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Seine Saint-Denis
Lutte contre les violences

L’Observatoire des violences faites aux femmes prend une dimension internationale

Cette structure, née en 2002 en Seine-Saint-Denis et à l’origine de plusieurs dispositifs novateurs, fait le pari de s’étendre à l’international. Comme acte fondateur, elle a accueilli pendant une semaine des délégations des Comores et de Palestine pour des visites de terrain et des formations à la lutte contre les violences faites aux femmes.

Deux visites de terrain, une formation au cycle des violences machistes et une rencontre internationale organisée par l’Observatoire… En une semaine, le programme aura été dense pour les délégations comorienne et palestinienne venues en Seine-Saint-Denis à l’invitation de l’Observatoire départemental des violences faites aux femmes.
Cet organisme, né en 2002 sur le territoire de la Seine-Saint-Denis et connu pour ses dispositifs novateurs (le téléphone grave danger, l’ordonnance de protection) a ressenti le besoin de passer un nouveau cap en déclinant à partir de cette année son modèle à l’international. Dans les quatre ans à venir, il a ainsi l’ambition d’essaimer aux Comores, en Palestine mais aussi au Vietnam (délégation absente en raison de la situation liée au Covid) pour porter plus loin son combat contre les violences faites au femmes.
« Cette année, nous en sommes aux 17e Rencontres internationales de Femmes du Monde, donc la dimension internationale est consubstantielle à notre Observatoire. Nous avons simplement franchi un pas de plus en construisant des liens avec plusieurs pays qui sont demandeurs pour faire reculer les violences faites au femmes », témoignait Ernestine Ronai, la fondatrice de l’Observatoire départemental, tout en remarquant que cette coopération fonctionnerait dans les deux sens : « Ce n’est pas seulement apporter mais aussi recevoir. Le téléphone grave danger, ce n’est pas une trouvaille ex-nihilo, c’est quelque chose qui existait en Espagne et que nous avons importé en Seine-Saint-Denis puis généralisé. La lutte contre les violences se nourrit de toutes les bonnes pratiques, où qu’elles soient dans le monde. » « En engageant de longue date notre département dans la lutte contre les violences faites aux femmes, nous avons pu développer en Seine-Saint-Denis un savoir-faire et des dispositifs largement reconnus. Nous sommes donc particulièrement fiers de pouvoir porter aujourd’hui plus loin ce combat. », ajoutait Stéphane Troussel, le président du Conseil départemental.
Le premier partenariat de l’Observatoire se sera établi assez naturellement avec l’île de la Grande Comore et la ville de Jénine, en Cisjordanie, deux territoires où le Département avait déjà engagé des actions de coopération internationale. Le tout étant financé par l’Agence Française de Développement, spécialisée dans l’accompagnement de plusieurs projets de coopération internationale.
« Cette semaine en Seine-Saint-Denis aura été très inspirante, synthétisait après coup Myriam Abdallah. Et cette déléguée à la santé de Ngazidja, l’île de la Grande Comore, d’expliquer : Aux Comores, il existe un service d’écoute pour les femmes victimes de violences. Mais on n’y accueille pas les victimes, c’est simplement pour dénoncer des violences. Il n’y a pas de suivi psychologique, ni de préoccupations de réintégration sociale. C’est là-dessus qu’on doit avancer. »
Ghada Shadeed Abed, avocate et responsable d’une association de protection des femmes à Jénine, en Cisjordanie, insistait elle sur la nécessité de faire avancer l’arsenal législatif : « Face aux violences faites aux femmes, on rencontre plusieurs problèmes en Palestine. Le premier d’entre eux étant que notre Conseil législatif est paralysé depuis 12 ans en raison de l’occupation par Israël. Les codes pénaux de Cisjordanie et de Gaza sont donc très anciens et ne sont pas du tout compatibles avec la réalité actuelle. », insistait cette avocate, par ailleurs auteure d’une étude sur les crimes d’honneur, qui demeurent une réalité préoccupante en Palestine.

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Les délégations comorienne et palestinienne en visite à la Maison des Femmes de Saint-Denis

Les deux délégations tombaient aussi d’accord pour désigner comme un moment fort de leur séjour leur visite de la Maison des Femmes de Saint-Denis. Cette structure de prise en charge des femmes victimes de violence, née en 2016 sur le site de l’hôpital Delafontaine, aura elle aussi ouvert ses portes aux visiteurs palestiniens et comoriens, pour un échange stimulant. « Ne croyez pas qu’en France, le droit à l’avortement ou la protection des enfants s’est fait tout seul. Avant la loi sur l’IVG, 200 000 femmes sont mortes pour avoir tenté d’avorter clandestinement. Dans vos deux pays, les femmes doivent descendre dans la rue », exhortait Ghada Hatem, la médecin cheffe à l’origine de la Maison des Femmes, qui tourne approximativement à 30 consultations par jour. Et de proposer à la délégation palestinienne un guide sur la sexualité à destination des enfants qu’« à ce jour aucun éditeur n’a malheureusement voulu publier au Proche-Orient ».
« Aux Comores, l’avortement et l’inceste sont encore deux sujets tabous, convenait Myriam Abdallah à l’heure de tirer un premier bilan. L’avortement est interdit à moins qu’il ne soit fait pour raisons de santé. Il y a aussi beaucoup d’avortements clandestins, donc autant légaliser à mon sens l’avortement pour protéger ces femmes-là. Quant à l’inceste, les auteurs sont encore trop protégés et la parole des enfants n’est pas assez prise en compte », résumait la responsable.
La prochaine étape est maintenant une visite des équipes de l’Observatoire aux Comores et en Palestine pour s’imprégner des réalités locales et proposer ensemble des solutions adaptées. « La route est encore longue, mais nous sommes endurantes », concluait Ernestine Ronai, pugnace comme toujours.

Christophe Lehousse
Photos : ©Nicolas Moulard

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