Catégories
Seine Saint-Denis
Stains Théâtre

Le Studio Théâtre de Stains revisite le confinement

A l’occasion de la présentation de sa saison, le 15 octobre, le Studio Théâtre de Stains a produit une forme libre sur le confinement imposé par l’épidémie de Covid. Nourrie de témoignages d’habitants, cette pièce revient sur les peurs, les inégalités sociales et la solidarité vécue durant cette période si particulière. Nous avons assisté à la genèse de la pièce.

« L’enfer, c’est d’être sans les autres » C’est un peu comme ça que Fazya et Laetitia résumeraient leur période de confinement, en détournant la célèbre citation de Sartre dans « Huis clos ». Ces deux habitantes de Stains, âgée l’une d’une cinquantaine d’années, l’autre de 18 ans, incarnent bien, chacune à leur manière, le désarroi mais aussi l’envie de solidarité qui a saisi de nombreux habitants de France, et en particulier ceux des quartiers populaires, durant leurs 55 jours forcés de confinement.
« Une période horrible. Heureusement, je n’ai pas eu à avoir peur pour mon boulot, comme pas mal d’habitants ici. Mais le plus dur, c’était l’enfermement, moi qui sors tout le temps, et le fait aussi de ne plus pouvoir voir mes proches », raconte Fazya qui explique même s’être isolée de son mari et de son fils dans leur HLM dans les premiers temps de l’épidémie, parce qu’elle avait elle-même côtoyé des malades.
En plus de ce même sentiment d’isolement, Laetitia garde elle le souvenir d’une année escamotée, qui lui aura gâché ses 18 ans et jusqu’à l’obtention de son bac. « J’ai fêté mes 18 ans seule chez moi, sans mes amis, raconte la jeune femme qui ne sera finalement pas retournée à son lycée Maurice-Utrillo de Stains. Quant au bac, je l’ai eu sur le contrôle continu, sans la moindre épreuve finale. Généralement, on pense que c’est le rêve de tout lycéen que le bac lui tombe tout cuit dans le bec, mais c’est un mythe ! Pour vous dire, on est beaucoup à être allé devant la feuille des résultats du bac affichée devant le lycée juste pour connaître un soupçon de normalité, alors qu’on savait tous qu’on l’avait depuis bien longtemps... »
Voilà le genre de témoignages qui forment la matière première de la forme libre – faite de saynètes jouées mais aussi de vidéos - que propose les 15 et 16 octobre le Studio Théâtre de Stains, à l’occasion de sa présentation de saison.

Forme participative

Reposant comme souvent au STS sur une participation des habitants, le projet est parti d’une proposition de Nathalie Moine, conseillère culturelle pour différentes structures. « Durant le confinement, je m’interrogeais beaucoup sur ce que pouvaient ressentir les habitants – et en particulier là où il a été le plus dur, c’est-à-dire dans les quartiers populaires. J’ai donc eu l’idée de cette pièce qui naîtrait de leurs témoignages et je l’ai soumise au Studio Théâtre de Stains dont je sais que c’est par ailleurs la philosophie », explique cette auteure qui compte éventuellement tirer un livre de ces formes de théâtre participatif.
Nourrie de témoignages mais aussi d’ateliers de théâtre autour des « Exercices de style » de Raymond Queneau et du « Huis Clos » de Sartre, le résultat est composite et pluriel, reflétant bien la diversité des réactions qu’a suscitées le confinement. « C’est impossible de dégager un dénominateur commun, synthétise ainsi Marjorie Nakache, auteure qui a recueilli la quarantaine de témoignages qui donnent vie à l’oeuvre. Sauf peut-être celui-ci : les points positifs – un confinement qui a permis à untel de se rapprocher de sa famille ou d’avoir du temps pour un loisir qu’il n’a jamais d’habitude – s’effacent largement devant les situations catastrophiques : tel couple qui divorce, des gens qui ont perdu un proche, des gens qui ont perdu leur boulot... »
Pas exclu non plus que cette auteure et co-fondatrice du Studio Théâtre de Stains insère dans la pièce finale une réflexion sur la fragilité des petites structures théâtrales, comme la sienne. « On a profité de la pause du confinement pour réfléchir au fonctionnement de notre monde : l’écologie, les services publics, certains métiers « vitaux »... Mais qui dans le milieu culturel a remis en cause la culture telle qu’elle fonctionne aujourd’hui ? Pas grand monde. Il y a pourtant à dire sur ce qu’un théâtre doit pouvoir apporter à la population du lieu sur lequel il est implanté, sur les grosses inégalités qui existent entre les structures culturelles… Ce sont toujours les gros qui s’en sortent. Nous, on tire le diable par la queue... »

