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Seine Saint-Denis
Mineurs non accompagnés

La Seine-Saint-Denis au procès Éric Zemmour

Mercredi 8 septembre, Stéphane Troussel, président du Département de la Seine-Saint-Denis, était présent en tant que victime au procès de M. Éric Zemmour jugé pour « provocation à la haine raciale » et « injure raciale ».

Le chroniqueur de CNews avait déclaré le 29 septembre 2020 : « Les mineurs isolés sont pour la plupart des voleurs, des violeurs, des assassins. » Sa déclaration faisait suite à l’attaque à la machette, le 25 septembre 2020, de policiers devant les anciens locaux de Charlie Hebdo par un homme de 25 ans, qualifié à tort de mineur isolé.

Le 2 octobre 2020, le Département de la Seine-Saint-Denis avait porté plainte contre M. Zemmour, comme 22 Départements et 11 associations. Lors de cette première audience, le 8 septembre, la 17e chambre correctionnelle du Tribunal judiciaire de Paris juge désormais la responsabilité directe de M. Zemmour. Le Département de la Seine-Saint-Denis qui accueille et prend en charge avec Paris environ la moitié des MNA arrivant sur le sol national au titre de l’Aide sociale à l’Enfance a décidé de se porter partie civile.

Le 18 mars 2021, le Conseil supérieur de l’audiovisuel avait condamné la chaîne CNews à 200 000 € d’amende, estimant ces propos de nature à inciter à la haine envers les mineurs étrangers isolés, et à encourager des comportements discriminatoires en véhiculant de nombreux stéréotypes particulièrement infamants à leur égard.

Isabelle Lopez

« Intolérable ! »

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« L’escalade des propos haineux de la part de M. Zemmour, qui lui ont déjà valu d’être condamné par le passé, est absolument intolérable. En portant plainte au nom du Département, nous refusons que ces propos soient banalisés, et que soient mis·e·s en cause les mineur·e·s étranger·e·s isolé·e·s qui viennent demander protection en France, ainsi que toutes celles et ceux qui travaillent du mieux possible à leur offrir. Nous rappelons également l’engagement de la Seine-Saint-Denis contre toutes formes de discriminations, qui n’ont d’autre but que d’attiser les tensions présentes dans notre société. »

Stéphane Troussel, président du Département de la Seine-Saint-Denis

John, Ousmane, et F. mineur·e·s isolé·e·s en Seine-Saint-Denis…

John originaire de Sierra Leone

« Un soir, tout le quartier est venu pour me tuer. Je reste dans ma chambre. Je pleure. Je n’arrive pas à sortir. » John se remémore les groupes d’hommes qui l’attendent dehors avec des bouts de bois, le menaçant de mort. Victime de persécutions, il fuit son pays en catastrophe pour sauver sa vie.

Comme il est mineur à son arrivée le 5 avril 2017, il est pris en charge par l’Ase. En zone d’attente de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, il demande l’asile afin d’être reconnu comme réfugié. Il est ensuite confié à un foyer d’urgence. Puis, il rejoint le CDEF de Montfermeil, un foyer pour ados et jeunes majeur·e·s jusqu’en février 2018.

Une fois majeur, le Département de la Seine-Saint-Denis lui propose de signer un contrat jeune majeur qui lui permet d’étudier la plomberie dans un CFA de Saint-Denis, de travailler dans une entreprise de Romainville et d’être suivi par Bruno, éducateur à l’association En Temps, à Montreuil.

Budget, scolarité, santé, couverture maladie, carte de séjour… à intervalle régulier, les services de l’Ase de Seine-Saint-Denis vérifient si tout va bien… Et tout va bien : des bulletins scolaires irréprochables, aux premières fiches de paye, en passant par le récépissé lui reconnaissant une protection internationale.

Lorsqu’il se remémore son parcours, l’émotion l’étreint : « Quand je suis arrivé, je ne savais pas dire bonjour, maintenant je veux dire merci »

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Ousmane, originaire de Guinée


"Après le décès de mes parents, mon frère Tierno et moi avons été confiés à mon oncle. Nous avons dû arrêter nos études pour travailler. Avec le peu d’argent que nous avons pu économiser avec Tierno, nous avons marché à travers le Mali, l’Algérie, le Maroc, puis l’Espagne où les policiers nous ont séparés. J’ai hélas perdu sa trace mais j’ai quand même voulu rejoindre la France dont je maîtrise la langue. Je voulais essayer d’avoir un avenir.

Arrivé en Seine-Saint-Denis, j’ai connu trois mois de squats avant d’être aidé et pris en charge par le Département. Depuis, je me sens beaucoup moins seul. Je suis logé à l’hôtel. J’ai commencé une formation dans le bâtiment à Saint-Ouen. Plus tard, j’aimerais rendre à la France ce qu’elle m’a donné en construisant de belles choses pour elle."

F., originaire du Nigeria

« Je suis née dans une famille nombreuse démunie. À 16 ans, j’ai voulu aider financièrement mes parents. J’ai pris l’avion pour la France en passant par des intermédiaires. Arrivée à Roissy, j’étais complètement paumée. Des policiers m’ont conseillé d’aller à la Croix Rouge qui m’a accompagnée pour rencontrer la juge. Les travailleurs sociaux m’ont dissuadé de rappeler les contacts que j’avais. Je pense qu’ils m’ont sauvé des griffes de terribles trafics. J’ai été placée dans un foyer d’urgence au Blanc-Mesnil puis dans un établissement à Deauville où j’ai pu aller à l’école. À 17 ans, j’ai signé un Contrat jeune majeur avec l’ASE, qui m’a permis de suivre une formation professionnelle. Grâce à leur soutien et à celui de ma marraine Charlotte, je suis maintenant auxiliaire de vie dans une résidence autonomie à Deauville. Je me sens extrêmement redevable à mon pays d’accueil. »


Charlotte, 44 ans, marraine d’une mineure isolée

«  J’ai longtemps été membre d’associations humanitaires. Les drames en Méditerranée m’interpellaient. Je suis tombée sur internet sur une proposition de France parrainages pour accompagner un mineur isolé. L’idée de rencontrer une personne de culture différente me plaisait et j’ai assisté à une réunion d’information puis candidaté. J’ai pu rencontrer F. en 2017. Le courant est tout de suite passé. On a fait pas mal de sorties (balades à Paris, week-ends…). Elle m’apporte énormément. J’espère l’avoir aidé à mieux comprendre les codes de notre société. F. qui a beaucoup de courage, a dû apprendre le français à toute vitesse, gérer des dossiers administratifs complexes, s’insérer professionnellement malgré tous les obstacles… J’espère lui avoir donné des armes pour qu’elle devienne une femme libre et épanouie dans notre pays. »

Témoignages recueillis par Carine Arassus

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