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« Les jeunes de Seine-Saint-Denis ne sont pas plus débiles que les autres ! »

Lauréats à deux ans d’intervalle d’Eloquentia, concours d’éloquence né dans le 93 avant d’essaimer partout en France, Grégoire Gouby et Eddy Moniot se sont prêtés au jeu de l’entretien à deux voix. Voici donc les « mots croisés » de deux ambassadeurs du In Seine-Saint-Denis.

C’était le lundi 9 avril à la Bourse du Travail de Bobigny : quelques minutes avant la demi-finale d’Eloquentia « plus grand concours de prise de parole francophone », Eddy Moniot, lauréat en 2015 et Grégoire Gouby, vainqueur en 2017, se retrouvaient pour un dialogue entre ambassadeurs du In et d’un concours qu’ils continuent de porter avec des mots bien choisis. En voici, la substantifique moëlle…

Grégoire Gouby et Eddy Moniot

Puisque vous êtes tous deux des lauréats d’Eloquentia, on vous laisse faire les présentations de cet entretien croisé ?

- D’accord ! Donc, je suis Grégoire Gouby, j’ai 22 ans, je viens de Saint-Etienne et je suis arrivé en région parisienne pour faire des études de théâtre à l’Université Paris 8 Saint-Denis. C’est là Eddy Moniot m’a fait découvrir Eloquentia. Il a bien fait puisqu’en avril 2017, j’ai remporté ce même concours…

- … Et donc moi, je suis Eddy Moniot, né en 1994 aux Lilas… J’ai vécu 13 ans en Seine-Saint-Denis avant de suivre mes parents en Picardie. Mais j’ai toujours voulu revenir en Seine-Saint-Denis parce que c’est là que j’avais eu accès à la culture. Donc, après le bac, j’ai souhaité faire une licence de théâtre et mon premier choix s’est porté sur Saint-Denis parce que ça me semblait évident. Et là, j’ai rencontré l’association Eloquentia qui m’a permis d’apprendre énormément sur moi-même et surtout sur les autres. J’ai appris qu’il fallait écouter les autres parce que sans les autres, il est impossible de vivre. Eloquentia, en fait, a bouleversé ma façon de voir le monde, ce qui fait qu’après avoir remporté le concours en 2015, je suis devenu formateur au sein de l’association pour transmettre ce qu’on m’a transmis.

Tous les deux, vous avez donc conservé aujourd’hui un lien avec Eloquentia. Pourquoi cet attachement ?

Grégoire Gouby : - Parce qu’intégrer Eloquentia, c’est un peu comme rentrer dans une famille où on se sent bien. Donc moi aussi, il m’arrive d’intervenir dans des collèges pour Eloquentia en Seine-Saint-Denis ou bien d’être juré dans les jurys Eloquentia. Même si, pour le moment, je ne suis pas formateur.
Eddy Moniot [Il coupe]. - Mais, ça viendra ! Pourtant, il faut savoir que j’ai mis à peu près trois ans à convaincre Grégoire de s’inscrire au concours Eloquentia.

Et pourquoi l’avoir poussé justement ? Vous sentiez que Grégoire avait la fibre de l’éloquence ?

Eddy Moniot. - Parce que je trouvais que c’était le plus talentueux sur scène lorsqu’on était en licence de théâtre à Paris 8, qu’il avait tellement d’émotions à faire passer. Donc je l’ai poursuivi pendant trois ans en lui répétant : « Grégoire il faut absolument que tu fasses le concours Eloquentia ! »

Qu’est-ce qui vous retenait, Grégoire, de franchir enfin le pas ?

Grégoire Gouby. - En fait, j’assistais souvent aux différents concours Eloquentia et plus je venais, plus j’étais impressionné par ces candidats capables de parler sur scène à partir d’un discours qu’ils avaient écrit. C’était quelque chose qui me semblait inatteignable. Et puis, finalement, j’ai remporté le concours 2017…

Mais il y a aussi une vie après Eloquentia, que faites-vous aujourd’hui ?

Grégoire Gouby. - Actuellement, je suis en pleine écriture de mon spectacle seul en scène que j’ai commencé à tester sur quelques scènes ouvertes et j’espère qu’il sera prêt pour la rentrée de septembre. Je pourrai vous en dire plus à ce moment-là ! Et sinon, grâce à une des professeures de théâtre d’Eloquentia, je suis assistant metteur en scène pour une comédienne qui s’appelle Noémie de Lattre. A part ça, je suis aussi surveillant dans un collège parisien où je donne des cours d’art oratoire et de théâtre. Sans oublier Eloquentia où je démarche les « people » que l’on sollicite comme jury, qu’ils viennent de banlieue ou pas du tout.

Eddy Moniot. Jusqu’à la fin mars, je jouais avec Michel Jonasz dans une pièce intitulée « Les fantômes de la rue Papillon » à Paris. C’était génialissime… La pièce raconte l’histoire d’une fraternité entre un vieux juif et un jeune « rebeu », une histoire à la fois fantastique et très actuelle. Pour ceux qui ne l’ont pas vue, la pièce va être en tournée un peu partout en France. Nous étions, par exemple, récemment, à Lunel dans l’Hérault, appelée Djihad City pour 40 mecs qui sont partis au djihad alors qu’il y a 22 000 habitants dans cette ville. Comme quoi l’image…

Grégoire Gouby et Eddy Moniot

L’image, parlons-en justement, vous êtes aussi ambassadeurs du « In », concrètement cela signifie quoi pour vous ? C’est se battre au quotidien contre les clichés négatifs qui collent souvent à la peau de ce territoire ?