Echappatoire

Heureusement, dans ce déluge de mauvaises nouvelles, il y a parfois des respirations, des moments de grâce. Comme ces moments de solidarité spontanée – le mari de Fazya, commerçant, a par exemple mis sur pied avec le soutien de la mairie des paniers solidaires alors que le marché, fermé, faisait cruellement défaut aux habitants. Ou ces divagations loufoques propres aussi au confinement – Nicolas joue ainsi un jeune homme voyant toujours le verre à moitié plein.
Modeste, Marjorie Nakache ne le dira pas, mais il existe un autre dénominateur commun aux témoignages livrés par les habitants : ce plaisir d’avoir retrouvé un théâtre qui, mieux encore qu’un instrument d’évasion, est aussi un porte-voix pour beaucoup d’entre eux. « Revenir ici au théâtre a été une de mes premières sorties post-confinement. C’est un endroit qui m’a vraiment manqué : la capacité d’écoute des gens qui le composent, leur volonté de travailler main dans la main avec les habitants… C’est une échappatoire incroyable dans notre quotidien », témoigne par exemple Laetitia. A partir de cette rentrée, tout Stains fêtera donc une autre liberté retrouvée.

En raison des mesures sanitaires, la présentation de saison se fera en deux temps : le 15 jeudi octobre à 12h et 19h, puis le vendredi 16 octobre, à 19h

Quelques temps forts dans la saison 2020-21 du STS :

- Les Femmes sont occupées

JPEG - 25.6 ko

Lecture par Samira El Ayachi et ses copines et Marjorie Nakache
Vendredi 25 septembre 2020 à 20H30
Résolument féministe et humaniste, teinté d’humour tendre, ce roman dresse le portrait poignant d’une femme découvrant sur le tas sa nouvelle condition de maman « solo ». Comme toutes les femmes, elle est très occupée et ressemble à tant d’autres, qu’elles soient mères ou pas, célibataires ou non.
Accompagnée de ses amies Lilloises, Samira proposera une étape de travail de l’adaptation du roman à la scène. La lecture sera suivie d’un échange avec les spectateurs pour nourrir ce processus de création.


- Hakawati de Karim Dridi et Julien Gaertner
Cinéma / Projection suivie d’un débat
Vendredi 13 novembre à 20H

Road-movie en Palestine et Israël, nous embarquons avec Radi et Mounira, marionnettistes en lutte pour la survie de l’identité palestinienne


- Rousseau et Jean-Jacques d’après « Les Confessions » de Jean Jacques Rousseau

Mise en scène : Marjorie Nakache
Avec : Sonja Mazouz, Sandrine Furrer, Xavier Marcheschi et Martine Palmer

Création / Théâtre et marionnettes

Du 30 novembre au 18 décembre 2020

Pourquoi Rousseau accompagne-t-il nos préoccupations citoyennes et culturelles ? Partout, des rues, des écoles portent son nom. En 2012, le trois centième anniversaire de sa naissance fut fêté en France et en Suisse. En 2019, on a vu, dans le mouvement des Gilets jaunes, son nom apparaître dans divers articles de presse. En 2020, ses prises de positions sur l’origine des inégalités étaient dans les sujets du bac littéraire. Et pourtant…


- Lettres à Nour de Rachid Benzine

Lecture / Mise en espace : Marjorie Nakache avec Xavier Marcheschi et Jamila Aznague

Janvier 2020 à 14H et 20H45 au STS et au Théâtre Montensier de Versailles
Nour a 20 ans. Elle décide de quitter son pays, sa famille, ses amis, pour rejoindre en Irak l’homme qu’elle a épousé, un lieutenant de Daech. Une décision à laquelle ne peut se résoudre son père, brillant universitaire, musulman pratiquant et épris de la philosophie des Lumières. Nour et son père s’écriront, pour ne pas rompre le lien précieux qui les unit. Au-delà de l’incompréhension, cette correspondance porte un message d’espoir, celui de la réconciliation des générations futures. Au-delà des croyances, elle révèle que seule la vie est sacrée. Ce dialogue épistolaire entre un père philosophe et sa fille partie faire le djihad…


- Agnès Jaoui, El trio de mis amores
Concert avec Agnès Jaoui – chant, Fernando Fizsbein – guitare, Roberto Gonzalez Hurtado – guitare et chant
 En partenariat avec l’Espace Paul Eluard
Jeudi 28 janvier 2020 à 20H45
« Cela fait des années que j’entends Roberto Gonzalez Hurtado et Fernando Fizsbein travailler un répertoire que j’adore. Comme d’habitude, je me suis invitée, j’ai proposé quelques chansons, et le duo est devenu un trio : trois voix, une guitare, un bandonéon, un concert presque acoustique, presque en famille, con mis amores. »
Agnès Jaoui


- Saxifrages d’après « les herbes folles », « Saxifrages » et « Rhizomes » de Rafaëlle Jolivet
Mise en scène : Cécile Fraisse / Compagnie Nagananda
Avec : Marion Bottollier, David Gouhier, Séphora Haymann, Maud Le Grévellec et Diane Regneault
Théâtre / Résidence
Vendredi 12 février à 14H et 20H45
Ils sont cinq. Ils ont grandi au sein d’une communauté hippie dans les années 70. Ils ont fait leur révolution à hauteur d’enfance et cru qu’ils pouvaient changer le monde. Quand ils se retrouvent, adultes, ils découvrent qu’ils sont liés par un pacte…réunis dans la grande maison de leur enfance, sont-ils prêts à sortir de leur confort pour réinventer une utopie de résistance ?


