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La Seine-Saint-Denis défend son projet olympique

Jeudi 10 septembre, plusieurs élus de Seine-Saint-Denis ont alerté sur un possible « détricotage » des installations des Jeux olympiques de 2024 pour le territoire. Alors que deux réunions importantes du Comité d’organisation des Jeux approchent, plusieurs rumeurs tenaces indiquent en effet que le département pourrait perdre plusieurs épreuves olympiques dont la natation, affaiblissant par là-même aussi le volet héritage.

« La Seine-Saint-Denis ne peut être une variable d’ajustement des Jeux ! » En ce jeudi ensoleillé, quatre élus en colère de Seine-Saint-Denis s’étaient donné rendez-vous devant le Stade de France. Le but de cette conférence de presse transpartisane entre le président du Conseil départemental Stéphane Troussel (PS) et trois maires de Seine-Saint-Denis Mathieu Hanotin (Saint-Denis, PS), Quentin Gesell (Dugny, DVD) et Jean-Baptiste Borsali (Le Bourget) : sonner la charge contre « une petite musique désagréable qui se fait entendre depuis maintenant quelques mois. »
Une petite musique lancinante qui voudrait que pour mener à bien des économies dans la programmation des Jeux, le Comité d’Organisation des Jeux (COJO) déshabille avant tout la Seine-Saint-Denis des projets qu’on lui avait un temps promis.

Lignes rouges

Pour anticiper d’éventuels surcoûts qui pourraient être induits par l’épidémie de Covid, le COJO a en effet décidé de se donner une « marge de manœuvre » de l’ordre de 400 millions d’euros, s’attaquant notamment aux équipements temporaires dans le projet des Jeux. Or, alors que deux réunions importantes du COJO approchent (la réunion du Bureau du COJO mardi 15 et le Conseil d’Administration du COJO, le 30), on murmure que c’est justement la Seine-Saint-Denis qui pourrait être la plus pénalisée par cette politique d’économies. Le territoire pourrait perdre deux épreuves supplémentaires : l’épreuve-reine de la natation et le volley-ball après avoir déjà vu filer le badminton vers la nouvelle Arena de La Chapelle. Pire : le volley-ball quittant la zone olympique du Bourget, qui ne conserverait alors plus que le tir, le Village des médias, prévu à proximité, pourrait lui aussi subir une réduction conséquente.
En juillet, Tony Estanguet, président d’un COJO déjà à la recherche d’économies, avait pourtant réassuré le département de son soutien : « notre objectif, c’est de garder les grands équilibres pour que la Seine-Saint-Denis puisse continuer à être un des poumons des Jeux. La présence du village des athlètes, du stade de France en atteste, de même d’ailleurs que l’implantation du siège du COJO en Seine-Saint-Denis en 2021 : on a envie que ce territoire reste au cœur des Jeux. », avait-il promis, de passage à La Courneuve.
Mais devant les rumeurs allant bon train, les quatre élus de Seine-Saint-Denis avaient décidé de ne pas laisser passer ce « détricotage progressif »
« Compte tenu de la crise économique et sociale qui frappe le pays, il est légitime de vouloir bien dépenser, de donner dans la sobriété, mais de là à mettre en danger l’héritage olympique pour la Seine-Saint-Denis ! Concernant la transformation de ces territoires, certaines lignes rouges ne peuvent être franchies », martelait Stéphane Troussel.
Parmi ces lignes rouges, il y avait d’abord la perte de la natation. Prévues initialement dans un stade démontable à côté du nouveau centre aquatique de Saint-Denis, ces épreuves pourraient migrer vers la Paris-La Défense Arena à Nanterre, dont les gradins, déjà existants, n’auraient pas à être construits. Un sujet qui provoquait le courroux de Mathieu Hanotin, récemment élu maire de Saint-Denis. « Il y a besoin de symboles. Qu’est-ce qui peut mieux montrer que les banlieues sont une chance pour le pays que de leur confier une des épreuves-reines de ces Jeux ? Donc on pense que dire à la Seine-Saint-Denis : « on vous enlève la natation » n’est pas le bon symbole. », soulignait-il. Et d’ajouter que ce retrait de la natation serait d’autant plus malvenu que « le savoir-nager a souvent été cité en exemple d’héritage » pour des enfants de Seine-Saint-Denis, dont la moitié, à leur arrivée en sixième, ne savent pas nager… Mi-figue mi-raisin, celui qui est aussi nouveau président de la communauté d’agglomération Plaine Commune ironisait : « heureusement que le Stade de France est déjà construit parce que sinon... »

