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Les diplômé·e·s de l’Académie populaire de la santé

Former des habitant·e·s pour les conduire à agir au quotidien pour la santé de leur entourage, c’est la vocation de l’Académie populaire de Santé. Créée par le Département et soutenue par la Fondation BNP-Paribas, elle a réuni en janvier ses 21 ambassadeur·rice·s. L’une d’elle, Béatrice, 55 ans, nous explique comment elle est devenue ambassadrice de la santé.

« J’ai travaillé comme employée qualifiée pendant 25 ans dans la détaxe touristique. Mais avec la pandémie, j’ai perdu mon emploi. Un stage à Pôle Emploi a fait ressortir les valeurs auxquelles j’étais attachée : l’équité, la bienveillance, l’empathie, les relations sociales. L’académie populaire de la santé a alors croisé mon chemin. Une référente santé au Secours populaire de Romainville m’a expliqué qu’il s’agissait de travailler ensemble à mieux comprendre les questions de santé au quotidien. Par exemple : Que faire quand je suis malade ? Comment conseiller mon voisin s’il a une plaie qu’il ne s’est pas fait soigner ?
Qu’est-ce qu’un·e ambassadeur·rice santé ?
Être ambassadeur de santé c’est faciliter la vie des gens en allant vers eux, en les conseillant, en les encourageant… Nous sommes l’intermédiaire entre les soignants et les structures médicales. Pour moi, ce mot était un grand titre qui me faisait penser au métier de diplomate. J’avais peur de ne pas être à la hauteur mais l’académie populaire avec sa méthodologie, sa pédagogie, m’a permis d’acquérir des connaissances pour pouvoir être en mesure de parler de la santé aux personnes que je rencontre.

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Comment parler de nutrition à tous ?
L’académie populaire de la santé propose de travailler tout au long de l’année sur douze thèmes. La nutrition, même si je ne connaissais pas ce sujet était celui qui me parlait le plus. Cette question s’adresse à toutes les personnes désirant améliorer son hygiène de vie pour se sentir mieux dans son corps, et également dans sa tête, dont tout le monde peut parler à son échelle.
Quand se nourrir devient la priorité…
Je suis bénévole au Secours populaire de Stains, et il me semble important de rappeler que les préoccupations primordiales des personnes en situation de précarité sont simplement de se nourrir, avec les moyens dont ils disposent, alors que la nutrition concerne l’équilibre alimentaire. Le rôle des nutriments dans l’organisme est secondaire pour eux. Lors de la distribution des colis alimentaires, je peux aborder ce sujet mais avec des mots simples.
Surpoids, obésité, diabète…
Jamais lorsque je suis dans la rue, à distribuer les colis alimentaires, je ne prononce les mots obésité ou diabète. Ce sont des mots qui sont forts, qui peuvent blesser. Et quand on les prononce, c’est qu’on a déjà diagnostiqué une maladie et moi, je ne suis pas soignante. En revanche, j’inscris chaque année les bénéficiaires du Secours populaire pour effectuer un bilan de santé. Et il m’arrive en entretien individuel de leur dire que l’assurance maladie soutient les diabétiques. Que sur Amélie.fr, il y a Sophia sur les maladies chroniques où on peut trouver beaucoup de questions et de réponses. Ils peuvent même être accompagner s’ils sont intéressés. Il y a un site de coaching. Et ils font même les examens médicaux.
Comment aider sans juger ?
Au moment de la distribution des colis quand je vois une maman avec un garçon de deux ans qui a une sucette, des bonbons, je lui parle des légumes qu’il y a dans le panier. Qu’avec on peut faire une bonne soupe. Que moi j’aime les gratins, et je lui demande ce qu’elle aime. Je lui demande comment elle cuisine ces légumes. C’est une conversation spontanée.
Si à 14 heures ces enfants sont en train de manger des chips et des bonbons, des kinder, c’est peut-être qu’ils n’ont pas eu de repas normal, équilibré le midi. Si l’enfant pleure, la maman lui donne un bonbon. C’est facile, rapide, de lui faire plaisir, de lui apporter une satisfaction.
Prendre en compte la culture de l’autre
Il faut s’intéresser à la culture de nos bénéficiaires et aussi s’adapter à leur environnement. Certains vivent dans un milieu défavorisé. On a beaucoup de gens qui louent des lits à la nuit. On essaie de leur donner des aliments qu’ils peuvent manger froid, qui demandent peu de cuisine, ou seulement une bouilloire. Des légumes comme le chou, le chou-fleur, les poireaux, des haricots verts, de la betterave, du céleri nous sont retournés. 99% d’entre eux ne connaissaient pas ces légumes, ils n’en avaient jamais mangé. On s’en est servi pour faire des ateliers nutrition. Alors on a constitué des recettes, à base d’images, pour tous ceux qui ne savaient pas lire. Quand on leur donnait des poireaux, on leur donnait la fiche recette pour préparer une quiche, une soupe, une salade.
Des ateliers nutrition pour les bénéficiaires du Secours populaire
Grâce à ce que j’ai appris à l’Académie populaire de la santé, j’ai aussi proposé aux bénéficiaires du Secours populaire des visites de fermes urbaines, et des ateliers nutrition. On peut converser davantage que lors de la distribution des colis alimentaires. Il faut L’occasion de ramasser des légumes, d’utiliser des produits de saison, de parler de la valeur calorique de la citrouille, qu’elle contenait des fibres, qu’on pouvait conserver ses pépins, les faire sécher, les saler, les mettre au four, pour en faire un apéritif. Lorsque j’ai fait de la soupe, j’ai demandé aux bénéficiaires de deviner ce qu’il y avait dedans.
Ces ateliers m’ont permis de prendre le temps de voir comment les gens allaient, d’avoir un échange avec eux, de savoir si ces personnes étaient ou pas isolées en veillant à ma posture, à mon écoute sans juger, ni stigmatiser. On est là pour être bienveillant.

