La Cité maraîchère: quand on cultive en ville

La Cité maraîchère: quand on cultive en ville
Agriculture urbaine

Au cœur du quartier Marcel-Cachin, à dix minutes du centre de Romainville, se dresse la Cité Maraîchère. Ouvertes en 2021 avec le soutien notamment du Département, ces serres verticales accueillent toutes les semaines des habitants et des scolaires pour les sensibiliser à l’agriculture urbaine et au bien-manger.

On connaissait la « Cité interdite » à Pékin, la « Cité radieuse » à Marseille, la « Cité de la peur » au cinéma, désormais il faut compter avec la Cité Maraîchère à Romainville. Certains l’ont baptisée première ferme verticale de France, et en effet cet équipement ne passe pas inaperçu dans son environnement. Deux serres verticales, à la transparence lumineuse, dominent le quartier Marcel-Cachin, à deux pas de la Médiathèque Romain-Rolland et de la Maison des aînés. Elles constituent désormais pour ses habitants et la ville, un totem dédiée à l’agriculture urbaine. En réintroduisant de l’activité maraîchère à Romainville, celle-ci renoue avec son passé de ville nourricière.


Ce projet a vu le jour en janvier 2021, alors que la crise sanitaire frappait de tous les côtés. Deux tours de 3 et 6 étages, 24 mètres de hauteur pour la plus grande, habillées de verre afin de recevoir chaleur et lumière du soleil… La Cité maraîchère se propose non seulement d’attiser la réflexion mais aussi de proposer des alternatives face aux enjeux qui touchent à l’alimentation.


C’est un lieu de production maraîchère où différentes espèces de légumes et de fruits sont produits. C’est aussi un lieu de sensibilisation, de pédagogie et de formation via des ateliers destinés à tous les publics prenant en compte la nature en ville, l’éco-citoyenneté et l’alimentation durable. C’est enfin, un lieu convivial et solidaire avec son Café-Cantine (le restaurant Les Cheffes) qui participe pleinement au développement et au rayonnement de la Cité en renforçant le lien social et la vie du quartier.

Reportage

Une ruche maraîchère

Ce jour-là de mars, le soleil est de la partie, et la Cité est en pleine ébullition. Vacances solaires obligent, les enfants du centre de loisirs Marcel Cachin sont là, les Cheffes (Léa, Hawa, Lauranne) s’activent à la restauration, et aux étages, on s’apprête à accueillir des visiteurs pour leur faire découvrir les serres.

Dès la porte franchie, en ce début d’après-midi, on est surpris de découvrir encore à table, une dizaines de convives finissant leur repas. Et quand une brigade s’approche, gâteau d’anniversaire en tête, chantant à gorge déployée Happy Birthday, on comprend mieux. Ambiance sympa et conviviale au Café Cantine de la Cité maraîchère. À l’écart, une jeune femme achève son repas tranquillement. « Oui je viens souvent ici, car étant kiné, je vois des personnages âgées tout autour. » Sylvia (35 ans) a découvert le lieu l’an dernier, lors de portes ouvertes, et depuis y déjeune deux fois par semaine. « Une salade, des penne avec une sauce courgette, le tout pour 10€, c’est plutôt intéressant par les temps qui courent. »

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Cinq mois après l’ouverture de la Cité Maraîchère, le Café Cantine a ouvert ses portes. « Nous sommes là depuis un an et demi », annonce Hawa, ancienne attachée de presse, reconvertie dans le domaine culinaire. Avec ses deux compères Léa et Lauranne, elles ont répondu à un appel à projets lancé par la Ville de Romainville, et l’ont remporté. Elles se débrouillent comme des cheffes, et c’est tout naturellement qu’elles ont donné à leur restaurant le nom de Cheffes, dont elles sont particulièrement fières. Léa, orthophoniste de formation, a elle aussi décidé de tourner la page et de se reconvertir. Quand à Lauranne, après un CAP de pâtisserie, elle a travaillé avec les plus grands et acquis une sacrée réputation… Lenôtre, Ladurée, Mama Shelter.


Deux Pantinoises et une Romainvilloise, trois copines, l’affaire est 100% séquano-dionysienne. Avec un statut de société privée, elles ont signé une convention d’occupation pour 5 ans, renouvelable. Tous les midis, avec leur équipe où de nombreux apprentis font leurs premières armes, elles assurent entre 40 et 50 repas.