Grégoire Gouby. Moi, je viens de Saint-Etienne et je n’avais aucun cliché sur le 93 avant de rejoindre Paris 8 et Saint-Denis au moment de ma fac de théâtre… Et j’ai découvert en arrivant une fac, une ville et même un département hyper ouverts à la culture, hyper-cosmopolite où on met l’accent sur la tolérance, l’ouverture aux autres, le respect, l’écoute. Donc je ne comprends pas bien pourquoi on diabolise la Seine-Saint-Denis quand je vois tous ces lieux magnifiques de culture qui existent dans le 93. C’est un département qui donne une vraie place aux artistes.

Eddy Moniot [Il coupe]. - Moi quand j’étais petit, j’habitais à Noisy-le-Sec et il y avait un Conservatoire où j’ai fait toutes les activités extra-scolaires imaginables, j’ai même fait des claquettes ! J’avais un accès à la culture assez incroyable, sans compter qu’avec mes parents on allait au Théâtre des Bergeries –un lieu que je conseille à tout le monde- chaque semaine et ce théâtre a symbolisé pour moi une immense diversité culturelle. Tout en ayant Paris à côté. De toute façon, pour moi, la Seine-Saint-Denis, c’est la culture. Point !

Grégoire Gouby. - Qu’est-ce que je peux rajouter là-dessus (rires). Non, c’est vrai, je suis entièrement d’accord avec Eddy : la Seine-Saint-Denis, c’est un endroit de vie extraordinaire pour la culture. Il suffit juste de passer le périph’ pour se rendre compte qu’il n’y a pas que le Musée du quai Branly ou le Louvre…

Eddy Moniot. - Oui, à aucun moment, je me suis dit lorsque je vivais en Seine-Saint-Denis : « Je ne peux rien faire dans le 93, je suis coincé ici… » Et, c’est la même chose du côté de l’éducation : dans ce département comme ailleurs, il y a des professeurs qui veulent tout faire pour transmettre de la meilleure manière possible leurs connaissances à leurs élèves afin qu’ils réussissent… De mon point de vue, je pense d’ailleurs que c’est justement en Seine-Saint-Denis qu’il y a plus de professeurs qui ont envie que leurs élèves réussissent que de professeurs résignés !

Grégoire Gouby. - Exact ! Mais comme le système est partout le même, il y aura partout les mêmes professeurs blasés ou frustrés… Donc, partout et en Seine-Saint-Denis comme ailleurs, il y aura des profs qui n’auront plus l’envie de transmettre. Le truc, c’est que l’Education Nationale en France a 40 ans de retard : faire commencer les élèves à 8 heures du matin et les faire finir à 17 heures, c’est absurde. Et puis, à l’école, on apprend surtout quoi dire, mais jamais comment le dire.

C’est à ça que servent vos interventions avec Eloquentia en milieu scolaire ? Vous apprenez aux élèves à dire les choses ?

Eddy Moniot. D’abord une chose : quand les professeurs nous appellent, ce n’est absolument pas pour dire « Au secours, mon collège, c’est de la merde ! » Non, ils nous appellent pour parler avec leurs élèves, les écouter, travailler souvent en vue d’un concours d’éloquence au sein de leurs établissements. En lycée professionnel, on nous appelle aussi pour aider les élèves à réussir un futur entretien d’embauche sans se laisser envahir par le stress, pour les aider à montrer quelles sont vraiment leurs compétences. Et puis, il y a des profs qui font appel à nous pour aider les élèves qui ont des choses à dire, mais ne savent pas comment le dire. Ce qu’on fait nous avec Eloquentia, c’est montrer aux élèves ce qu’ils ont en eux, ce qu’ils sont capables de faire. Ce que le programme scolaire ne permet pas toujours de faire.

Grégoire Gouby. - Oui, nous sommes là pour montrer « les trésors » qui sont au fond de nous !

Et qu’est-ce que les jeunes de Seine-Saint-Denis vous apprennent, eux ?

Grégoire Gouby. - Ce qui m’impressionne le plus, c’est leur spontanéité de dingue ! Ils nous montrent de manière très explicite qu’on calcule trop souvent la façon dont on va présenter les choses alors qu’on devrait parler le plus naturellement possible.

Eddy Moniot. C’est ce qui montre qu’un formateur Eloquentia n’apprend rien finalement. Il est là pour révéler l’élève. C’est pour cela que tous les exercices de la formation sont là pour montrer, révéler ce qu’il y a en chacun de nous. Surtout, je crois qu’avec les réseaux sociaux et Internet, chacun devient aujourd’hui une sorte de mini-starlette et donc déconstruit l’idée de l’idole. Les jeunes deviennent eux-mêmes les idoles et c’est ce qui change la donne !

Grégoire Gouby. - La clé avec les jeunes, c’est juste d’instaurer une atmosphère de confiance, une écoute entre tous. Et là, tu vois apparaître devant toi une créativité incroyable.

Eddy Moniot. - Oui, surtout qu’ils n’ont absolument pas le vocabulaire limité qu’on veut bien leur prêter. C’est pour ça que je dis très clairement que les jeunes de Seine-Saint-Denis ne sont pas plus débiles que les autres, n’ont pas moins de chances dans la vie que les autres. Au fond d’eux, ils ont les mêmes capacités que tous les collégiens que j’ai pu rencontrer dans différentes régions de France. Ils sont même très éloquents. Simplement, ils ont une palette artistique en eux qui a juste besoin d’être utilisée."

Entretien croisé réalisé par Frédéric Haxo

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