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La Basilique de Saint-Denis accueille de nouvelles reines

Jusqu’au 30 juin, le photographe Arilès de Tizi expose sept grands portraits de femmes issues de l’immigration dans la Basilique de Saint-Denis. Un projet né au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 et qui entend cultiver le vivre ensemble qui fait parfois défaut à notre pays.

Le regard de la reine Ama est évanescent, il parle à la fois d’un ailleurs et d’un ici et maintenant. Sur son épaule droite repose une main protectrice qu’on imagine être celle d’une de ses filles. Le tout compose un ensemble touchant qui ne dépare pas avec les gisants de Catherine de Médicis ou d’Anne de Bretagne qui reposent à deux pas de là.

Comment ? La Basilique de Saint-Denis aurait-elle récemment accueilli les dépouilles de reines de France oubliées ? D’une certaine manière, oui. Ama – la propre grand-mère de l’artiste - et les six autres portraits de femmes exposées dans la crypte de la Basilique sont les reines d’un jour de l’artiste Arilès de Tizi. Sept femmes issues de l’immigration que ce photographe de 33 ans a voulu mettre à l’honneur pour rappeler qu’elles aussi faisaient partie prenante de l’histoire de France.

« Ce projet est véritablement né le lendemain des attentats du 13 novembre, se souvient l’artiste. Certains ont alors voulu nous faire croire que le problème venait de l’extérieur alors qu’il s’enracine dans un malaise social bien français. Je pense notamment que beaucoup de jeunes Français issus de l’immigration se sentent exclus de l’histoire de France et qu’il est urgent de les y reconnecter. Ma réponse en tant qu’artiste, c’était de mettre les photos de certaines femmes issues de l’immigration dans la Basilique, à commencer par la photo de ma grand-mère maternelle. »
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@Bruno Lévy

Aïssata, Aïcha ou encore Teresa : les visages de ces femmes, toutes rencontrées sur le marché de Saint-Denis, témoignent donc d’une France par définition multiculturelle, dont le grand défi mais surtout la grande chance est de vivre ensemble. Nombre d’entre elles disent les sacrifices qu’elles ont dû faire au cours de leur vie d’exil, et toutes disent leur fierté d’être ainsi mises en avant. « En tant que femmes, on rentre dans l’histoire. On est considérées comme des reines », se réjouit par exemple Teresa, dont le portrait lumineux en Stabat Mater dégage une sensation de sérénité face aux épreuves de la vie. « Je n’avais jamais osé entrer dans la Basilique. J’avais peur d’être mal accueillie parce que je suis musulmane », explique une autre.

« C’est malheureux à dire, mais pour certains habitants de Saint-Denis, la Basilique, c’est le métro ! », reprend Arilès de Tizi, qui a pu mettre sur pied cette exposition avec l’aide de son complice Ahmed Bouzouaïd, fondateur de l’agence Muse D. Territoires. « Et ceux qui savent ce que c’est n’ont souvent jamais osé y mettre les pieds. Pas souvent par convictions religieuses, plutôt par peur du rejet. Si ce projet peut amener plusieurs communautés à se parler, tisser des ponts entre les gens, alors j’en serai très heureux. »

Ebranlé par les attentats du 13 novembre, Arilès de Tizi a aussi mis beaucoup de lui-même dans cette œuvre. Né à Alger, dans le quartier de Hussein Dey, ce jeune homme a dû fuir avec ses parents la guerre civile algérienne des années 90. Arrivée à Aubervilliers puis à Belleville, sa famille a certes pu tourner la page des menaces de mort, sans passer pour autant à une quiétude absolue. « Ma mère a grandi en France et est ensuite retournée en Algérie à l’âge de 20 ans. Mais elle a dû fuir parce qu’elle était menacée par les fanatiques. Mais quand elle a voulu rentrer en France, les lois Debré avaient fait d’elle une sans-papiers, avec tout ce que ça suppose comme lot de peur et d’insécurité », raconte-t-il avec pudeur.

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Chez cet artiste multi-talents, aussi bien peintre que photographe, c’est d’ailleurs très souvent l’histoire familiale qui sert de moteur de création. En témoigne son nom d’artiste : « J’ai choisi « de Tizi » en hommage à mon grand-père parce que durant la première Guerre Mondiale, l’armée française ne se donnait pas la peine d’enregistrer le nom de famille des « indigènes » comme elle les appelait. Ils mettaient juste leur lieu de provenance. Donc j’ai gardé ça comme nom d’artiste parce que je trouvais qu’ils l’avaient annobli sans le vouloir ».

Aujourd’hui, à 33 ans bien sonnés, Arilès a choisi de transformer cette « rage » en source d’inspiration. Il lui arrive encore de temps en temps de sortir sa bombe de graffeur, comme quand il avait 15 ans et parcourait Belleville avec son « crew », mais c’est davantage par nostalgie pour ses jeunes années. L’artiste, qui a aussi signé de beaux portraits de femmes – en peinture cette fois - sur le marché de Saint-Denis est depuis longtemps passé à autre chose.
« Je veux faire des oeuvres qui ont du sens, qui parlent de mes amis, de ma famille, des raisons pour lesquels le vivre ensemble est parfois si difficile. C’est tout bête, mais pourquoi l’art d’aujourd’hui accorde-t-il encore si peu de place à la représentation des jeunes issus de l’immigration ? », s’interroge ce touche-à-tout qui a par exemple peint certains de ses amis sur des toiles majestueuses, les transposant dans des postures de personnages du Caravage.

Le projet « Mater » en tout cas n’a pas fini de faire parler de lui. Après un passage par Beaubourg cet été, il transitera par Harlem, où Arilès de Tizi s’est livré aux mêmes exercices du portrait avec des Américaines d’origine étrangère. Sachant que les modèles en chair et en os traverseront eux aussi l’Atlantique. Qui aurait dit qu’une reine de France verrait un jour l’Amérique ?

Jusqu’au 30 juin dans la crypte de la Basilique de Saint-Denis.
Plein tarif : 9 euros, tarif réduit : 7 euros ; gratuit pour les demandeurs d’emploi
Les mercredis 12 avril, 26 avril, 10 mai et le vendredi 19 mai à 19h00, visite nocturne de la basilique cathédrale de Saint-Denis, en compagnie de l’artiste Arilès de Tizi et de la guide conférencière Laurence Arias (18 euros))
Une exposition organisée avec le soutien de la ville de Saint-Denis, du Comité départemental de tourisme 93 et de Muse D. Territoires
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