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Lawrence Valin, les armes du cinéma

A 29 ans, cet acteur-réalisateur, qui a grandi à La Courneuve, a franchi un premier pas avec son Grand Prix au festival Cinébanlieue en 2017. Membre du jury cette année, il continue aussi dans ses propres réalisations d’explorer la diaspora tamoule dont il est originaire. Portrait.

Ce jour-là, il revient d’Aubervilliers, où se déroulera en partie son prochain film, « The Loyal Man ». « Une romance au sein de la diaspora tamoule de Paris, entre une femme sans-papiers et un passeur de la mafia tamoule », commente Lawrence Valin qui s’est réservé le rôle-titre de sa nouvelle réalisation.
Dans « Little Jaffna » déjà, son court-métrage primé l’année dernière à Cinébanlieue, le jeune Français d’origine tamoule s’était dédoublé de part et d’autre de la caméra. « Au départ, je suis acteur, mais je suis aussi devenu réalisateur par défaut, parce que je trouvais les rôles qu’on me proposait super-stéréotypés ». Et le jeune homme né à Neuilly-sur-Seine, puis grandi à La Courneuve de détailler : « On m’a souvent proposé des rôles clichés, calqués sur mes origines indiennes : vendeur de roses, vendeur de marrons. J’ai même dû apprendre le français avec un accent pour travailler dans le cinéma… » A tel point que pour se laisser plus de portes ouvertes au début de sa carrière d’acteur, il avait même « francisé » son nom : Valin pour Visvalingam, son nom à l’état civil. « J’avais l’impression que ça simplifierait des choses, que les gens me mettraient moins dans des cases. Aujourd’hui, je réfléchis à reprendre mon vrai nom. »

Mais Lawrence Valin n’est pas du genre à se plaindre. Pragmatique et direct, le jeune Courneuvien confie : « J’ai souvent l’impression que dans le cinéma français il faut montrer pour provoquer des changements. Alors, plutôt que de me lamenter sur mon sort, j’ai décidé d’écrire mes propres rôles. Et de fait, les choses ont commencé à changer puisque depuis Little Jaffna, on m’a proposé des rôles bien plus diversifiés, et pas forcément liés à mes origines. » En 2019, l’acteur sera ainsi à l’affiche de « Haut perchés », un thriller se jouant en plein ciel de Paris signé Olivier Ducastel.

Guerre civile

Mais en attendant, Lawrence a pris goût à son deuxième métier, celui de cinéaste. Ce qui était au départ un choix par défaut s’est mué en moteur, voire en mission. « Quand on est issu de la communauté tamoule et qu’on se prétend réalisateur, c’est presque un devoir de mettre en lumière cette dernière », dit posément le jeune homme, né de parents réfugiés politiques tamouls.
« Little Jaffna » – du nom du quartier de la diaspora tamoule à La Chapelle – racontait ainsi déjà habilement les impacts indirects de la guerre civile qui a déchiré le Sri Lanka de 1983 à 2009. 26 ans de guérilla entre l’État cinghalais et les Tigres tamouls, un mouvement séparatiste défendant les droits du peuple tamoul avec, prise au milieu, la population civile. Un conflit lourd de 150 000 victimes, « totalement sous-médiatisé en France », que le jeune homme a lui aussi vécu à distance durant toute son adolescence.
« C’était terrible, se souvient-il. On était souvent en contact avec nos proches restés là-bas. On apprenait tous les jours de nouvelles morts par coup de fil. Il y en avait tellement que ça se banalisait limite. Les conversations étaient surréalistes : on entendait « un tel est mort », puis juste après « qu’est-ce que t’as fait à manger ? » C’est la souffrance de cette communauté tamoule et ses spécificités que je m’attache maintenant à montrer dans mes films. »
Mais sans pesanteur, par le prisme du film de genre, auquel cet amateur de cinéma sud-coréen, américain et aussi tamoul a biberonné. « J’aime bien reproduire les codes du film de genre. Les Américains et Indiens ont ce génie-là, ce sens de l’artifice. » C’est d’ailleurs via les films tamouls de l’industrie Kollywood découverts avec son oncle – lui aussi réfugié politique – que Lawrence est tombé dedans. « A l’âge de 8 ans, je rêvais de faire comme les acteurs tamouls que je voyais à l’écran. Sauf que tout le monde me répétait, à commencer par mon entourage : « le cinéma, c’est un truc de Blancs ». Il a fallu que je m’accroche à mes rêves. »

Grand écart

La Seine-Saint-Denis, le jeune homme y est arrivé à 11 ans, d’abord à Montreuil puis à La Courneuve, où sa mère vit toujours. Il y côtoie une communauté tamoule très présente- Antonythasan Jesuthasan, héros de la Palme d’Or d’Audiard "Dheepan" et acteur aussi dans "Little Jaffna", vit par exemple à Sevran - mais aussi toute la diversité de la jeunesse française actuelle. « J’adorais la mixité que je trouvais dans mon quartier. Elle me rassurait un peu par rapport à l’ambiance de mon collège privé, Saint-Michel de Picpus (XIIe) où ma mère avait tenu à me scolariser. Ce grand écart, ça m’a parfois complexé au moment d’inviter des copains à la maison, mais ça m’a aussi donné une vraie capacité d’adaptation », analyse Lawrence Valin a posteriori. Mais c’est à Cinébanlieue, festival né à Saint-Denis, et nulle part ailleurs, que le jeune réalisateur rêvait de triompher. « Parce qu’ils m’ont donné ma chance en me permettant de présenter mes premiers projets par leur dispositif « Talents en Court ». Et parce que ce festival montre une diversité de talents, derrière et devant la caméra, qu’on ne voit pas ailleurs. Si j’en suis aujourd’hui à pouvoir tourner « The Loyal Man », puis « Eelam », c’est aussi grâce à eux », insiste le cinéaste.

« Eelam », c’est l’autre projet de Lawrence Valin, un film d’infiltrés. « Ca veut dire « terre natale » en tamoul. Tous mes films tournent d’ailleurs un peu autour de ça : cette terre natale que certains ne peuvent peut-être pas avoir parce qu’ils en sont loin géographiquement, mais qu’ils peuvent se constituer à travers une famille qu’ils se sont choisie. » Si l’Eelam de Lawrence Valin existe, elle doit sans doute ressembler à Cinébanlieue.

Festival Cinébanlieue 2018, jusqu’au 16 novembre.
Deux lieux de projections : L’Ecran de Saint-Denis et l’UGC Ciné Cité 19e
Retrouvez le programme complet sur le site du festival Cinébanlieue
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