Catégories
Seine Saint-Denis
Bobigny Théâtre

L’Europe philosophe en chansons à Bobigny

Le concours européen de la chanson philosophique a eu lieu à la MC 93 du 27 au 29 février. Le vrai-faux concours, mis en scène par le performeur Massimo Furlan, a accueilli dans son jury de grands intellectuels. Mais l’artiste a tenu à conserver la dimension populaire du spectacle.

Vous imaginez-vous Bilal Hassani ou Conchita Wurst vocaliser à propos de la Critique de la raison pure de Kant, ou sur le Contrat social de Rousseau ?

Cette année, du 26 au 29 février 2020, la MC 93 de Bobigny a accueilli l’Eurovision de la philosophie, ou plutôt le « Concours Européen de la chanson philosophique ». Kitsch des costumes et des coiffures, sirupeux des mélodies, polyglossie des paroles, projecteurs multicolores, paillettes et ambiance surchauffée par la compétition... Tous les ingrédients du grand concours européen furent réunis le temps de trois soirées. A quelques différences près.

D’abord, les chansons, qui ne se cantonne pas, une fois n’est pas coutume, à des thèmes badins, mais abordent de grandes questions philosophiques : l’exclusion, la fragilité, les paradoxes ou même le cannibalisme. « Nous avons demandé à 11 philosophes, anthropologues ou historiens des 11 pays de notre tournée d’écrire une chanson en rapport avec leurs travaux actuels.

Ces chansons ont été mises en musique par les élèves de la Haute Ecole de Musique de Lausanne », explique Massimo Furlan, le metteur en scène de ce loufoque dispositif créé par le théâtre de Vidy, en Suisse. Les compositions sont interprétées par deux chanteurs qui se glisseront dans la peau des différents compétiteurs. La chanson en compétition pour la France a par exemple été écrite par Philippe Artières, spécialiste de Michel Foucault.

En lieu et place de Stéphane Bern, Massimo Furlan. Le performeur suisse est fameux pour ses créations décalées – il a notamment rejoué tout seul, au Parc des Princes, le match de la demi-finale de la coupe du monde 1982 entre la France et l’Allemagne. Ce n’est pas sa première création autour de l’Eurovision, un programme télévisé qui visiblement l’obnubile depuis 1973 et sa découverte de Patrick Juvet sur le petit écran.

Enfin, le jury composé d’intellectuels tels que Patrick Boucheron, titulaire d’une chaire d’Histoire du Collège de France, l’historienne Ludivine Bantigny ou encore Nicolas Truong, qui dirige la rubrique « Idées » du Monde. « Après chaque chanson, le jury doit réfléchir, analyser les chansons, puis voter. Le public également doit donner sa note. Il y aura un vrai vainqueur », détaille le créateur du spectacle.

JPEG - 48.2 ko

« Ce projet est né en accolant deux mots : populaire, qui rassemble les gens, et populisme qui les divise. Plus on avance, plus les hommes sont divisés, ont peur, sont violents. Une des caractéristiques du populisme, c’est de stigmatiser les intellectuels. Or nous, les artistes, avons besoin des gens qui pensent le monde. Un monde qui ne se pense pas est un monde malade. Nous nous sommes donc questionnés sur la manière de faire revenir le plaisir de penser, de remettre la pensée au centre de l’agora. On a donc camouflé de la pensée dans un objet populaire », développe Massimo Furlan.
La tournée de la troupe suisse compte une cinquantaine de dates, passant, après Bobigny, par les théâtres de Lisbonne au Portugal, de Gand en Belgique ou de Trondheim en Norvège. Alors, Philippe Artières, twelve points ?

- A la MC93 de Bobigny
Jeudi 27 février, à 20h ; vendredi 28 à 20h ; samedi 29 à 18h

Photos : ©Agence MYRA

à lire aussi
Aubervilliers

La banlieue aura bientôt son musée

L’association pour un musée du logement populaire travaille depuis 2014 à la fondation d’un immeuble-musée en banlieue, racontant la vie de ceux qui l’auraient occupé. Grâce au financement d’un "programme d’investissement d’avenir", une exposition temporaire ouvrira ses portes dans une cité d’Aubervilliers dès septembre 2021.

Art contemporain Collèges

La palette des parcours éducatifs s’enrichit encore grâce à la Fondation Fiminco

Les premiers artistes en résidence de la Fondation Fiminco, immense espace dédié à l’art contemporain qui a ouvert ses portes en octobre 2019 à Romainville, sont désormais arrivés. En parallèle de leurs travaux personnels, ils interviendront aussi dans les collèges du Département, grâce à une convention signée mercredi 1er juillet entre la collectivité territoriale et la Fondation.