« Ne pas retirer l’espoir »

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Image d’architecte du Village des médias, menacé dans la nouvelle mouture des Jeux

Deuxième ligne rouge : le Village des médias. Porté en maîtrise d’ouvrage par la Solideo, cet ensemble de logements prévu à Dugny et au Bourget devait héberger les journalistes durant la compétition avant d’être reconverti en un éco-quartier de 1300 logements. Problème : la voilure pourrait être largement réduite, un des deux lots prévus au départ devant purement et simplement disparaître. « J’ai d’abord entendu que ce serait le plus petit des deux lots qui serait supprimé avant d’entendre l’inverse (soit seulement 300 logements post-Jeux, ndlr)… Or, supprimer le plus grand serait pire que tout, sachant que c’est sur celui-ci que doivent se trouver aussi une école, une crèche et un gymnase… D’un projet qui offrait une vraie dynamique pour la ville, avec en plus une dimension écologique, on passerait donc à un quartier au milieu de nulle part, sans équipements… J’en appelle vraiment à la sagesse de tout le monde », exposait Quentin Gesell, nouvellement élu à Dugny. Jean-Baptiste Borsali, maire du Bourget, lui emboîtait le pas : « On ne peut pas donner de l’espoir aux gens et tout à coup le retirer. Il ne faut pas que la Seine-Saint-Denis soit sacrifiée comme toujours sur l’autel des économies », ponctuait cet élu, qui pointait aussi le possible effet domino sur les transports et la jonction des nouvelles lignes 16 et 17 au Bourget annoncée juste avant les Jeux. « Il ne faudrait pas non plus perdre cette ambition d’être à l’heure sur les transports car c’est aussi un service à rendre aux habitants », remarquait-il.
Ouverts au dialogue, les quatre élus indiquaient avoir fait des propositions au COJO et à la Solideo pour ne pas dénaturer le projet initial des Jeux. « La question du nombre d’épreuves en Seine-Saint-Denis reste posée. », insistait ainsi Mathieu Hanotin qui confirmait avoir entendu parler de l’arrivée du rugby à 7 et de l’escalade en Seine-Saint-Denis pour compenser le départ de la natation. « Si les discussions bloquent, je demanderai en tout cas au CA du COJO des études pour savoir combien aurait coûté la suppression de structures temporaires autres que le stade de natation et le volley, pour pouvoir comparer », assurait-il.
Stéphane Troussel, qui rencontrera prochainement le Premier ministre Jean Castex sur le sujet, appelait lui aussi à poursuivre le dialogue. Tout en faisant lui aussi entendre une petite musique : « Tout le monde a pris des engagements dans ce dossier, le COJO, la Solideo, l’État, mais nous aussi. Le Conseil départemental a décidé à l’unanimité d’injecter 67 millions d’euros dans le projet des Jeux parce que nous y voyons un levier de transformation pour le territoire. Au total, avec les investissements des différentes communautés d’agglo, la Seine-Saint-Denis et ses habitants contribuent à hauteur de 140 millions d’euros (sur les 1,4 milliard d’euros payés par des financeurs publics, ndlr). Mais ces engagements financiers sont bien sûr liés à des équipements sportifs rénovés, des voiries refaites, des réalisations en termes de transports, de logements. Si cela fait défaut, tout le monde devra en rendre compte... » Les Jeux, en Seine-Saint-Denis, sont décidément un sport de combat.

Christophe Lehousse
Photos : ©Bruno Lévy

- Ce qui est menacé en Seine-Saint-Denis par le plan d’économies à venir :
*Les épreuves de natation, la finale du water-polo à Saint-Denis ; le volley-ball sur le site du Bourget
*La cérémonie d’ouverture des Jeux au Stade de France (éventuellement déplacée sur les Champs-Elysées)
*Sur la partie héritage : les 1300 logements du Village des médias à Dugny-Le Bourget, ainsi que 2 écoles au Bourget et une école, un gymnase et une crèche à Dugny
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