- Le lycanthrope (titre provisoire)
de Rachid Akbal / compagnie le Temps de Vivre

Théâtre-récit / résidence

Vendredi 5 mars à 14H et samedi 6 mars à 20H45

Au cours de rencontres avec des lycéens, Rachid Akbal cherche à leur faire extérioriser leur colère. Confronté à leur résignation, il se trouve pris au piège de sa propre initiative et se métamorphose. Il devient alors, tel le mythologique Lycanthrope ou le légendaire Lébérou, farouche et violent mais, par dessus tout, souffrant. Qu’adviendra-t-il de sa colère ?

« Ce nouveau spectacle s’inscrit dans la veine de mes spectacles sur l’immigration. Nous allons créer un mouvement continu en glissant du réel à la fiction. Je serai le personnage central et, pour nourrir mon récit, je m’appuierai à la fois sur mes souvenirs d’enfant de la banlieue et sur le sentiment d’exclusion des jeunes d’aujourd’hui, à l’heure du Grand Paris.
Né à Aulnay-sous-Bois, de parents immigrés d’Algérie, je partage ce sentiment de venir de la marge et j’ai quelques fois encore la sensation d’y être, comme si l’exclusion était irréversible. Comment dire que nous sommes là, que nous faisons partie du même monde ? Être à la marge, cela met en colère : c’est cet état qui est la matière de mon propos. La figure du loup-garou (lycanthrope) véhicule des images fortes : celle d’un être qui fait peur et qui souffre à la fois, ce qui, souvent, nous émeut. C’est cette ambiguïté qui m’intéresse. »


- Fables de Jean de la Fontaine
Mise en scène Marjorie Nakache
Avec : Charles Leplomb, Xavier Marcheschi, Eric mariotto et Sonja Mazouz

Théâtre à partir de 8 ans

Du 15 au 20 mars 2020

Est-il un meilleur ouvrage pour divertir tout en enseignant que les fables de La Fontaine ?
A la croisée de disciplines plurielles (masques, danse, cirque) et de l’utilisation de multiples éléments scéniques, Fables plonge le public au coeur d’un spectacle déjanté qui, au travers de ces « petites pièces » vives et souvent drôles, nous parle de conscience et de rapport à l’autre. Utilisant les armes du rire et de la poésie, par ces récits brefs et des dialogues enlevés, ce spectacle brosse le portrait de nos travers et de nos ridicules pour nous prodiguer les bienfaits d’une sagesse essentielle.


- Nina Lisa
de Thomas Prédour et Isnelle da Silveira
Mise en scène Thomas Prédour avec Isnelle da Silveira, Charles Loos, Dyna

Théâtre Musical

Vendredi 7 mai à 20H30
En partenariat avec l’Espace Paul Eluard

Nina Simone est seule dans sa villa de Carry-le-Rouet. Sa carrière touche à sa fin. Un soir, sa fille Lisa apparaît. Elles se parleront à cœur ouvert.
Relations compliquées, passionnées, c’est un torrent de vie chahutée qui coule chaque jour entre la mère et la fille, un torrent d’amour. Pendant les années de tournées de Nina, Lisa a posé un voile sur les absences, sur sa souffrance et le manque de joies. Aujourd’hui, elle a trouvé le moyen de sourire et est heureuse. Elle chante.

à lire aussi
Cinéma

La 15e du festival Cinébanlieue, pour l’amour du cinéma

Malgré les contraintes exigées par la situation sanitaire, le festival Cinébanlieue va tout de même pouvoir se tenir du 4 au 13 novembre prochain. Cette année, la manifestation qui ajoute le Studio d’Aubervilliers à ses lieux de projection a en plus la joie de voir des anciens talents qu’elle avait récompensés livrer leur premier long-métrage. Présentation.

Seine-Saint-Denis Court-métrage

Des graines de cinéastes en Seine-Saint-Denis

Le 15 octobre, le concours vidéo Moteur ! parrainé par Grand corps malade a récompensé 36 jeunes lauréat∙e∙s venu∙e∙s de toute la France lors d’une soirée festive au cinéma Gaumont des Champs-Élysées. Parmi eux∙elles : deux étudiantes et un lycéen de Seine-Saint-Denis qui rêvent de percer dans les domaines du cinéma ou des médias.