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Master-class de Sylvie Hoarau, ex-chanteuse de Brigitte : « Créer, faire ce qu’on aime, en toute indépendance »

Le 15 juin, au Café la Pêche de Montreuil, l’association Zebrock a organisé une master class avec Sylvie Hoarau, ex-membre du duo musical Brigitte. L’occasion pour les participants, musiciens amateurs pour la plupart, de s’arrêter sur la riche carrière de l’artiste et de glaner quelques précieux conseils. Morceaux choisis.

Restrictions sanitaires obligent, ils ne sont pas très nombreux dans la salle polyvalente du Café la Pêche, à Montreuil, où l’ambiance est feutrée et intimiste. C’est dans ce haut lieu des musiques urbaines que s’est tenue mardi 15 juin une master class avec Sylvie Hoarau, ancienne chanteuse de Brigitte (le groupe s’est officiellement séparé il y a quelques mois). Un rendez-vous proposé et animé par Zebrock, une association née il y a un peu plus de 30 ans en Seine-Saint-Denis - dans le cadre des politiques publiques soutenues par le Département - et qui fait la promotion de la musique en Ile-de-France. Entre autres évènements, elle organise chaque année le Grand Zebrock, un tremplin musical dédié à la découverte de jeunes talents franciliens dont fut lauréate en 2000 avec Vendetta, son groupe de l’époque, une certaine… Hoarau Sylvie.

- Ses débuts dans la musique
« La musique a toujours fait partie de ma vie. Petite, à la maison, on en passait tout le temps. Mon père était musicien et chanteur à ses heures perdues, c’est lui qui m’a transmis le virus. Quand j’étais animatrice dans les centres de loisirs et les colonies de vacances, j’étais toujours la première à pousser la chansonnette et à faire chanter les autres. C’est en rencontrant un musicien sur les bancs de la fac, qui avait choisi de faire de la musique son métier, que j’ai décidé d’embrasser moi aussi cette carrière. Jusqu’ici, j’étais plutôt sceptique mais il m’a convaincue que c’était possible. C’est comme ça que commence l’aventure Vendetta, qui a succédé à Topaze, au mitan des années 1990 [Le groupe s’est forgé un palmarès dans de nombreux tremplins et concours, parmi lesquels le Grand Zebrock et le NRJ Coca-Cola Playlists, ndlr]. Une belle histoire qui aura duré 10 ans. »

- Consécration avec Brigitte
« J’ai rencontré Aurélie [Saada, l’autre moitié du duo, ndlr] grâce à un ami en commun, en 2007. Nous étions à ce moment-là toutes les deux engagées dans une carrière solo. Quand elle m’a présenté son projet et son envie de collaborer avec moi, j’ai tout de suite été emballée. Derrière les sourires de façade et les robes à paillettes, notre objectif à travers Brigitte était d’exprimer notre liberté. Contrairement à ce que certains ont pu croire, on s’est toujours désintéressées de notre image, on n’a jamais fait appel à des stylistes et jamais aucun dress code ne nous a été imposé par notre maison de disque. Cette envie de liberté, on la retrouve évidemment dans nos textes à la fois légers et ironiques. Puis on a eu envie de passer l’une et l’autre à autre chose, de relever de nouveaux challenges. Après trois albums, trois tournées et plusieurs centaines de concerts, l’énergie n’était plus trop là. »

- Un gros tube avec la reprise de Ma Benz de NTM
« Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette reprise a fait le buzz. Joey Starr l’a approuvée et est même venu la chanter avec nous sur scène. On n’avait jamais connu un tel succès. Nous l’avons interprétée la première fois en 2009 dans le cadre d’un festival de films érotiques organisé chaque année par le Forum des images [le festival du Film de Fesses, ndlr]. Pour la cérémonie de clôture de l’événement, le programmateur nous avait proposé de reprendre des tubes faisant référence au sexe, parmi lesquels Ma Benz. Nous avons alors décidé d’en faire un single.
Les reprises ont toujours fait partie de l’écosystème de notre duo. Pour nous, elles étaient une matière brute qu’il fallait se réapproprier voire complètement réinventer. Dans notre album Encore, on retrouve des morceaux de Metronomy (The Bay), Johnny Hallyday (Allumer le feu) et George Michael (I Want Your Sex), notamment. Nous nous sommes aussi adonnées à cet exercice de manière ponctuelle. Aux Francofolies de la Rochelle, en 2016, nous avons revisité des tubes de Daniel Balavoine dans le cadre des 30 ans de sa disparition. Balavoine, ce n’est pas trop notre tasse de thé, ce qui, paradoxalement ou pas, a donné encore plus de corps à la démarche. »

« Nos maris n’ont au départ pas du tout été emballés par le projet Brigitte mais on s’en fichait »

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- Tirer son épingle du jeu dans un secteur (la musique) ultra concurrentiel
« C’est facile à dire mais je le dis : le plus important, c’est d’avoir un projet qui tienne la route et de belles chansons qu’on est fier de défendre. Plus les maisons de disques constateront que vous avez travaillé, que vous défendez un projet solide auquel vous croyez, plus elles auront envie de collaborer avec vous. Avec Brigitte, on a longtemps œuvré dans notre coin, s’entourant de personnes qu’on connaissait bien, jusqu’au jour on s’est fait repérer par un label [3e Bureau, un label indépendant de Wagram Music, ndlr]. L’important est de créer et de faire ce qu’on aime, en toute indépendance. Pour être attirant, il faut être le plus autonome possible. Les locomotives, ce sont les artistes, pas les maisons de disques. Avec Brigitte, quand nous avons fait écouter nos premiers titres à nos proches, je me souviens que nos maris respectifs (des musiciens professionnels) n’étaient pas du tout emballés par le projet et nous l’ont clairement fait savoir. Mais on s’en fichait car on s’éclatait dans ce qu’on faisait. »

- L’actualité de Sylvie Hoarau
« Avec la musique, c’est au jour le jour actuellement. L’après Brigitte est un virage à négocier. N’ayant plus très envie de chanter, je me tourne vers d’autres types de projets, des compositions de musique de films et de séries par exemple. J’aimerais aussi composer et écrire pour d’autres artistes. Pendant le confinement, je me suis mise au piano. J’ai très envie d’aller vers l’inconnu. »

Propos recueillis par Grégoire Remund
Photos : ©Franck Rondot

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