Cadran solaire et boussole

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Un peu plus loin, des enfants sont déjà en train de partir à l’assaut des tours, un peu comme Charlie visiterait la Chocolaterie. « Nous proposons en direction des enfants, près de 1000 ateliers par an, explique Adrianna Le Goff, responsable des animations à la Cité maraîchère. La plupart se font sur le temps scolaire et périscolaire. Ils sont répartis en fonction des effectifs de chaque école afin que tout le monde puisse en bénéficier sur la ville. » Aujourd’hui, les enfants du centre de loisirs Marcel Cachin sont sur place, où cet après-midi, ils vont jouer aux aventuriers en construisant chacun, un cadran solaire et une boussole. « Nous avons récupéré des cartons, précise Adrianna, des cagettes et des bouchons pour réaliser les objets. On leur a appris à lire l’heure sur un cadran solaire et à trouver le nord. Cela leur sera bien utile au moment des futures plantations. »

Un chantier d’insertion professionnelle

La Cité Maraîchère, structure municipale, est conventionnée depuis 2021 par l’Etat Agence communale de la transition écologique et solidaire (ACTES). Elle a pour mission d’accompagner des personnes éloignées de l’emploi. Ici, l’équipe est composée de 4 encadrants et de personnes en parcours d’insertion avec des contrats de 2 ans maximum. « Ils sont accompagnés pendant toute la durée de leur contrat afin de trouver un emploi durable et définir leur projet professionnel », souligne Yuna Conan, la directrice. Les métiers proposés dans ce lieu concernent le maraîchage, l’éco-animation et l’éco-entretien.
« Certains n’avaient jamais travaillé avec des enfants ou n’avaient jamais mis les mains dans la terre !, indique Adrianna Le Goff. Mais ces personnes apprennent en situation de travail. Tous les thèmes de la transition écologique sont abordés, de l’atelier jardinage à l’atelier zéro déchet ou la fabrication d’objets en récup’. »

L’exploitation maraîchère

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Nous voici enfin au cœur de ce projet d’agriculture urbaine financé pour partie par le Département de la Seine-Saint-Denis. Lors de son lancement, cet équipement s’était donné pour objectif de produire, chaque année, plusieurs tonnes de champignons de Paris et de shitaké, des champignons japonais très prisés ainsi que des endives (en sous-sol) ; et plus d’une dizaine de tonnes de fruits et légumes sur 1000 m2 de surface cultivable. Plus de 700 bacs ont été répartis sur les deux ailes du bâtiment pour faire pousser des épinards, des salades, de la roquette, des radis, des micro-pousses, des betteraves. Dès le mois d’avril, les cultures d’été prennent le relais, avec tomates, courgettes et aubergines. « Si la quantité n’est pas énorme, concède Adrianna, la qualité est au rendez-vous ! Nous n’avons pas le label Bio, car pour l’obtenir, il faut cultiver en pleine terre et non hors-sol. Mais les habitants qui viennent faire leur marché le mercredi soir, peuvent acheter des tomates qui ont été récoltées quelques heures avant ! »

Petit bémol néanmoins, en raison de la conception même du bâtiment, l’équipe s’est heurtée à des difficultés pour faire pousser ses légumes sur les étages inférieurs, en particulier sur le premier. Yuna Conan explique : « Nous avons décidé de transformer le premier étage en espace de transformation alimentaire et lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) il y a an. C’est une structure issue de l’économie sociale et solidaire qui l’a remporté : « le Jardin e(s)t la recette ». Bénédicte qui s’en occupe, accompagne des ateliers dans la reconnaissance de plantes sauvages comestibles dans les jardins de particuliers. Après les avoir déshydratées, elle propose des préparations sèches, du pesto, des tisanes, ou des épices qui ne poussent pas sous nos latitudes, tel le gomasio. »


Les bacs installés au premier étage ont été déménagés dans un jardin, le CasseDalle, situé à 5 minutes de la Cité. Là, les habitants participent aux activités de maraîchage tous les vendredis matin. Un chantier participatif de rénovation du mur à pêches va même être lancé, un collectif s’est monté autour d’un poulailler. « C’est avant tout pédagogique ! », lance Yuna Conan.


Quant à nos trois cheffes, inutile de vous dire qu’elles se régalent devant toutes ces initiatives et ne manquent pas de se ravitailler là, à chaque fois qu’il le faut.

Claude Bardavid

Où ? Quand ? Comment ?

La Cité Maraîchère de Romainville
6, rue Albert Giry

Accueil et renseignements, tous les mercredis de 14h à 16h dans le hall

Le marché

Tous les mercredis, à partir de 17h
Un tarif réduit est proposé aux Romainvillois·es en fonction des quotients familiaux

Le club maraîchage

Tous les samedis de 11h à 12h pour les enfants de 5 à 10 ans.
De 14h à 16h pour des ateliers grand public

Rénovation d’un mur à pêches au jardin CasseDalle
Un chantier participatif ouvert à toutes et tous !
du jeudi 13 au mardi 18 avril.

Inscriptions (par demi-journées) : contact@lacitemaraichere.com 
Le Jardin CasseDalle – 56 avenue Verdun, 93100 Romainville

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