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Label Gamelle, la solidarité à portée de fourchette

Depuis le 4 novembre, ce traiteur solidaire basé à Montreuil produit 500 repas par jour à destination notamment de quatre centres d’hébergement d’urgence. Financé par le Département à son installation, il emploie quatre personnes en insertion et souhaite continuer de grandir, sans renier ses valeurs de plaisir et de partage.

En ce vendredi matin, Emeline et Marjorie sont préposées au remplissage des barquettes. La commande : 52 plats à destination d’un centre d’hébergement d’urgence. Voilà un mois que les deux femmes sont employées en insertion par Label Gamelle. Ce traiteur solidaire, qui s’est installé début novembre dans la ruche d’entreprises Mozinor à Montreuil, entend défendre la générosité dans l’assiette et dans les cœurs.
« Tout se passe bien ici. Le travail collectif me plaît bien. Tous les jours, on tourne : parfois on est en cuisine, parfois on aide au remplissage des barquettes. », explique Emeline, pendant qu’elle répartit le poulet à l’américaine – le plat du jour – dans les raviers en plastique. « Ce que j’aime bien, c’est qu’ici il y a du respect entre les gens », souffle Marjorie, originaire de Haïti et qui a visiblement trouvé à Label Gamelle un havre de paix.
Pour le moment, cette Scop (Société coopérative et participative), dont le principe est donc de reverser ses bénéfices dans le fonctionnement de l’entreprise, compte quatre personnes en contrat d’insertion, mais elle ambitionne d’arriver à terme à 17 salarié·e·s en insertion.

Tandem engagé

Derrière cette structure, un tandem particulièrement engagé : le chef Vincent Dautry pour la partie cuisine et Christine Merckelbagh pour l’administratif et l’insertion. « A un moment donné de mon parcours, j’ai éprouvé le besoin de retrouver du sens. J’ai été cadre dirigeante dans les assurances, et j’ai eu besoin d’être à nouveau en cohérence avec mes valeurs », rembobine la fondatrice du projet. Avant de poursuivre : « J’ai alors pris la direction du Nouveau Centenaire, un restaurant associatif qui se trouve à l’intérieur d’un foyer de travailleurs à Montreuil. A un moment donné, nous avons aussi été sollicités par un centre d’hébergement d’urgence (qui accueille donc des personnes sans-abri, en grande précarité, ndlr). Je me suis alors dit qu’on pourrait renforcer l’aide aux CHU avec une cuisine centrale dédiée. C’est le sens de Label Gamelle. »

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Christine Merckelbagh, fondatrice de Label Gamelle

L’entrepreneuse militante a emmené dans son sillage Vincent Dautry, ancien chef à l’école Ferrandi, où les deux se sont d’ailleurs rencontrés. « Quand Christine m’a proposé de rejoindre l’aventure, je n’ai pas hésité. Pour moi, proposer de la nourriture de qualité à des gens qui n’ont pas beaucoup de moyens fait sens. Ça résonne aussi avec mon histoire personnelle. », complète celui qui place l’ouverture de Label Gamelle sur le même plan que deux de ses établissements précédents : le George V et Apicius, deux restaurants étoilés parisiens.

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Vincent Dautry, chef cuisinier de Label Gamelle

Après seulement un mois et demi d’existence, l’entreprise approvisionne déjà à prix modiques (4,50 euros plat et dessert) quatre centres d’hébergement d’urgence, dont trois en Seine-Saint-Denis : Montreuil, Gagny et Neuilly-Plaisance, gérés par l’association Abri-Main tendue. Avec un slogan qui proclame : « Ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on doit mal manger », Label Gamelle revendique donc la qualité pour tous et toutes. Il arrive même que le volet « humanitaire » et le volet « insertion » se croisent, comme pour Emeline, qui vivait précédemment en centre d’hébergement d’urgence à Neuilly-Plaisance et a donc été embauchée pour huit mois en insertion. Dans son cas, l’aventure a même des allures de contes de Noël puisqu’elle vient aussi de trouver un appartement à Clichy-sous-Bois. Parfois, les progressions sont plus lentes, au rythme des vécus des gens. « Avec tous, on veille à travailler leur projet de sortie. Certains prennent des cours de français, on suit aussi l’aspect logement, garde d’enfant avec eux. On les aide à reprendre confiance », développe Christine Merckelbagh qui doit aussi prochainement recruter un conseiller d’insertion pour suivre dans le détail un nombre de salarié·e·s en insertion qui ira grandissant. Une aventure humaine et humanitaire qui a notamment été rendue possible par le soutien du Département, qui aura versé 20 000 euros au lancement de Label Gamelle, aux côtés d’autres collectivités comme l’État et la Région, mais aussi des partenaires privés.

Partenariat avec les collèges des alentours

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Fourmillant d’idées, comme l’est du reste tout Mozinor, la ruche d’entreprises assez étonnante dans laquelle elle s’est installée, Label Gamelle entend aussi prochainement élargir son panel de clients. S’il est déjà possible de commander des plats pour un particulier (à partir de 30 plats tout de même), la Scop veut aussi nouer des partenariats avec des collèges des environs. C’est déjà chose faite avec Colonel-Fabien et Cesaria-Evora, deux établissements voisins dont les élèves se verront livrer à partir du 27 janvier prochain une cinquantaine de plats les mercredis après-midi. « On a constaté que le mercredi, jour de fermeture de notre cantine, certains enfants ne mangeaient pas, ou pas bien, à midi. On s’est donc dit qu’on pourrait commander une cinquantaine de plats à Label Gamelle, notamment pour les élèves qui restent ensuite pour les activités sportives du mercredi après-midi. », explique François Kaufmann, principal de Colonel-Fabien. Et de renchérir : « Et puis, tant qu’à faire, autant pousser ce partenariat un peu plus loin et faire venir quelques élèves à Label Gamelle. Je crois beaucoup à Hippocrate : « Que ton alimentation soit ta première médecine ». Si au contact d’un chef comme Vincent, ils peuvent s’apercevoir que bien manger leur est bénéfique et ne coûte pas forcément très cher, ce sera déjà ça de gagné. »
Visiblement, ils parlent le même langage que Vincent Dautry, par ailleurs professeur de cuisine au lycée professionnel Auguste-Escoffier, à Eragny : « A Montreuil, il y a quelque 70 cultures différentes et à mon goût ce n’est pas assez mis en valeur dans les différentes cantines. Il y aurait des tas de choses à raconter autour d’un tiep ou d’un mafé. Pour les uns, ce serait l’occasion de se raconter, eux et leurs parents, et pour les autres de découvrir. Mais non, tout le monde va au McDo, c’est d’une tristesse ! » Label gamelle, à l’inverse, délie les langues et réchauffe les cœurs, autour d’un bon plat.

Christophe Lehousse
Photos : ©Nicolas Moulard

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