Catégories
Seine Saint-Denis
Protection de l’enfance

La protection de l’enfance planche sur sa nouvelle feuille de route

L’élaboration d’un nouveau Schéma de la protection de l’enfance a été lancée le 12 janvier. Parmi les priorités figurent notamment la lutte contre la perte d’attractivité du secteur mais aussi une meilleure prise en compte de la parole des jeunes eux-mêmes.

Encore mieux repérer et prévenir les risques de danger, aider les enfants à vivre le mieux possible leur vie d’enfants confiés, renforcer l’attractivité des métiers de la prévention et de la protection de l’enfance. Voilà quelques-uns des enjeux prioritaires qui ont été cités par les quelque 200 professionnel·le·s qui participaient jeudi 12 janvier au lancement d’un nouveau Schéma pour la protection de l’enfance en Seine-Saint-Denis.
Confronté à des demandes toujours plus importantes – 9 500 enfants sont actuellement suivis par l’Aide sociale à l’Enfance, dont 5 300 enfants confiés à des foyers ou des familles d’accueil - ce secteur aura connu lors des dernières années de très fortes tensions, encore renforcées par la crise sanitaire. « Mais il faut aussi souligner les réussites, jugeait Lucie Debove, responsable de l’Aide sociale à l’Enfance au Département : sur le repérage des enfants en danger, l’amélioration de l’accueil d’urgence, l’accompagnement à l’autonomie des jeunes majeur·e·s... »
En prévention notamment, de nombreuses actions ont été menées pour faire du soutien parental et aussi identifier de possibles conduites à risques. Et sur le sujet des Mineurs non accompagnés, le Département n’a pas attendu la loi du 7 février 2022 pour limiter au maximum l’hébergement en nuitées d’hôtel, celles-ci étant jugées inadaptées pour un travail éducatif auprès des jeunes.

Parole des jeunes

Réuni à la Bourse du Travail de Saint-Denis, l’ensemble des acteur·rice·s de la profession - agent·e·s départementaux·ales de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), mais aussi professionnel·le·s de la prévention ; éducateur·rice·s en foyers, assistant·e·s familiaux·liales, représentant·e·s de la justice - est maintenant engagé dans l’élaboration d’un plan pour les 4 prochaines années qui sera présenté en séance départementale en octobre 2023.
« Pour ce schéma, nous tiendrons compte de la parole de tous les acteur·rice·s : nos agent·e·s de l’ASE, mais aussi les partenaires institutionnels, et bien entendu les enfants. Il ne faut jamais oublier qu’avant d’être confiés, ce sont avant tout des enfants et des jeunes avec des envies propres à leur âge », soulignait en guise de préambule Stéphane Troussel, président d’un département qui consacre chaque année 314 millions d’euros de budget à ce secteur.

JPEG - 109.2 ko

Cette meilleure prise en compte de la parole des enfants a déjà commencé : en novembre dernier, le nouveau Conseil de Jeunes de l’ASE a connu sa première réunion. Et au fil de la journée était aussi diffusé un podcast de témoignages de jeunes, à la fois émouvant et vivant. Comme cette jeune fille qui regrettait de ne jamais avoir eu le wifi dans son foyer dans la période du confinement, où il était pourtant essentiel. Ou ce jeune homme en famille d’accueil qui disait son choc d’avoir dû manger pendant 4 mois des pâtes quand les autres enfants de la famille mangeaient autre chose...
« Il ne s’agit pas de critiquer le travail des éducateur·rice·s ou celui des assistant·e·s familiaux·liales, bien au contraire. Il s’agit d’être conscient des dysfonctionnements qui existent encore pour pouvoir instaurer des garde-fous ou changer certaines choses », pointait de son côté Gautier Arnaud-Melchiorre, auteur du rapport « A hauteur d’enfant ». Un travail s’appuyant sur la parole de 1500 enfants confiés de toute la France et qui aura fortement influencé la loi du 7 février 2022, qui oblige dorénavant tous les départements à proposer aux enfants suivis un contrat jeune majeur pour ne pas qu’ils soient livrés à eux mêmes à partir de 18 ans.

