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Le showdown, un tennis de table dans le noir complet

L’Association sportive de Bondy a monté à la rentrée 2020 une section showdown. Ce sport destiné au départ aux personnes aveugles ou mal-voyantes nécessite une bonne oreille pour localiser une balle les yeux bandés. Reportage au milieu d’une dizaine d’amateur·rice·s dans les locaux de l’école Jacques-Bethinger à Bondy.

Si vous tendez attentivement l’oreille les lundis et jeudis entre 17h30 et 20h30 aux alentours du gymnase Robert-Gazzi, vous serez sans doute intrigué·e par un bruit étrange de balle sonore percutée à toute volée. Les joueur·euse·s de showdown de la Seine-Saint-Denis bénéficient d’une dérogation de la Fédération française handisport pour pratiquer leur activité « en respectant les gestes barrières » dans le cadre du confinement. Denis, Nicolas, Rada, Jean-Charles, Dorothée... s’équipent une à deux fois par semaine de gants, raquettes et masques opaques pour s’affronter à un contre un aux extrémités d’une longue table en bois. Ces sportif·ve·s en grande majorité aveugles ou mal-voyant·e·s préparent dans une ambiance conviviale le championnat de France prévu début 2021 dans un lycée d’Enghien-les-Bains.

Un sport pour retrouver confiance en soi

Le showdown, que l’on peut traduire littéralement par « confrontation » allie en quelque sorte le air hockey et le tennis de table. Inventé dans les années 60 par un pongiste canadien ayant perdu la vue, il se joue en deux manches gagnantes de onze points, avec deux points d’écart. Un joueur est crédité de deux points lorsqu’il marque un but ou si son adversaire commet un « body touch » en touchant la balle avec une partie autre que sa raquette ou son gant.
« En compétition, la balle peut atteindre facilement les 150 km/heure » témoigne le rosnéen Thibault Le Brun, quatre fois champion de France qui vient régulièrement s’entraîner au gymnase. « Ce sport, beaucoup plus technique que l’on pense, nécessite une bonne coordination et beaucoup d’explosivité pour les services, les attaques en simples ou doubles croisés, la défense... ».
Le showdown en incitant au dépassement de soi, aide les personnes ayant perdu la vue à progressivement reprendre confiance en elles, selon son ami et partenaire Nicolas. Ce sport leur permet ainsi de mieux se repérer et se coordonner dans l’espace, en visualisant l’impact de leur propre corps sur le jeu. « Autant de qualités transposables dans la vie réelle et qui donnent plus de sérénité dans les transports, au travail... » ajoute le joueur en souriant.

Un loisir qui peut rapprocher voyant·e·s et mal-voyant·e·s

Le jeune Amado, un lycéen « voyant » parisien vient régulièrement s’entraîner au stade Robert-Gazzi. « Le showdown est aussi un super défouloir pour les valides et nous met en situation d’égalité avec les personnes déficientes visuelles » souffle-t-il. Le jeune homme joue aussi le rôle d’arbitre pendant les matchs et peut aider les participant·e·s à appliquer les mesures barrières : désinfection des gants et de la balle, respect de la distanciation...
Thibault Le Brun et son partenaire Denis Calonne, qui s’entraînent deux fois par semaine dans le gymnase bondynois préparent avec acharnement le championnat hexagonal qui aura lieu au lycée Notre-Dame Providence d’Enghien, début 2021 du fait de l’épidémie. Ils affronteront le vice-champion de France Pierre Bertrand et pourraient apporter une médaille nationale à l’Association Sportive de Bondy.
Entretemps, la section showdown subventionnée par le Département s’organise pour se faire connaître du plus grand nombre. « Nous prévoyons deux stages d’apprentissage de l’arbitrage pour les voyants en février pour multiplier les rencontres » indique Madjid Guitoune, secrétaire du Comité Départemental Handisport de la Seine-Saint-Denis et membre de la commission showdown. « Nous allons aussi organiser des stages techniques en mai 2021 afin d’inciter les joueurs à se conseiller entre eux pour mieux maîtriser la balle ».

Le showdown fait actuellement l’objet d’un intense lobbying de la Fédération internationale des sports pour personnes aveugles (ISBA en anglais) pour être intégré en tant que sport de démonstration lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Et qui sait, Thibault Le Brun et ses partenaires feront peut-être alors partie des champions qui porteront haut les valeurs sportives de la Seine-Saint-Denis...

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Crédit-photo : Franck Rondot

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