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"La première marche" des fiertés dans les quartiers

Quatre étudiant∙e∙s membres de l’association Saint-Denis Ville au cœur ont impulsé le 9 juin 2019 la première « pride de banlieue » en faveur des personnes LGBT. Le documentaire « La première marche », actuellement à l’affiche, retrace les préparatifs de cette marche qui avait rassemblé près de 3000 personnes.

"Par cet événement, on a voulu montrer qu’il existe une communauté queer de l’autre côté du périphérique et casser les préjugés de banlieues soi-disant homophobes" témoigne Yanis Khames, étudiant en sociologie à Paris 8 et co-fondateur de l’association dionysienne organisatrice de la manifestation. Séduits par l’enthousiasme du jeune homme et de ses ami∙e∙s Youssef, Annabelle et Luca, les réalisateurs Hakim Atoui et Baptiste Etchegaray ont suivi pendant cinq mois ce projet un peu fou, entre recherche de financements, tractage à la sortie du métro et premières expériences d’interviews dans les médias...

Un documentaire joyeux, tourné sur le vif

"En rencontrant par hasard les militants en automne 2018, j’ai tout de suite eu l’intuition que quelque chose d’important se mettait en place", confie Hakim Atoui, étudiant en production à la FEMIS. Avec Baptiste Etchegaray, journaliste et chroniqueur pour France Inter, il décide de réaliser son premier documentaire "entièrement auto-produit" et suit caméra au poing le parcours trépidant des quatre jeunes Séquano-Dionysien∙ne∙s.
"Nous avons lancé une cagnotte sur internet et mobilisé la population par le biais des réseaux sociaux et d’une campagne d’affichage" , précise avec bonne humeur Youssef Belghmaidi, femme transgenre d’Aubervilliers et porte-parole truculente du groupe. Autre étape des préparatifs et non des moindres : trouver des allié∙e∙s parmi les autres structures. Pour cela, le collectif réussit à se faire connaître puis à mobiliser des ONG comme Act Up, David et Jonathan, Acceptess Transgenres, Divines LGBTQI+ sous des mots d’ordre collectifs, malgré quelques brouilles entre militant∙e∙s.
La caméra suit également les membres de l’association lorsqu’ils distribuent des flyers devant une bouche de métro et assiste à certaines réactions homophobes de voyageurs, contrebalancées par l’optimisme à toute épreuve des bénévoles persuadé∙e∙s que "les gens changeront en rencontrant des personnes LGBT".
Le combat mené par les quatre ami∙e∙s n’est pas exempt de contraintes : budget, réticences des habitant∙e∙s et craintes pour la sécurité de l’événement... mais les deux néo-documentaristes s’attachent surtout à montrer l’énergie communicative des organisateur∙rice∙s et la bienveillance des habitant∙e∙s de Saint-Denis, loin des stéréotypes.

La naissance d’un mouvement LGBT dans les quartiers

"On habite pratiquement tous en Seine-Saint-Denis" affirme le Dionysien Luca Poissonnet. "Et on ne se reconnaît pas forcément dans la gay-pride parisienne". Les quatre militant∙e∙s pour la plupart étudiant∙e∙s en sciences politiques à Paris 8, souhaitent donner plus de visibilité aux lesbiennes, gays, bisexuel∙le∙s et transsexuel∙le∙s de banlieue, victimes selon eux∙elles de discriminations "intersectionnelles" (traduisez : cumulées).
Ce documentaire lumineux, en filmant le quotidien des jeunes gens, met au jour un fascinant processus d’affirmation de la parole. En multipliant les échanges avec les riverains et les médias, les quatre ami∙e∙s prônent l’inclusivité de la mobilisation et détournent habilement les clichés de quartiers populaires sexistes et forcément LGBTphobes. Annabelle Redortier, la seule Parisienne du groupe également intervenante en milieu scolaire pour SOS homophobie aimerait "que les gens se parlent et détruisent les tabous autour de la sexualité" afin d’élargir le champ de vision des personnes hétéro-centré∙e∙s.
Les jeunes gens, drôles et très naturels devant la caméra, se frottent avec le piquant des premières fois à la mise en place d’une stratégie de communication lors du choix du slogan, des réunions avec les élu∙e∙s et des passages redoutés à la radio ou sur BFMTV. Confronté∙e∙s aux exigences d’une presse audiovisuelle avide de "petites phrases", ils∙elle∙s mesureront, au fur et à mesure que grossit leur exposition médiatique, l’importance de préparer leur prise de parole et de trouver les bons mots pour fédérer le plus grand nombre.

La crise de la covid, qui a empêché la Marche des fiertés 2020 en banlieue de se tenir, n’a pas vraiment aidé ce rafraîchissant documentaire à trouver son public en Seine-Saint-Denis. Diffusé quelques jours au cinéma L’Écran de Saint-Denis, "La première marche" est à l’affiche du MK2 Beaubourg de Paris jusqu’au mardi 3 novembre et restera visible dans plusieurs salles de province. Le Département de son côté, très attaché aux droits des personnes LGBT, diffusera prochainement un guide contre les discriminations où la question de la lutte contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle figure en bonne place.

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De gauche à droite : Youssef Belghmaidi, Yanis Khames, Annabelle Redortier et Luca Poissonnet

Crédit-photo : Outplay films

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