Trous dans la raquette

« Il y a encore trop de trous dans la raquette, poursuivait Gautier Arnaud-Melchiorre, lui-même ancien enfant confié. Par exemple, le fait qu’on oublie assez systématiquement les bébés ou très jeunes enfants de 0 à 4 ans dans les réflexions de protection de l’enfance. Ou le fait que pour les enfants, l’institution peut être violente sans le vouloir, quand pour les désigner, on emploie le terme « enfant placé » ou qu’une camionnette blanche les dépose à l’école alors qu’on pourrait faire la même chose autrement. »
Au cours de cette journée, la protection de l’enfance aura dit tout son engagement, mais aussi son désarroi face au décalage croissant entre la hausse des jeunes à encadrer et les moyens humains et financiers mis à disposition. « Comment voulez-vous générer un sentiment de confiance entre jeunes et éducateur·rice·s quand il y a un turn-over constant parmi ces derniers, du fait de la charge de travail et de salaires trop bas ? », remarquait Marie-Claude Plottu, présidente d’Idée 93, une structure regroupant une trentaine d’établissements de protection de l’enfance du département.
Cette responsable, qui soulignait que l’année dernière certaines structures s’étaient retrouvées avec une absence de 30 % des effectifs du fait de départs ou d’arrêts de travail, appelait à une meilleure reconnaissance de toute la profession et même à « un plan spécifique pour le 93 », à l’image des moyens supplémentaires débloqués récemment pour la police ou la justice.
« Dans certains établissements, ça fonctionne très bien. Là où c’est plus compliqué, c’est en général dans des équipes où il n’y a aucun éducateur expérimenté sur lesquels les autres peuvent s’appuyer. Or, il n’est pas rare d’avoir des équipes où aucun éducateur ne dépasse 1 ou 2 années de métier. C’est aussi ça qu’il faut changer, outre bien entendu le fait qu’il y a en Seine-Saint Denis un manque criant de places », estimait cette professionnelle.
Retrouvez notre interview de Myriam Bouali et Lucie Debove, directrice et directrice adjointe Enfance et Famille au Département

Christophe Lehousse
Photos : ©Nicolas Moulard

à lire aussi

Les diplômé·e·s de l’Académie populaire de la santé

Former des habitant·e·s pour les conduire à agir au quotidien pour la santé de leur entourage, c’est la vocation de l’Académie populaire de Santé. Créée par le Département et soutenue par la Fondation BNP-Paribas, elle a réuni en janvier ses 21 ambassadeur·rice·s. L’une d’elle, Béatrice, 55 ans, nous explique comment elle est devenue ambassadrice de la santé.

Associations Pantin

Au Refuge, des vies sur le fil...

Près de 200 personnes sans-abri poussent chaque jour la porte de l’accueil de jour pantinois Le Refuge qui propose petits déjeuners, douches, services de buanderie, accompagnement social... L’association, subventionnée par le Département, apporte du réconfort à ces âmes « sur le fil du rasoir » plus combatives que le public pourrait l’imaginer.

Protection de l’enfance

Concevoir la protection de l’enfance à l’horizon 2027

Ce jeudi 12 janvier, les grands acteurs de la protection de l’enfance étaient réunis pour décider d’une nouvelle feuille de route jusqu’en 2027. Prise en compte des attentes des jeunes eux-mêmes, réponses aux tensions connues dernièrement par le secteur... Myriam Bouali et Lucie Debove, directrice et directrice adjointe Enfance et Famille au Département, font le point.

Santé Seine-Saint-Denis

Don du sang : il y a urgence à donner dès maintenant

Les stocks de l’Etablissement français du sang sont en chute libre depuis la fin de l’année 2022 avec le risque de ne plus pouvoir soigner les malades. Les professionnel·le·s alertent pour inverser la tendance. Les personnes fragiles ont besoin de vous d’urgence ! Rendez-vous dans les collectes mobiles et à la Maison du don.