qui se substitue aux championnats du monde, suite à la défection de nations majeures de la lutte suite à la pandémie de Covid. « Cette Coupe du monde, ce n’est pas du tout un objectif. Ce sera un bon moyen de se faire des combats en vue des tournois de sélection olympique. » Et Mélonin a ses chances, le billet pour Tokyo lui avait échappé seulement d’un point lors du quart de finale des championnats du monde de l’an dernier. Les quatre meilleurs, tous européens, sont donc sélectionnés, et Mélo ne les retrouvera pas sur sa route lors des tournois de qualification. « Oui, c’est sûr, c’est déjà ça ! Mais il en reste encore, le réservoir de lutteurs de l’Est est tellement dense… Mais je veux la jouer à fond. Pour ces Jeux, je ne me mets pas la pression comme auparavant, si je n’y arrive pas, ce n’est pas si grave. Ma carrière, elle plus derrière que devant, mais ce qui me reste c’est le plaisir. Et les Jeux, c’est tellement énorme, tellement fort, tellement de plaisir… » Mélonin n’est jamais aussi fort, aussi rapide, aussi technique que lorsqu’il s’amuse. Alors, vous verrez, il est bien possible qu’à 38 ans, Capt’ain Mélo fasse quelque chose grand à Tokyo…

Koumba Larroque, l’espoir de la lutte tricolore

Elle aussi a gagné à Varsovie, elle aussi est licenciée au Club Bagnolet Lutte 93. A 22 ans, Koumba Larroque a déjà un sacré palmarès : championne du monde et d’Europe cadette, championne du monde et d’Europe junior, championne du monde et d’Europe des moins de 23 ans, médaillée d’argent aux championnats du Monde et d’Europe. De retour à la compétition après une série de blessures, Koumba a tout ce qu’il faut pour briguer la plus haute marche des Jeux de Tokyo. Elle est soutenue par le Département dans le cadre de son dispositif Génération Jeux.

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