Catégories
Seine Saint-Denis
Bobigny Théâtre

La Master Class 93 forme les acteur∙rice∙s de demain

Depuis 2015, la scène nationale de la MC93, à Bobigny, accueille une classe préparatoire "Égalité des chances" destinée à aider une douzaine d’étudiant·e·s par an à passer les concours d’écoles supérieures de théâtre. Reportage en coulisses dans les salles de répétition de la MC93.

« Concentrez-vous sur le fin fond du sens de votre partition », conseille la professeure principale Valentina Fago à ses élèves. « Il faut chercher l’endroit où le texte vous remue pour happer émotionnellement le spectateur et le faire entrer dans l’univers poétique de l’auteur ».

Faciliter l’accès au métier de comédien∙ne

La classe préparatoire "Égalité des chances" accompagne tous les ans une douzaine de jeunes gens sélectionné·e·s sur critères sociaux ou issu·e·s des conservatoires partenaires d’Aubervilliers - La Courneuve, Bobigny et Pantin. Composée d’un cursus de 1000 heures de formation, la Master Class 93 se déroule sur deux ans avec possibilité de passer les concours d’écoles supérieures de théâtre dès la première année. Et la période tant redoutée des auditions démarre début janvier sur les plateaux du Théâtre National de Strasbourg et s’étale jusqu’à fin mai auprès des onze autres écoles supérieures de théâtre de Paris et de province.
Les jeunes, dirigé·e·s avec énergie par leur professeur principale, répètent avec fébrilité un monologue du dramaturge allemand Heiner Müller inspiré d’une métamorphose entre Hercule et l’Hydre de Lerne. « Ce passage qui révèle la confrontation à sa propre part de monstruosité et de douleur est une véritable performance » confie Paul, futur comédien. « Il faut aller chercher en soi des tensions extrêmement fines pour porter au mieux le texte et le jouer de manière authentique ».

JPEG - 121.3 ko

Des concours particulièrement exigeants

Les étudiant·e·s de la Master Class 93 ont suivi un cursus théâtre de trois ou quatre ans au sein de conservatoires locaux ou entre les murs de l’association Mille visages qui soutient les jeunes talents issus des quartiers prioritaires. Gabor et Felipe, originaires de Neufchâtel en Suisse et du nord du Brésil, ont quant à eux traversé des frontières pour percer dans la « patrie des arts et de la culture ». Ces jeunes talents sont tous passionnés et comme Manon « ne se sentent utiles que sur les planches d’un théâtre ».
Les douze élèves suivent depuis le début de l’année académique des ateliers de diction, d’expression corporelle, de dramaturgie, d’improvisation dans les salles de répétition de la MC93 et un cours de culture théâtrale à la faculté. Leurs professeur·e·s leur apprennent également à gérer leur stress à l’approche de concours particulièrement sélectifs.
« Nos jeunes ont été sélectionnés parmi quatre-vingts candidats à la classe préparatoire Égalité des chances » explique le coordinateur Alcide Lebreton. « Pour entrer dans les écoles nationales d’art dramatique, ce sera un cran au-dessus avec un taux d’admission global entre 5 et 10% ». Ces douze écoles publiques de théâtre (CNSAD, ENSATT, École de la Comédie, ESAD…), véritables « usines à acteurs », forment en trois ans des comédien·ne·s professionnel·le·s capables de s’adapter à tout type de scènes et de créations.

Les étudiant·e·s de la classe préparatoire de Bobigny savent que « la profession de comédien est un long chemin qui nécessite de faire sans arrêt ses preuves ». Ils s’attendent à avoir « des trous dans leur carrière, des doutes », mais ne renonceraient pour rien au monde au théâtre, qu’ils perçoivent comme « un moyen de regarder le monde » et en aucun cas un divertissement. Les auditions débutant en janvier, croisons les doigts pour que Cyndi, Jessim, Aude, Paul, Gabriel, Félipe, Claire, Gabor, Faouzi, Kervens, Manon et Zaina puissent réaliser leur rêve et se faire « passeurs » d’histoires et d’émotions auprès du grand public.