« Un dispositif unique en France »

« Notre territoire est particulièrement touché par la désertification médicale, les inégalités de santé ont été mises en évidence lors de la crise sanitaire. On veut justement agir sur ce sujet-là et surtout concevoir les politiques de santé dans laquelle on engage et on sensibilise l’ensemble des habitants du Département. C’est la raison pour laquelle on a créé l’académie populaire de la santé, c’est un dispositif unique en France. On en parle souvent auprès de l’ARS (Agence régionale de santé) service déconcentré de l’Etat pour faire en sorte que cette académie populaire de la santé puisse être essaimé dans d’autres territoires de France. Et que les ambassadeurs et ambassadrices soient reconnues au-delà des frontières de la Seine-Saint-Denis. »
Magalie Thibault Vice-présidente en charge des solidarités et de la santé au Département de la Seine-Saint-Denis

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« Je crois beaucoup à la politique des petits pas. »

« Merci à tous ces ambassadeurs de la santé. Merci pour tout ce que vous avez fait l’année dernière. Merci pour tout ce que vous allez faire encore. On vit dans une période de crise économique et on a besoin de vous. Je crois beaucoup à la politique des petits pas. Tout ce qui permet de ramener du lien, de ramener de la solidarité et d’améliorer la vie quotidienne des uns et des autres. Tout cela qui transforme véritablement notre société. On le dit et on le redit il y a trop d’inégalités. On se demande parfois à quoi sert une fondation. Même moi je me suis déjà posé la question. Une fondation sert à réparer les inégalités, en utilisant parfois la politique des petits pas, en aidant un certain nombre d’associations et en aidant des initiatives comme celles-ci. C’est une véritable invention une véritable politique publique innovante. »
Isabelle Giordano, directrice de la Fondation BNP-Paribas

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« Une formation accessible et gratuite »

Parmi les lauréat·e·s, Béatrice Letté et Pauline Noumssi qui ont réalisé des ateliers de cuisine et de sensibilisation à la nutrition auprès des bénéficiaires du Secours populaire de Stains (cf article ci-dessus). Lila Hocine, Zawadi Hamidi Hamadi et Siregbe Oulare ont fait des ateliers de sensibilisation au cancer du sein au sein d’une association (La Marmite). Nora Messad a mis en place une semaine de sensibilisation à la question du handicap dans la structure où elle travaille. Maimouna Diop Lo a réalisé quelques actions en pied d’immeuble. Charles Louvouejo a participé à plusieurs actions autour de la prévention VIH. Ounissa Fodil a réalisé des actions de sensibilisation au bien-être auprès de personnes valides ou vivant avec un handicap.

Retrouvez toutes les informations sur l’Académie Populaire de la santé ici

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