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Le cinéma de Seine-Saint-Denis en force aux Césars 2018

Six œuvres différentes signées par un réalisateur de Seine-Saint-Denis ou incluant un acteur de ce département dans les rôles principaux font partie des nominations aux CÉSARS cette année. Confirmant ainsi la bonne santé et l’inventivité de ce territoire en matière de septième art. Dénouement le 2 mars prochain.

Qui succédera à l’Aulnaysienne Alice Diop, César 2017 du meilleur court-métrage pour son magnifique documentaire « Vers la tendresse » ? La Seine-Saint-Denis a en tout cas de quoi être fière de ses talents cinématographiques, avec encore 6 films reliés d’une manière ou d’un autre au 93 dans la liste des nominés aux Césars 2018.

Côté œuvres tout d’abord, on trouve trois films de fiction bien estampillés Seine-Saint-Denis avec « Patients » de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, « Les Misérables » de Ladj Ly et « Le Bleu Blanc Rouge de mes cheveux » de Josza Anjembe. Le premier concourt dans la catégorie « meilleur premier film », les deux autres dans la catégorie « court-métrage ».

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Déjà doué pour les mots, le slameur de Saint-Denis a prouvé avec son premier film qu’il savait aussi émouvoir et convaincre caméra aux poing. Film sensible et intelligent sur le handicap, « Patients » est en fait l’adaptation du récit éponyme de Grand Corps Malade, où celui-ci raconte sa longue rééducation après un accident. Mais toute la force de l’oeuvre réside justement dans sa capacité à éviter le biopic : en s’attachant aux destinées de tout un petit groupe, « Patients » - au titre polysémique – est un beau film choral où l’autodérision met sans cesse à distance le pathos qui pourrait naître de la situation. Mention spéciale aussi à Mehdi Idir, le co-réalisateur, natif du quartier du Franc-Moisin à Saint-Denis qui a su mettre à profit son expérience accumulée jusque-là dans le tournage de clips musicaux.

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« Le Bleu Blanc Rouge de mes cheveux » expose lui l’histoire d’une opposition entre un père sénégalais vivant en France et sa fille, qui souhaite acquérir la nationalité française. La Bondynoise Anjembe donne à voir à travers cette œuvre tout le mal-être que la condition d’enfant de deuxième génération peut générer, dans une France qui demande des gages de « francitude » à ses propres enfants.
Chez Ladj Ly, le Gavroche de Montfermeil, il est question de violences policières : les Misérables », court-métrage âpre et étouffant, montre bien l’escalade entre deux camps et résonne, sur fond d’affaire Théo, de manière glaçante avec l’actualité. « Quand je lis ce que Victor Hugo disait il y a plus d’un siècle de la misère et des inégalités de la condition humaine, je me dis que peu de choses ont changé. D’ailleurs, les Thénardier habitaient déjà Montfermeil », nous confiait le réalisateur originaire de la cité des Bosquets de cette ville, qui veut faire de ces « Misérables » version contemporaine un long-métrage.

Ladj Ly aura d’ailleurs deux fers au feu sur ces Césars puisqu’il a aussi mis sa patte dans « A Voix Haute ». Dans ce documentaire énergique, Stéphane de Freitas, lui-même à l’origine du concours de prise de parole Eloquentia à l’université de Saint-Denis, montre toute la confiance qui rejaillit sur les jeunes à travers cet exercice d’art oratoire. Avant tout portrait d’une jeunesse conquérante et enthousiaste, « A Voix Haute » balaie d’un revers de main tous les préjugés rances qu’on pourrait formuler sur une soi-disante « jeunesse de banlieue ».

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Toujours dans la famille documentaire, on trouve le beau « Visages villages » co-signé d’Agnès Varda et du photographe JR. Complice de Ladj Ly avec qui il a commencé sa carrière à Montfermeil autour du collectif « Kourtrajmé », JR sillonne ici la France avec Agnès Varda et tente de prendre un instantané du pays à travers d’étonnantes rencontres. « A noter que « Visages villages » fait aussi partie des documentaires nommés aux Oscars, décernés eux le 4 mars.

Et puis, pour finir, il y a la belle histoire d’Iris Bry, nommée pour le meilleur espoir féminin pour sa performance dans « Les Gardiennes ». A 22 ans, cette aspirante libraire a été catapultée en pleine lumière après un coup du sort digne d’un « feel good movie » : repérée totalement par hasard par la directrice de casting Karen Hottois à la libraire Folies d’Encre à Montreuil où elle travaillait, Iris Bry a immédiatement convaincu le réalisateur Xavier Beauvois. Et crève l’écran dans le rôle de Francine, jeune femme qui vient prêter main forte à la ferme à Nathalie Baye au cours de la Première Guerre Mondiale. Espérons pour la Seine-Saint-Denis que le conte de fées se poursuive le 2 mars prochain, lors de la cérémonie des Césars salle Pleyel.

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