UNE PRÉPARATION SUR-MESURE POUR LES FUTUR·E·S ARTISTES

JPEG - 29.7 ko

Alcide Lebreton, coordinateur de la classe préparatoire Égalité des chances

"Un étudiant sur deux intègre une École supérieure d’art dramatique après avoir suivi notre Prépa’Théâtre 93 gratuite. Nous avons mis le pied à l’étrier à des jeunes qui ont cartonné comme Lyna Khoudri, premier rôle du récent film Papicha.
Nos élèves ont la chance d’être imprégnés d’un environnement artistique exceptionnel au sein de la Maison de la Culture de la Seine-Saint-Denis. Ils rencontrent des metteurs en scène, des artistes, voient gratuitement les spectacles de l’établissement et observent les coulisses des représentations : création des décors, des lumières, des costumes… Les étudiants ont également suivi un stage d’immersion avec des auteurs entre les murs de la chartreuse de Villeneuve-Lez-Avignon et ont pu étudier des œuvres contemporaines qu’ils seront peut-être amenés à jouer dans leur future carrière."

JPEG - 91.8 ko

Valentina Fago, professeure principale et comédienne

"Un bon acteur doit intégrer son texte dans la mémoire du corps et être sur les planches dans un juste équilibre entre le contrôle et le lâcher-prise. Je conseille à mes étudiants d’être indulgents envers eux-mêmes et de considérer le théâtre comme un processus d’apprentissage qui n’a pas de fin. L’essentiel consiste à rester émerveillé, curieux pour une résonance dans un texte, un geste de leur camarade sur le plateau… De surcroît, le passage d’un concours de théâtre n’est pas une montée à l’échafaud : le jury peut se tromper et passer à côté de candidats brillants. En multipliant les auditions, les élèves réussiront à améliorer leur interprétation et créer ce fluide immatériel si précieux entre eux et les spectateurs."

Si vous êtes amoureux·euse de théâtre…

Les étudiant·e·s de la promotion 2019/2020 vous invitent mardi 25 février à midi au campus de Bobigny de l’Université Paris 13 pour une lecture publique de Grenouille, une oeuvre coup de poing de Leila Cassan et Hélène Jacquel, interprétée dans le cadre du festival Roulez jeunesse.

Ils·elles vous proposent également d’assister à des saynètes de théâtre samedi 13 juin après-midi à la Maison d’Elsa Triolet et de Louis Aragon (moulin de Saint-Arnoult-en-Yvelines), à l’occasion des cinquante ans de la mort de l’écrivaine.

Des moments d’émotions poétiques pour toute la famille à ne pas manquer…

Crédit photo : ©Alain Richard et Carine Arassus

à lire aussi
Coronavirus Cinéma

« Soutenir toutes les salles de cinéma sans exception ! »

Le monde du cinéma est en émoi. De nombreuses salles en gestion publique risquent de se voir exclues des aides de l’Etat (50 millions d’euros) pour compenser les pertes d’exploitation en ces temps difficiles de Covid. En Seine-Saint-Denis, cela concernerait 19 salles, sur les 25 que compte le réseau Cinémas 93. Interview avec son directeur Vincent Merlin.

Livres

Décryptage de la violence

Dans son livre "Laisse pas traîner ton fils", l’écrivain dionysien Rachid Santaki part d’un fait divers sanglant et dresse le portrait d’une jeunesse en proie à la violence, dans la rue, la famille et les réseaux sociaux.

Stains Théâtre

Sonja Mazouz, Studio number one

Cette ancienne danseuse-comédienne est entrée dans la profession grâce au Studio Théâtre de Stains. Désormais coach de gym pilates après une carrière bien remplie, elle revient toutefois à ses premières amours et répète actuellement la nouvelle pièce du STS, « Rousseau et Jean-Jacques » qui sera jouée quand les théâtres pourront rouvrir. Portrait.

Saint-Denis In Seine-Saint-Denis Littérature jeunesse

Le "road-movie" confiné de trois Séquano-Dionysiennes

Avec « La nuit tombe, Maman rêve », Cécile Dumoutier, Luna Granada et Eve Gentilhomme signent un album jeunesse plein de rêve et de poésie, qui aborde avec légèreté des thèmes peu traités dans les livres pour enfants comme la monoparentalité. Cet ouvrage 100 % made in Seine-Saint-Denis, puisque l’éditrice et l’auteure sont dionysiennes, sera aussi présenté lors de l’édition virtuelle du Salon du Livre de Montreuil.